SALVATORE ADAMO

ZANZIBAR
TANT D'AMOUR . . .

 



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En vrai, il disait ça :


Avec un ciel si bas qu'un canal s'est perdu…
Avec un ciel si gris qu'un canal s'est pendu


Ça fait toute la différence, croyez-moi : quand j'étais petit, je croyais que Brel disait : « Avec un ciel si triste qu'un canard s'est pendu... »  C'était le comble de la poésie pour moi, ce volatile drôle et tragique à la fois.

Un cadavre exquis de canard, et toute la Belgique m'apparaissait, et m'apparaît encore, comme le pays du surréalisme.  Parce que la réalité ça n'est pas franchement drôle si vous n'y ajoutez pas une dose de surréalisme, une histoire de canard suicidé.

La vie, c'est comme la Belgique. Pour que la réalité ne soit pas qu'un interminable plat pays, il faut y ajouter une drôle de mer avec, posé dessus, un bateau appelé Zanzibar.


Zanzibar, Zanzibar,
J'sais même pas où ça s'trouve moi, Zanzibar,
Au fond, j'm' en fous comme du tiers et du quart
Au bar, le Zanzibar


La vie, ça houle, ça tangue, ça s'apaise, c'est comme cette femme qui vient de sortir du bar : une démarche ronde et sensuelle et v'là-t-y pas que la Jeanne Moreau a pété son talon et a vacillé.  La vie n'est rien d'autre que ça : une paire de talons aiguilles qui peuvent se dézinguer à tout moment.


Y a quelques Cendrillons
Qui recousent leurs haillons
Qui attendent leur carrosse
Loin de leurs cauchemars de gosse…
Des Rimbaud sans Verlaine….
Des menteurs résignés
Retrouvent leur vérité…
Y a des musiciens
Qui viennent, mine de rien
Jouer des airs fantasques


C'est pour ça que j'ai toujours eu de la tendresse pour les mines-de-rien, pour les gens qui se sont pris une gamelle, les dits déglingués, les dits un peu trop bizarres.

Évidemment, ça n'aide pas pour la réussite sociale de ne pas avoir Rockefeller comme modèle. Mais les géants ont toujours des pieds d'argile. 


T'es vraiment élégant
Dans ton beau costume
Et tellement différent
Des rêveurs que nous fûmes…
Mon voisin sur la Lune


Moi, j'ai les pieds près de la tête, des nuages autour des pieds, la tête près du sol, le cul jamais loin de la tête, le cul jamais loin du cœur. 

Je suis né dans un soulier à talon aiguille, je me fous des modèles, j'aime les gens, leurs parcours et les accidents qui vont avec, leurs petites histoires.  Je laisse la grande Histoire, celle qui est bouffée par les mythes, à d'autres. J'aime les fêlures et les grands sourires, la force des gens fragiles et la faibless des costauds. 

Money makes the world go round, oui, mais qu'il m'énerve, ce monde, parfois…


Ô monde, ne m'en veux pas
Ô monde, monde, excuse-moi
Mais je ne comprends plus tes lois…
J'vois le p'tit soldat dans le froid, dans la boue
Qui n'comprend toujours pas où mène ce jeu de fous


Money makes the world go round, oui mais moi j'ai perdu Papa, Maman est morte. 


Un air en Fa mineur
Qui caresse mon cœur
Ma mère qui me sourit
L'enfant s'endort, ravi :
Dormi bambino mio
E tornera Papa
Dormi tesoro moi
Egli ti portera
Tutte le belle cose
Che tu potrai sognar
E anche delle rose
Per me se Dio vorra


Après ça, comment voulez-vous que je ne danse pas, que je ne m'enivre pas, que je ne cherche pas à recueillir la moindre parcelle de bonheur là où elle se trouve ?


J'te tiens, j'te tiens, j'te lâche plus
Toi j't'ai trop attendue…


Je n'aime pas la désespérance, c'est très inesthétique le malheur…

Nous nous sommes croisés lors d'une très grande aurore, ou peut-être d'un très grand crépuscule.  Nous étions, en tout cas, là où nous préférions, dans un entre-deux, au bord du précipice, avec la lasse tentation de nous laisser tomber,et, en même temps le profond désir de voler. 

Je suis bien content de t'avoir écouté, vraiment pour la première fois, à ce moment-là.  Les faux-vrais mecs pensent qu'ils ont des couilles énormes, et ces pastèques stériles qui leur obstruent la gorge ne laissent jamais sortir un mot tendre.  Toi, tu es un vrai mec, et la douceur, tu la chantes, sans mièvrerie.

Les beaux rebelles ne sont pas forcément ceux que l'on pense : les splendides loups ont parfois les cheveux blonds ou l'air d'un gentil garçonnet et font de longues déclarations d'amour.

Tu ressemblais à mon enfance la plus naïve, j'ai embrassé un loup qui avait laissé la vie au Chaperon rouge.

Nous sommes ce soir, à nouveau, tous les deux dans notre bar, moi plus saoul que toi, toi plus doux que moi. 

Tu me donnes la vingtaine de ta soixantaine, les crocs de ta gentillesse. 


Et je m'accroche encore aux ailes du vent
La vie et moi, c'est toujours fou, c'est toujours grand
Comme à vingt ans


Nous sommes d'apparents contraires.  Et alors ?

Alors, tu me rechantes tout ce que j'aime, simplement. 

 

 

Quand j'ai écouté cet album de Salvatore Adamo, je n'étais pas vraiment à la guinguette Le Zanzibar.  Je n'étais pas vraiment saoul.  Mais lui chantait réellement les sentiments les plus sincères, sur ses mots et ses mélodies à lui.  Et avec la complicité des musiciens du rock'n'roll mais non moins Belge Arno ainsi que de la très humaine et douée mais non moins Belge Maurane.

Lui chantait vraiment, et moi, je l'aimais vraiment.

Il y a tant de musiques qui se perdent qu'il serait bien dommage de ne pas écouter le faux agnelet Salvatore.

Il y a tant d'amour qui se perd qu'il serait bien dommage de passer à côté d'un homme qui, par sa musique et ses mots, en donne tant, intelligemment.

Musicalement.


Il y a tant d'amour qui se perd
Il est dans l'air
Au bout de mes doigts
Toi qui es là devant moi
Oui, toi qui rêves et ne me vois pas
Je ne suis rien
Mais je sais bien…
Tends-moi la main
Je t'y rejoins . . .



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SALVATORE ADAMO
ZANZIBAR 2003
Paroles et musiques de Salvatore Adamo

Zanzibar
Eve de mon rêve
J'te lâche plus
20 ans
Tant d'amour qui se perd (avec Maurane)
Mon voisin sur la Lune
Et le temps s'arrêtait
Ô monde !
Un air en fa mineur
Douceur
Ne t'en va pas
Mari modèle
Toi et moi, jour après jour (avec Marie-Laure Bérault)
Mon douloureux Orient