NÉE DANS LA NATURE  /  LA LÉCHEUSE DE DIAMANTS


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Drôle de personnage Helena...

Très crue, très violente dans ses livres, très sucrée, presque évanescente sur ses disques.  Toujours indéniablement présente.  Mais où?

Certainement jamais là où elle pourrait être attendue mais toujours lovée au doux creux abyssal de son large univers, elle vagabonde, cernée des parfums, des atmosphères qu'elle choisit et accommode au gré des couleurs de ses aurores.


Les bleues libellules dansaient
Et sous la pluie les lézards chantaient
Demain le soleil se lèvera
A l'aurore le vent t'embrassera
Puis tu feras l'amour jusqu'à la tombée du jour


La voici donc cette fois née dans la nature, recréant une douce balade d'enfance, se promenant le long d'un hypnotisant chemin onirique, y ramassant de jolis petits cailloux scintillants et colorés. 

Elle s'y mire, s'abandonne dans leurs reflets, s'émerveille des paysages qu'elle y découvre… 


Je nageais nue
Dans l'océan
Quand dans le vent
Fier et arrogant
Tu es apparu


Laisse planer l'ombre d'une angoisse…


Aux quatre vents
Mes souvenirs d'enfant
Dans les caves ou dans les greniers
Mes posters, mes ours, mes poupées
Tous aux quatre vents éparpillés…


S'interroge sur les visions d'avenir possible qu'elle perçoit dans ses petites billes de cristal en joli toc.


Est-ce que tu diras encore
« Je t'adore petit trésor »
Quand j'aurai le cancer
Et que je manquerai d'air
Est-ce que tu m'aimeras encore
Quand je serai ridée partout
Toi tu seras gros, tout mou
Quand j'aurai l'âge de ma mère
Tu auras l'âge de ton père
Est-ce qu'on s'aimera encore
Est-ce qu'on s'aimera jusqu'à la mort ?


Helena lèche ses petits diamants musicaux comme des sucettes acidulées.  Elle jongle avec, s'en va ailleurs, revient.  Se fait statique, puis ondule sensuellement des hanches.

Au bout du chemin, cette Alice-Poucet a distillé ses petits contes, a fait état de son retour à l'enfance, présenté une autre facette de son décidément bien étendu spectre de talents.


Moi, je crois aux fantômes
Même si l'on rit de moi
Ça va
Tant qu'ils seront là
A chanter à dix voix


Elle a swingué de son grain de voix mi-frais mi-éraillé son rêve ouateux, fait de mélodies riches, d'arrangements travaillés, avec de petits traits d'humour, de petites traces d'irrévérence, de petites touches de sexualité, de petites onces de sorcellerie.

Helena rêve très bien et a la décence de ne vouloir forcer personne à autopsier ses rêveries.  Oui mais à être née dans la nature et à vouloir s'y dissimuler, elle prend parfois le risque de rêvasser pendant que d'autres s'endorment.


Moi, je crois aux fantômes
Même si je n'les vois pas
J'y crois
Quand j'entends leurs voix
Ne chanter que pour moi


Regarder une créature féerique lécher de petits diamants est très agréable.  Mais lorsque la berceuse bascule vers la mélodie vraiment mutine ou drôlement cauchemardesque, c'est beaucoup plus rigolo et aventureux.

L'Eden devient intéressant lorsque le serpent s'y fait voir.  Le lierre opulent du jardin se fait remarquer lorsqu'il mute en une Poison Ivy, folle et sexy.  Le Chaperon rouge est plus croustillant quand il allume franchement le loup que lorsqu'il se contente de se promener vaporeusement dans les bois.

Helena Noguerra est bien plus jolie quand elle se laisse aller à imiter, un peu allumée, les animaux de la ferme, et quand, en se promenant dans le jardin, elle s'approche plus encore de la falaise et se décide franchement à chevaucher le lion qu'elle se contente parfois de seulement caresser.


Dans le jardin
Les petits poussins
S'éveillent
Tchip tchip tralala

Et le vilain
Canard fait coin-coin
Dans les bois
Oh la la la

Puis petit à petit le jour
Vient éblouir nos yeux plein d'amour
Et le soleil d'automne
Où tout tourbillonne
En ronds monotones
Vient se poser au bord de ce grand lit
Où toi tu me souris
Encore endormi

Dans le jardin
Près de la falaise
Tout s'éveille
Tout, tout doucement


Pourquoi écrire sur une Belle au bois dormant auprès de laquelle on s'endort quelque fois?  Parce que Helena Noguerra sait très bien sortir des sentiers battus, oser commettre ce qui ne ressemble à rien d'autre qu'à elle.  Qu'elle sait, lentement mais certainement, nous inviter à découvrir son très riche imaginaire, sa fantaisie.

Quand vient cet instant magique où l'on traverse le miroir et où l'on mange les alouettes, l'on comprend que quand Helena Noguerra chante son cocon, son enfance recréée, ce n'est que pour mieux prendre le temps d'avoir moins peur et de pouvoir ainsi un jour, peut-être, faire miroiter franchement les facettes de son art.


J'ai tué mes illusions
Acheté des illustrations
Pour les remplacer
Paraît que j'ai l'âge de raison
Mais j'me fous d'avoir raison
Je préfèrerais si j'avais tort
J'aurais peut-être moins de remords
J'préfèrerais vous voir ailleurs
Quelque part où j'n'aurais plus peur

 

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

NÉE DANS LA NATURE
Helena Noguerra / 2004

Née dans la nature / L'âge de ma mère / Je t'aime salaud / Mary Poppins
Can't get you out of my head / Le jardin près de la falaise / Aux quatre vents
Les fantômes / Quand tu dors / Je nageais nue / Qui es-tu ?
C'est parapluie (en duo avec Fifi Chachnil)

Réalisé par Philippe Katerine




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