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V A N E S S A   P A R A D I S

B L I S S   /    E T    P O U R T A N T   . . .

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« Paradis, c'est une image. »

Et pourtant, c'est tellement plus beau, meilleur et plus profond quand c'est du son, des mots, des musiques.

Juste du son, des mots et des musiques.

Rien d'autre enfin : plus d'image. 

L'écran noir n'appelle pas toujours le silence.

Bliss n'est pas l'album d'une comédienne qui chante.

Ni surtout l'album d'une chanteuse qui joue la comédie.

Et ne serait-ce que pour ça, pour cette chose en voie de raréfaction, Bliss mérite son nom. 

« Bliss » : béatitude. 

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« Paradis, c'est du vent. »

Et pourtant, qu'est-ce que c'est bel et bon le vent, quand il souffle ainsi de pleine face. 

En plein visage, droit dans les oreilles avant d'aveugler le dispensable.

Certains l'aiment chaud : libre à eux.  Je le préfère ainsi, oscillant, multiple, venu de tous les continents, porteur d'odeurs en nos contrées aseptisées, décoiffant et caressant à la fois, comme autant de mains dans les cheveux puis, soudain, doucement, sur les joues barbues ou douces des créatures qui l'acceptent . 

Je le préfère ainsi, commando libertaire, soufflant à la fois l'eau et le vin, le froid et le chaud, mais d'abord l'effroi devant le zéro des encéphalos dont d'autres rêvent, si désireux de ne pas déranger, de ne pas bousculer, de ne pas interpeller, de ne pas se mouiller pour ne pas sombrer.

Sombrer?

Encore faudrait-il prendre la mer, oser aller à la rencontre de l'horizon et non du mur d'en face, qu'il y soit écrit Banque, Musée ou Panthéon.

Paradis prend la mer à bras le coeur.

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« Paradis, c'est rien. »

Et pourtant, la vie est faite de petits riens.

On ne peut mourir d'amour tous les soirs sans qu'à la longue, le drame tourne à la mascarade.

On peut parler du bonheur, en chanter son idée, sans se couvrir de ridicule.

C'est rare, mais quand on y parvient, c'est bien.

Ça fait naître sous les doigts des musiques qui en sont.

Ça appelle dans les mots des violons qui sentent bon.

Ça donne même des ailes, d'ange ou de démon.

À chacun son paradis, quel qu'en soit le nom.

 

VANESSA PARADIS
Bliss
Automne 2000

L'eau et le vin / Commando / When I Say / Pourtant / Que fait la vie? / Les acrobates / La La La Song / L'air du temps / Saint-Germain / Dans mon café / Firmaman / La ballade de Lily Rose / Bliss

Au sein de la production française souvent fade et formatée de l'automne 2000, Bliss de Vanessa Paradis fait figure d'exception.  Bons textes et parfois bien plus que cela, mélodies souvent très riches et exceptionnellement harmonieuses, arrangements léchés et inventifs auxquels les cordes emmenées par le violoncelliste Vincent Segal apportent grandement.  Un album dont on aurait tort d'opposer les pièces plus pop d'ouverture (L'eau et le vin / Commando) aux autres, plus tendres : l'énergie n'est pas l'ennemie de la force.  En France, la révolte et l'audace musicales ont de plus en plus tendance à n'être reconnues que dans la mesure où elles s'inscrivent dans des albums unicolores, étiquetables par autant de qualificatifs de bon goût.  Bliss est d'une autre trempe.  Paradis a compris, et l'on se doute bien où, qu'il est tout à fait possible de jouer avec les couleurs des musiques et des mots sans qu'ils s'anihilent les uns les autres, bien au contraire.  Elle a peint là son meilleur album.  Une épreuve d'artiste, un bonheur possible, puisqu'il existe.

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© Web Master Zoomrang Novembre 2000