Bonnie Tyler - Faster than the speed of night (Album commenté)

 

 

B O N N I E   T Y L E R    /   C I V I L I Z A T I O N
© Zoomrang - Web Master Avril 2001

 

Disons les choses comme elles sont : Bonnie Tyler est, à mal y regarder, si l'on se fie aux pochettes de ses 399 Greatest Hits à 39 F, la reine incontestée de la quétainerie amerloque.

Avec sa coiffure boostée qui ferait prendre Farah Fawcett pour un teckel à poil ras vaguement ébouriffé, avec ses robes à paillettes que le mot « cheap » ne qualifie qu'avec un bienveillant euphémisme, avec ses boucles d'oreilles qui amènent à se demander où la belle cache sa trompe et comment elle parvient à passer les portes, « Bonnie la crêpée », alias « Choucroute Baby », incarne à première vue la ringardise et le mauvais goût yankee avec un art (...) rarissime.

Pourtant, Bonnie Tyler n'est pas américaine, mais galloise.

Pourtant, Bonnie Tyler n'a pas toujours eu l'air de « ça ».

Que lui est-il donc arrivé? 

Se serait-elle, par inadvertance, coincé les doigts dans la prise secteur pour, du jour au lendemain, passer de la jolie fille capilairement et musicalement nature de It's a Heartache 1978 à la pintade western à bagouses qui, en 1985, beugla jusqu'à se taire enfin « I Need a Heroe » sur la bande son d'un xème Rambo?

Tout avait pourtant bien commencé, trop bien même.

It's a heartache
Nothing but a heartache
It's you when it's too late
It's you when you're down

Une magnifique chanson.  Toute simple.   Petite guitare, très beau texte dépouillé et extrêmement touchant, mélodie à sa damner...  Bien sûr, un peu trop d'emballage, un peu trop de laque déjà, mais cette voix, cette voix...

L'histoire est connue : en 1978, It's a heartache fait le tour du monde... et le silence retombe.

La « fille qui chante comme Rod Stewart » retourne plus ou moins à l'anonymat, menant discrètement une carrière strictement « US-UK », un peu comme, avant elle, Carly Simon après le carton de You're So Vain.

Le hit-qui-tue « tue » parfois, tue souvent mais pas toujours.  Il n'avait pas tué Carly, il ne va pas tuer Bonnie, du moins... pas tout de suite.  À petit feu alors?   N'anticipons pas, dégustons le meilleur, il est là, devant, ça y est, 1982 : sortie de l'album Faster Than The Speed of Night

Sinon « visiblement », du moins audiblement, Bonnie a pris son temps.  Pourquoi se serait-elle pressée ?

Depuis plus d'un an, elle n'était plus « la » Rod Stewart au féminin : Kim Carnes, avec Betty Davis Eyes, lui avait ravi ce titre à double tranchant : « Good luck Kimmy, it's up ta ya now babe !»

La chance, la seconde et souvent dernière, était là pour Tyler : oser autre chose qu'une re-sucée d'It's a Heartache.

Pour une non-re-sucée, Faster than the Speed of Night en est une.   Dès les premières notes, c'est clair : un son à des années lumière d'It's a Heartache.

Faster Than The Speed of Night -  « Plus vite que la vitesse de la nuit » : c'est en plein ça, à 100 %.

À 101 % même, et voilà l'extraordinaire particularité mais aussi paradoxe de cet album qui n'est pas, peu s'en faut, un immense album, mais qui contient pourtant deux voire trois chansons que je défie quiconque d'écouter de bout en bout sans rester tétanisé devant leur traitement «é-ner-gé-ti-que absolument unique ».  Dont le crescendo quasi continu sur six minutes que constitue la pièce titre.

Paradoxe donc, que ce fameux album 1982?   Totalement.  Car ces deux ou trois fabuleuses chansons hyper-rocko-énergétiques qui en font un « must absolu » vont être totalement occultées par une baladasse quétainasse suintante de tout ce que la pseudo-mondio-zizique pouvait, déjà, avoir de plus gluant et  grandiloquent.

J'ai nommé l'hélas plus qu'internationalement hyper connue Total Eclipse of the Heart.

Un monument du genre?  Le mot est faible : « le » summum du genre.

Et c'est reparti : après It's a heartache, la gluante et suintante chose fait le tour de la Terre. 

Mais là où It's a Heartache avait frôlé le numéro 1 des charts, l'Éclipse Totale du Palpitant va s'en emparer, et ne  pas le laisser filer de si tôt ! 

De l'Autriche à Miami Bitch (sic), ça danse collés sur le «beau slow à Bonnie » qui, déjà passablement brushinguée, va cette fois définitivement perdre son âme dans la jungle de la musak amerlococo-mondialiste.

Et pourtant... et pourtant... dieu sait qu'elle était prévenue Bonnie, dieu sait qu'elle n'était pas si bête...

La menace, le piège premier qui la guettait, avec sa si belle voix, sa voix « en or » au sens propre, elle l'avait chanté comme pas une, quelques mois plus tôt.

Elle l'avait gravé sur son disque avec un courage rare chez les artistes «populaires US-UK» , plage 1 face B :  It's a jungle out there.

I hear you call it civilization
Tu appelles ça la civilisation
It's jungle out there
C'est la jungle
It's jungle out there
Et tu parles de « civilisation »

Unending nights of temptation
Par les nuits de tentation sans fin
It's jungle out there
C'est la jungle
But you just don't care
Mais tu t'en fous

Each night you dress up to kill them
Chaque nuit tu te fringues pour les éblouir
Down at the watering hole
À l'oasis où ils vont s'abreuver
You stalk your prey with high fashion
Tu guettes ta proie avec grande classe
With self control you play the role
Tu joues ton rôle en total contrôle

Clawing through the crowd each night
Griffes dehors parmi la foule chaque nuit
You set your trap so carefully
Tu dresses ton piège soigneusement
A trophy for your wall
Tu rêves d'un trophée sur ton mur
Someone has you in their sights
Mais quelqu'un t'as aussi à l'oeil
Your are both the hunter and the prey
Tu es à la fois le chasseur et la proie
No winners at all
Personne ne gagne à ce jeu-là

I hear you call it civilization
Et tu parles de « civilisation »
It's jungle out there
Mais c'est la jungle
It's jungle out there...

Cette chanson « enfonçante » tous azimuts (texte, mélodie, voix, et même arrangements - rareté suprême chez « la » Tyler) ne se retrouve plus aujourd'hui qu'extraordinairement rarement sur les 399 Greatest Hits de Sainte-Bonnie-de-la-Quétainerie.  Les autres, et surtout les pires, y sont, pratiquement toutes, mais celle-là : non.  « I hear you call it civilization... »

Non : pas ça, pas « de ça » Miss Tyler.

« Hé ho girl, tu vas quand même pas casser ton image?  Allez, oublie-la ta chanson, c'est pas pour ton public, il ne va rien y comprendre... et puis...  si jamais il comprenait, tu imagines, tu imagines un peu ?  ...  Allez, oublie-ça Bonnie Baby, Total Eclipse of the Heart, bis, rebis repetitata !  Allez, mets tes bagouses, ta robe en strass, et zoome les boules de Noël aux oreilles, et hop, dans l'avion ma fille, trois galas à New-York, puis Hawai, Tahiti, Transylvanie ... »

Et c'est ainsi que, plus vite que la vitesse de la nuit, c'en fut fini de Bonnie.

Un peu plus de laque pour que ça tienne encore, le magot dans le sac, « BT » poursuivit un temps sur sa lancée, puis piqua du nez, vampirisée.

« Total eclipse of the heart », pour de bon.

L'autre piège évoqué sur Faster Than The Speed of Night s'était refermé, l'autre malédiction, pressentie, s'était accomplie.

I don't want to let another minute get by
Je ne veux plus attendre une minute de plus
They're slipping through our fingers
Le temps glisse entre nos doigts
But we're ready to fly
Mais nous sommes prêts à nous envoler

The night will be our cover and we'll huddle below
La nuit nous protégera, nous nous y cacherons
We got the music in our bodies
Nous avons la musique dans les tripes
And on the radio
Et à la radio

And when the morning arrives
Quand le jour se lèvera
It will all be gone
Tout ça disparaîtra
Disparearing
Disparaîtra
In the crack of dawn
Par la porte de l'aube

But you gotta move faster
Alors n'attend plus, bouge-toi
Faster than the speed of night
Plus vite que la vitesse de la nut !

 

 

BONNIE TYLER
Faster Than The Speed of Night
1983

Pour trois chansons fabuleuses (***) dont l'une, la pièce-titre, jouissance auditive absolue, est à la « chanson rock populaire tendance US » ce que Bohemian Rhapsody fut au « rock progessif tendance UK » : un sommet du baroque et de la pleine puissance tous azimuts, portés à un degré tel que le potentiellement plus que kitsch atteint au sublime.

Have you ever seen the rain (John Fogerty) ***
Faster than the speed of night (Jim Steinman) ***
Getting so excited  (Alan Gruner)
Total eclipse of the heart  (Jim Steinman)
It's a jungle out there  (Pilger, Polen, Moloney) ***
Going through the motions  (Ian Huner, Eric Bloom)
Tears (Frankie Miller)
Take me back (Billlie Cross)
Straight from the heart (Brian Adams, Eric Kagna)