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Britney Spears, Christina Aguilera,
Jennifer Lopez, Anastasia, Pink...
Pink ?
Erreur sur la personne.
Étrangère à cette liste de « poppy gonflables » ?
Comment mais comment? La gourde qui chante l'hyper-médiatisée Get This Party
Started serait autre chose qu'un nouveau produit de la pop commerciale US ?
Bon d'accord, bien sûr, je comprends vos réserves, c'est vrai qu'il y a
d'abord ça :
Get this party started on a Saturday night
Everybody's waiting for me to arrive
Sending out the message to all of my friends
We'll be looking flashy in my Mercedes Benz
I got lots of style check my gold diamond rings
I can go for miles if you know what I mean
Mais ensuite, ça vous a peut-être échappé, il y a ça :
Pumping up the volume breaking down to the beat
Cruising through the Westside we'll be checking the scene
Boulevard is freaking as I'm coming up fast
I'll be burning rubber you'll be kissing my ass
Oui, je veux bien, mais ce texte n'est pas de Pink.
Bien vu. C'est d'ailleurs l'un des trois seuls de l'album à ne pas être d'elle...
La seule chose... c'est que ce texte est peut-être, croyez-le ou non, l'un
des moins intéressants du lot.
Attendez, vous m'intéressez tout à coup...
Rassurez-vous, j'étais aussi méfiant que vous. Avant que...
Comme tout le monde, j'avais entendu-vu-réentendu-revu Get This Party Started.
Sans écouter vraiment : comme un gimmick de plus. Et puis
ce fameux « You'll be kissin my ass » m'a frappé. Les poppy gonflables ne
chantent pas ça. Elles ne cessent de le suggérer me direz-vous : c'est une
chose. Mais de là à le chanter en toutes lettres...
Et puis un second audio-vidéo single de Pink a suivi sur MTV, Dont Let Me Get Me :
I never win 1st place
I don't support the team
I can't take direction
And my socks are never clean
Teachers dated me
My parents hated me
I was always in a fight
'Cause I can't do nothing right
L.A. told me
You'll be a pop star
All you have to change
Is everything you are
En peu de mots, tout simples, beaucoup, énormément...
Je me suis alors souvenu de Pink... De ce premier album, il y a un an ou deux, très
R&B, bien, très bien : lire fade, assez fade, comme à peu près tout ce que les
Amerloques grammisent depuis quelques années...
Alors bien sûr, comme vous sans doute, je me suis dit que deux tubes « bien envoyés »,
même avec de vrais flashes d'écriture, n'étaient quand même pas la garantie d'un «
vrai » bon album...
Pourtant, une autre petite voix insistait dans ma tête : « Une fille de 20 ans et des
poussières qui écrit que Los Angeles lui a dit que, pour être une star, elle n'avait
rien à changer sinon tout ce qu'elle est... ne peut quand même pas n'être qu'une belle
machine à super haut-parleur facial coiffé de pas grand chose d'intéressant. »
J'ai donc paraphrasé Abba : j'ai pris une chance sur Pink.

Oulala cette pochette : mode même pas mode, cheap même pas grunge. Tellement...
comment dire ?.... que c'en est... comment dire ? ...
Allez, la pièce 1 et pièce titre : Missundaztood.
Au secours !
Petit beat sur-exploité sur-entendu, texte (signé Pink) sans réelle originalité
ni intérêt : « Pauvre de moi, si misunderstood / incomprise... ».
Ça démarrait mal. Très mal.
Sauf que... alors
que je m'apprêtais à zapper à la suivante, me disant que ce premier titre allait se
finir sur 380 « I'm just misunderstood », surprise : arrêt de tous les zouins-zouins
derrière, simple beat, et ces mots, balancés à la toute fin :
No no, that lacks commercial
This is my first single man !
Cette première chanson, nullement premier single de Pink, n'était donc qu'une parodie,
qu'un pied-de-nez ?
Pink aurait
osé? Osé démarrer son second album sur une fausse piste, chanson-titre en prime,
faisant mine d'offrir d'entrée de jeu pile-poil ce que l'on attendait d'elle à la suite
de son premier CD... pour envoyer enfin voler tout ça et tout le monde en exactement onze
mots ?
Pas possible : un
titre d'album « commercial » qui aurait un sens...
Et pourtant,
l'enchaînement immédiat sans un silence de la piste à la piste 2, Don't Let Me Get
Me alias second single, me donnait à le croire.
Allez, «
calmons-nous », me suis-je dit. Dès la piste 3, j'allais savoir : Just Like a
Pill / Juste comme une pilule... Et si elle se révélait aussi difficile à
avaler que, dans le fond, je persistais à le craindre ?
J'ai vite cessé de m'interroger : en moins d'une heure, j'avais tout ingurgité sans la
moindre envie de me défenester. De la 2 à la 14, et j'en voulais
encore. Les derniers hurlements des guitares ponctuant la finale de My Vietnam
à peine évanouis, je réappuyais sur 1, jusqu'à 14, sans en sauter une, et belote
et rebelote !
Hum...
Hum quoi? Je déteste le rose autant que vous, mais Pink, voyez-vous, n'est
définitivement pas une suave rose Airwick de plus à ranger dans les beaux gros
vases à fleurs pleins de flonflons qui parsèment les tombes et futures tombes de
l'entertainement music américaine.
Elle écrit magnifiquement bien, simplement mais intelligemment, ce qu'elle est, ce
qu'elle pense : dans sa bouche, pas un mot qui ne soit d'elle ou ne puisse l'être.
Elle a une oreille d'enfer, et une voix, une voix... où se succèdent voire se
télescopent la sobriété d'une Suzanne Vega, l'intériorité d'une Joan Osborne, les
galops sous-jacents d'une Sheryl Crow, le scratchy des B'52's girls et même,
quelque part, bien au-delà des apparences, la classe d'une Carly Simon des early
days. Sans être ni l'une ni l'autre ni l'autre non plus... Juste :
elle-même.
Et puis... incroyable pour une « jeune idole US qui marche », Pink n'étire pas
les finales du moindre mot, comme ça n'en finit plus d'être la mud, jusqu'à
transformer de la merde en mélasse - ce qui est déjà tout un art me direz-vous...
Non, pas de ça chez Pink, qui navigue naturellement, comme un poisson mais volant, de la
disco pop à la pop rock, du R&B pop au R&B soul, du quasi punk rock au blues
rock, et même du rock à la « chanson américaine », sans jamais donner à
l'auditeur cette si détestable impression que je résumerais ainsi :
« Là, je
vais vous faire une blues, ensuite un rock, ensuite un gros rap puis un 4 par 4, et
ensuite ensuite ensuite, je vais vous montrer, moi, malaxé en une super finale, tout ce
que je sais faire à la fois.... Je vais tellement beugler, gémir, soupirer
et hurler par la bouche et le nez que vous ne saurez plus où donner de la tête, mais
rassurez-vous, vous pouvez laisser la vôtre au vestiaire : pas besoin d'en avoir une pour
m'écouter, m'encenser, me porter aux nues ou en tomber sur le cul. C'est comme vous
voulez : où vous irez j'irai... »
Pas la peine de montrer sur vos grands chevaux...
« Grands oiseaux », mon cher Monsieur, grands oiseaux, je plane, avec Pink, loin
justement, très loin, de cette détestable vie en rose à la yankee qui ne masque rien
d'autre qu'une tragique mort dans comme de l'âme.
Mais je vois
qu'il vous en faut plus ? D'accord, tenez-vous bien : cette enfant de
l'Amérique de Reagan et de l'autre a une conscience politique.
I beg your pardon?
Si ! My Vietnam, qui clôt M!ssundaztood, est, sous des dehors,
une mélodie et des arrangements tous simples, l'une des chansons les plus percutantes et
lucides sur la société américaine écrite depuis des années.
I beg your pard...
Ta gueule !
Ta bouche,
pardon.
Ta belle bouche
en coeur... N'a-t-elle pas, n'as-tu pas de coeur?
Pour une fois
qu'il y en a une qui sort du low, laisse-lui le temps de prendre la mer, la Terre même si
ça lui chante, mais surtout l'air, les airs.
Rassure-toi
: la vie se chargera bien de la faire un jour s'écraser, et alors, alors oui, tu auras
gagné.
Mais quoi?
Daddy was a soldier
He taught me about freedom
Peace and all the great things
That we take advantage of
Once I fed the homeless
I'll never forget
The look upon their faces as I
Treated them with respect
This is my Vietnam
I'm at war
Life keeps on dropping bombs
And I keep score
(Pink / Pink)

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