
N I A G A R A / R E L I G I O N
L ' Â M E D E S V A N D A L E S
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Tout. Absolument tout. J'aimais absolument tout. Des années plus tard, idem : tout, j'aime absolument tout. Rare. Du début à la fin. Des musiques de Chenevez aux textes de Laporte en passant par l'étoile essentielle au ciel de ce firmament d'enfer sans rois mages ni Sheila ni Raël : Moreno, Murielle, sa voix, « elle », visiblement, audiblement, autrement, perdue en ce faux-groupe qui n'était au fond que Moreno et Laporte et Chenevez, colletinés d'âmes à âmes pour surexister afin de simplement exister quand l'homme seul, soit-il une femme, n'y parvient pas toujours quand il a des choses à dire. Non, je ne suis pas objectif : je l'ai dans l'objectif, dans le viseur du coeur, cet album, cet album... Pendant que les chants brûlent, oui je m'y réfugie, oui je m'y abreuve, oui très fort, tard le soir ou même en plein jour : non mon père qui ne l'êtes pas, ne me pardonnez pas, c'est pas la peine. Si peine il y a, une seule, celle de savoir cet album prétendument appartenir au passé, alors qu'il tenait tellement plus de demain que tant et tant dits d'aujourd'hui. Nostalgie? Non. Refus des régressions récuremment imposées. On ne se refait pas : la musique de Niagara m'est restée plantée là, en travers de ce qu'il vous plaira. Fin des 80, impossibles années. La mort rôdait, prenant presque à coup sûr les vies qui avaient le tort de croiser son chemin, par hasard. Par hasard? Il s'en trouva pour dire que non. Il s'en trouva pour dire anges d'un côté, de l'autre démons. Il s'en trouva pour brandir le mot « religion ». La leur, forcément la meilleure. Mais il s'en trouva aussi pour oser s'inventer la leur, à l'heure.
Pendant que les
champs brûlent
Elle ne s'est pas tout à fait levée depuis, et beacoup ne la verront pas, mais il reste et restera toujours des loups pour huler à la lune. « Il nous restera la musique. »
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NIAGARA Le ciel s'est déchiré Religion est un album d'une audace folle, suicidaire, qui paradoxalement offrit à Niagara une seconde mais trop courte vie. L'album fut hélas essentiellement encensé pour des raisons froidement techniques. On s'extasia, à raison, sur les guitares AC/DCesques de Chenevez, les qualifiant d'égales des Américaines, mais on occulta l'essentiel : l'audace, l'urgence, l'intelligence et la sensibilité du propos, celui du possible d'une religion qui ne serait qu'acceptation intégrale de la vie, et non plus culpabilités diversement articulées face à elle. On n' « entendit » pas vraiment : on « attendit » Niagara au détour. Après Religion vint La Vérité : plus éclatant, plus éclaté aussi. Plus pure l'audace, plus dure la chute... Tant pis : uniques, inégalés, et Religion et La Vérité restent des sommets de la chanson rock française quand elle sait ne pas être « que rock » mais qu'elle parvient, au contraire, à saisir dans ses poings rageurs toute la tendresse du monde.
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