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PLAYING POSSUM
SONS OF SUMMER

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S O N S    O F    S U M M E R    ( 1 )  

It makes me smile
To think of what we dreamed of . . .

Where are those sons of summer now ?
With their wild-haired women in their patchwork gowns
Who could laugh the lights away
Nights on the beach and bay . . .


Mille neuf-cent soizante-quinze.  Je me souviens très bien... mais est-ce bien vrai?

On a souvent, des années plus tard, l'impression de se rappeler avoir ressenti, pressenti quelque chose, mais comment savoir si tel fut bien le cas?  Cette impression d'avoir eu un pressentiment n'est-elle pas finalement qu'un moyen de se dédouaner, de se pardonner de n'avoir rien vu venir?

Masqué par les nuages de fumées de toutes sortes, un bien triste avion s'approchait pourtant inexorablement des tours de d'Occident avec lesquelles toute une jeunesse, se croyant soudain libérée, avait l'impression de n'avoir plus rien à voir.  Costard-cravate, tailleur-foulard, et comme papa-maman sauter dans l'ascenseur social pour perdre sa vie à la gagner ?  « Jamais ! »  Le vilain mot...

L'avion émergea en douce des nuages, frappa sans qu'en apparence rien ne vacille.  Aucun éclair ne jaillit. Au contraire, un autre éclair s'éteignit peu à peu, en plus que douce, imperceptiblement : celui qui  brillait dans les yeux de toute une génération.

Rien ne s'était écroulé avec fracas : seul le rêve d'un monde meilleur, mis à mal par les pseudo-réalités économiques liées au tarissement annoncé deu si tristement dit « or noir », avait implosé sans bruit.

 

S O N S    O F    S U M M E R    ( 2 )   

Where are those sons of summer now
With their long-limbed ladies who all knew how
To chase the blues away
I've got the blues today . . .

 

 

Sur la pochette de Playing Possum,  Carly Simon rit.  J'ai seize ans, je ne comprends pas trop bien ce que peut bien vouloir dire « Playing Possum ».  Jouer à l'opossum?   J'aime les animaux, l'idée me séduit plutôt, je décide de m'en tenir à cette interprétation même si, ayant lu quelque part que la pochette fait scandale aux États-Unis, je soupçonne vaguement un autre jeu derrière tout ça...  Qu'importe, cette fille joue et s'amuse, elle rit de bon coeur, ça me va.  Ça me va, et surtout ça me change : mais qu'est-ce qu'ils ont donc tous autour de moi, la belle Andrée, le grand voisin de 20 ans, tous ces gens à peine plus vieux que moi à tirer la gueule depuis quelque temps?  La belle Andrée s'est coupé les cheveux, elle a rangé les fleurs qu'elle y accrochait, ou qui peut-être y poussaient?  Elle sourit encore. Elle ne rit plus.

 

S O N S    O F    S U M M E R    ( 3 )

The woods get cold
And I feel too old
I begin to questioning
Your schoolboy soul
Clever remarks
That once won my heart
When the fire won't light
Will they lose their spark . . .

 

Cette image d'Andrée aux cheveux coupés m'a poursuivi durant des années.  Des années à voir, lentement, se déliter les rêves dont elle m'avait parlé, auxquels sa génération avait goûté mais pour vite y renoncer puis les renier dès qu'il s'était agi de passer du rêve à la réalité.  Ces rêves dont la génération suivante, la X, ne pourrait que rêver pendant que ses aînés, bardés de leurs retraites garanties s'emploieraient essentiellement à cauchemarder sur leur « je », allongés sur les divans d'une armée de psys grassement payés pour les renvoyer à tout sauf à leur vérité d'enfants gâtés, planqués, hantés par leur incapacité d'être passés de la chanson à l'action. 

 

 

A T T I T U D E    D A N C I N G 

There's a new kind of dancing
That's going to be the rage
You just leave yourself behind
Like an actor on a stage
Couple of diffrent poses
From the pose you're in
Shine a different attitude
From underneath your skin
Attitude dancing . . .

 

J'adorais, je ne me lassais pas de cette bluette pour danser, post-westcoast et pré-disco, parfait ovni dans le répertoire de Carly Simon et dont les choeurs, tissés des voix enlacées de celle-ci et de Carole King, icônes de la chanson américaine d'alors, n'étaient pas la moindre des merveilles. Autant l'époque et sa musique se faisaient tristes, autant cette chanson ne l'était pas, n'était que joie.  

Le hic, c'est qu'elle était tout ce que ce que Playing Possum n'est pas.  Aucun opossum n'a jamais trottiné entre ses sillons vinylesques.  L'album abrite bien un animal, certes, mais bipède et trouillard, semblable à celui que tant et tant d'ex-fans des sixties croisent  dans leur miroir en croyant se réveiller chaque matin.

 

 

P L A Y I N  G    P O S S U M

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We lived up in Cambridge
And browsed in the hippest newsstands
The we started our own newspaper
Gave the truth about Uncle Sam
We loved to be so radical
But like a ragged love affair
Some became disenchanted
And some of us just got scared

Now are you playing possum
Keeping a low profile
Are you playing possum
For a while
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Then you moved to the country
Bought a farm and tilled the land
Then you took your books to India
And got hooked on a holy man
But the wells they do run dry
And the speeches turn to words
And the woods are full of tigers
And freedom is for the birds

Now are you playing possum
Keeping a low profile
Are you playing possum
For a while
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Now you run a bookstore
And you've taken on a wife
You wear patches on your elbows
And you live an easy life
But are you finally satisfied
Is it what you were lookin' for
Or does it sneak up on you
That there might be something more

Now are you playing possum
Keeping a low profile
Are you playing possum
For a while


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 ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

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Des charmantes mais souvent sans plus chansons qui peuplent Playing Possum, Sons of Summer et la pièce titre se démarquent comme des brûlots lucides et droits, annonciateurs de la démission d'une génération face à ses rêves et surtout à son devoir de le tendre, intact ou du moins toujours possible, aux générations suivantes.  Musicalement éclaté, alternant titres inspirés et chansons pour meubler, sobriété et laborieuse complexité, Playing Possum annonce aussi la fin d'une certaine chanson sociétale des seventies incarnée par les Carole King, James Taylor ou Cat Stevens. Carly Simon mettra des années à retrouver le fil puis franchement le chemin de cette chanson sociétale mais le retrouvera et le réempruntera d'un bon pas, refusant, au contraire de tant d'enfants-fleurs fanés, de rester terrée à l'abri d'une réalité qui, toujours, finira par nous rattraper, jusqu'au dernier.

S O N S    O F    S U M M E R    ( 4 )  

Where are those sons of summer now
The winter has come
And you don't know how to turn your
Dreams into coal . . .

 

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CARLY SIMON
Playing Possum / 1975


After the Storm
(Carly Simon)
Love Out in the Street
(Carly Simon)
Look Me in the Eyes
(Carly Simon)
More and More
(M. Rebennac / A. Robinson)
Slave
(Carly Simon / Jacob Brackman)
Attitude Dancing
(C. Simon / J. Brackman)
Sons of Summer
(Bill Mernitt)
Waterfall 
(Carly Simon)
Are You Ticklish 
(Carly Simon)
Playing Possum
(Carly Simon)

 

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