N E    R E V I E N S    P L U S    S I    T A R D
L e t t r e   à   u n   p r é s e n t






Vous me regardiez sans me voir.  Me semblait-il.

C'était à la gare de Lyon.  Marie-Paule et moi étions occupés, entre fous rires et mélancolie, à construire des petits nids de plumes noires.  Jeux secrets et futilement importants d'enfants mal grandis, d'adultes pas respectables.

Je vous regardais sans vous écouter.

C'était vraiment un beau jour, à la gare de Lyon.  C'était septembre, un bien joli temps.

Depuis, le temps a passé, je vous ai recroisé quelquefois.  Sans que je vous écoute, encore.  Sans que vous me voyiez, me semblait-il toujours.  Quelle drôle de plume noire virevoltait entre nous pour que nous échappions l'un à l'autre ainsi?

Puis, un jour faussement quotidien, j'ai reçu votre lettre inattendue :

« Le fond de l'air est doux, j'ai mon écharpe et mon sourire de soie...  Je serai à votre heure, dites-moi comment, faites-moi savoir où. »

Je savais que vous seriez vêtu d'un piano noir, un accordéon à la boutonnière.

Je savais même quels mots vous oseriez dire en premier, ces mots qui faisaient intimement partie de mon histoire, comme ils avaient nourri votre vie et celles de tant d'autres.

N'alliez-vous pas ainsi vous consumer au feu de ces mots-là, au brasier ardent de mes souvenirs exigeants et si présents?

Vous risquiez tant de mal exister, votre voix portée par ces mots précieux qui n'étaient pas tout à fait les vôtres, si précieux que tant d'autres les avaient dits avant vous, souvent malheureusement.

Alliez-vous me resservir la même rengaine, m'offrir la même dépouille fardée en charmant nouveau-né ?

« … Je serai à votre heure… »

Je vous ai attendu fébrilement, sans que vous n'en sachiez rien.

Vous vous êtes assis en face de moi, sans bagages, vous avez souri.  Vous ressembliez à l'automne, mais, oui, vous avez souri comme soleil.

Vous n'aviez rien d'une icône, et ce regard dont on ne pouvait dire s'il était perdu ou éperdu illuminait votre visage.

Un vent léger a décroché la petite plume noire qui s'était collée à ma veste.  Peu importe s'il se mit alors véritablement à neiger des plumes d'oiseaux de lune.

Je vis réellement ce désert blanc, ce continent… réinventé.

Quels moments m'avez-vous fait passer là…  Je vous ai connu, je vous ai reconnu.

Tu sais le temps qu'il m'a fallu pour te dire : « Bonjour, parle-moi de la dame brune. » 

Je ne regrette pas cette attente.  Elle était à la hauteur des espoirs auxquels je ne voulais peut-être pas croire.

Ne reviens plus si tard, je t'attendrai plus tôt.

Mais tu chantes, excuse-moi.  Je vais laisser libre cours à tes propres mots.

Sois bien,

Je signe Benjamin, tu sais bien qui je suis.



Mathieu Rosaz chante Barbara...  Et un de plus, après Marie-Paule Belle, Ann'So accompagnée de Roland Romanelli, les aigles noirs de Marie Carmen, Patricia Kaas et Florent Pagny, le neuvième mois de l'année de Gilles Martineau, la chanson z'hommage de Liane Foly et même la plus belle histoire de Muriel Robin… 

Que le répertoire de Barbara soit l'un des plus bouleversants qui soient, qu'il s'imprime de manière indélébile dans une vie : soit.  Mais là, ce n'est plus un répertoire, c'est le bottin mondain !

Mathieu Rosaz chante Barbara...  Et si...?  Sait-on jamais?  Allez, écoutons.

Si cela n'avait pas été un titre ridicule, ce disque aurait dû s'appeler Mathieu Rosaz aime Barbara et vit sa musique à sa manière.  Il aurait pu tout simplement s'intituler Parce que (je t'aime), du titre d'une des chansons de Barbara.

Qui ne connaîtrait pas Barbara réaliserait-il qu'aucun des titres n'est signé Mathieu Rosaz ? 

Marie-Paule Belle s'était efforcée, avec grand talent, de recréer le jeu de piano de l'Absente.  Lui a réarrangé les chansons jusqu'à ce qu'elles lui ressemblent, sans jamais trahir leur illustre compositrice.

Peu d'hommes se sont aventurés dans le répertoire de Barbara, comme si la testostérone empêchait la délicatesse, la subtilité, la force et la fragilité mêlées.

Tout cela, le chanteur méconnu, du plus profond de son exigence et de la sensibilité de sa tessiture, l'a fait transparaître.

Redécouvrir quelqu'un en découvrant quelqu'un d'autre, c'était tout le pari de ce disque.  Mais je suis sûr que Mathieu Rosaz n'a pas raisonné en ces termes : il voulait aimer à la hauteur de celle qu'il avait aimée et qui l'avait soutenu dans sa démarche.

Il n'a chanté que pour la tendresse, sans la gloire qui ne prouve rien.

Il a chanté pour qui, comment, et pourquoi.


Pour une respiration 
Pour un souffle d'abandon
Et pour ce jardin qui frissonne
Riche de dépossession 
N'avoir que sa vérité
Posséder toutes les richesses







MATHIEU ROSAZ CHANTE BARBARA
LE LOUP DU FAUBOURG 2002

Vienne
L'absinthe
Tu ne te souviendras pas
Le mal de vivre
Sid'amour à mort
Le zinzin
Parce que (je t'aime)
Joyeux Noël
Une petite cantate
La solitude
L'île aux mimosas

L'homme en habit rouge
C'est trop tard
L'aigle noir
Le temps du lilas
Drouot
Du sommeil à mon sommeil
Göttingen
Les boutons dorés
Ne reviens pas si tard
Perlimpinpin