Jil Caplan - Toute crue (Album commenté)


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SAULE / VOUS ÊTES ICI
COMME UN ARBRE DANS LA VIE
ÉCRIVEZ À L'AUTEUR
 


Dans ma vie d’emplumé, il y a de bien jolis moments.

Par exemple quand, avec les copains, on fait des concours des loopings. La dernière fois, Georges a raté une manœuvre et a fini le bec dans l’eau, on a tous cru mourir de rire.

Il y a aussi les levers de soleil en été. C’est fou comme il est occupé, le soleil. Il fait des choses très joyeuses, comme redresser la tête des fleurs : en remerciement, elles cherchent à lui ressembler et ouvrent leurs pétales au maximum. Le soleil s’amuse aussi à repeindre le gris des villes et à dorer un peu le teint jaune des citadins.

Mais il ne faut pas croire que la vie du soleil n’est que radieuse : même lui a des soucis. Le soleil n’est pas heureux quand il lui faut ouvrir les yeux tristes du canari de la rue Baptiste pour le sortir d’un rêve où il volait, encore libre, dans une île. Je suis bien content de ne pas être né exotique, d’être suffisamment commun pour transformer ma vie banale en comédie musicale. Les oiseaux rares, on les admire et les désire tant qu’on finit par les mettre en cage. Mieux vaut éviter d’être le dindon de cette mauvaise farce.

Le moment que j’aime le plus, c’est celui où je rends visite à mon arbre préféré, Saule. Il est très grand, avec beaucoup de cheveux qui tombent gentiment sur son visage. Je n’oublierai jamais notre première rencontre. Superbe. Comme souvent, ça a commencé par une négligence de ma part.


Les pieds dans la mouise
Une toute petite brise
Sur ma chevelure étoilée
Le regard interdit
D’un moineau qui chie
Sur moi en été

Je suis un saule qui pleure
En attendant mon heure
Si le roseau pense
Moi mon cœur flanche
Regarde comme c’est joli
Un arbre triste la nuit
Qui quand tout le monde dort
S’inquiète encore


Contrairement à ce que les humains racontent, Saule ne passe pas son temps à pleurer. Il est surtout un voyageur immobile. On n’a pas idée de la beauté de ses égarements surréalistes.


C’est pas ma faute
Je pense à autre chose
La cervelle entre mes nuages
Je voyage
Je voyage

Ma tête est ailleurs sur une autre planète
Parmi les grands rêveurs aux allures un peu bêtes
Comme un gros poisson, ça fait des bulles dans mon cerveau
Des trucs mal connectés qui font que je suis distrait


Si on savait comme Saule swingue bien et comme il est drôle. Il a une musique et un humour bien à lui, qui vous donnent une joie de vivre pas commune. Mais comme le soleil, Saule a ses moments de mélancolie.


Et le temps passe
Les jours se fanent
On se tracasse le bout de l’âme
Les rires s’effacent
Ainsi s’achèvent lentement
Sans laisser de traces
Nos jolis rêves


Saule n’est pas un pleureur impénitent. Il n’oublie jamais la douceur de l’eau sur ses racines. Toujours il continue ses tentatives de caresser le ciel de ses branches souples.


Et je préfère fermer les yeux
Me dire que demain sera mieux
En silence je m’endors
Sans conscience ni remords
Oublier mes défaites
Et me faire à l’idée
Que sur cette planète
Je résume ma vie
Avec des peut-être


Simplement, cet arbre est si conscient de la beauté du monde, de sa drôlerie aussi, qu’il craint parfois que tout s’arrête.


J’ai peur que tu me laisses
Qu’un beau jour le bât blesse
Que tu puisses m’oublier
Dans ce beau manteau d’or
Près de toi je m’endors
Noyé dans tes baisers
Je veux être l’unique
Dans cet instant magique
Que l’on s’est fabriqué
Je veux être la femme
Je veux être la flamme
Qu’en toi j’avais trouvées
Je veux être la main
Que tu serres chaque matin
Et ce, jusqu’au dernier
Je veux être le temps
Pour que ce court instant
Puisse à jamais durer

C’est juste un baiser
Parmi des milliers


Chaque nuit, Saule me raconte des histoires incroyables. Il faut dire que cet arbre-là ne voit pas les choses comme tout le monde. C’est ainsi : les arbres portent un regard plein de poésie et de lucidité sur les choses de la vie.


Sur sa petite table jaune à fleurs
Au milieu de nos odeurs
Quel bonheur
Madame Pipi fait la gueule
Dans son assiette qui s’abîme
Luisent les pièces de 20 centimes
Sublimes
Madame Pipi se fait son film
Elle a plus de style dans ses gestes
Que toutes ces stars du showbusiness
Plus de classe que les gens qui passent
En costar trois pièces
Avec sa bombe elle vaporise
La vie salace des journées grises…

Puis le soir quand tout s’éteint
Madame Pipi attend son train
Elle regarde le cœur léger
Son petit ciel étoilé…

Moi je dis que dans ces personnes qu’on oublie
Sommeille un soleil de minuit
Une petite lueur qui fait de ces femmes
De jolies dames


Être emplumé et pouvoir voler, c’est déjà un don du ciel. Ça fait la vie plus jolie. Avoir une cervelle d’oiseau, ça permet de vite oublier les mauvais souvenirs et la lourdeur de la vie. Ou d’en donner l’impression. Car en vérité, même les oiseaux pleurent. Et quand mon cœur de moineau se fend, je file à tire d’ailes rejoindre mon grand Saule.

C’est bien simple, si je meurs un jour, je me ferai enterrer au pied de mon arbre. Ne riez pas : si vous ne savez pas où les oiseaux meurent, ça n’est pas qu’on se cache pour le faire. On se fait simplement enterrer, comme tout le monde. Mais Saule, ô mon Saule, toi et moi sommes encore bien jeunes. Tu fais de moi un bel oiseau, et moi je t’écoute. Ne t’arrête pas. Je suis ici, auprès de toi. Et ta musique, c’est chez moi.




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A la première écoute du disque Saule, on peut penser à M ou Dominique A pour la voix, ainsi qu’à Alain Souchon pour la beauté des textes et les mélodies parfaitement troussées. On peut le faire, mais cela ne sert à rien. Saule a une personnalité et un univers qui lui sont parfaitement propres. Et si le jeune Belge sait manier le surréalisme, il n’a recours à aucun effet, à aucune ficelle. Tout dans l’album de Saule respire la simplicité, la fraîcheur et la générosité. Trois éléments qui permettent de laisser l’imaginaire vagabonder très librement.

Tout est simple, et pourtant les textes sont magnifiques, les mélodies riches et les arrangements très réussis. Saule a la beauté de sa Madame Pipi : il y a indéniablement en lui une petite lueur qui fait de ce garçon un magnifique artiste.



ÉCRIVEZ À L'AUTEUR
Merci à Wanda de m'avoir fait découvrir Saule.

 


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SAULE
VOUS ÊTES ICI
2006

Saule
Tu dors
Si
Le baiser
Minimum
Madame Pipi
Tête ailleurs
Le temps passe
Le boss
Peter Pan
Murphy
Le bal des timides
Titre caché : Un moment chiant