Jil Caplan - Toute crue (Album commenté)








ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

À force de demander à quoi pouvait bien ressembler ce disque, j'ai fini par  me dire qu'il ressemblait, pratiquement trait pour trait, à ce paysage qui se dessine à ma fenêtre.  Mi-novembre, décembre ou septembre,  mi quelque improbable mois en embre qui parlerait d'été sans fin.

Ainsi va l'automne du Sud : les feuilles tombent une à une, imperceptiblement au fil des jours, comme les cheveux des hommes de quarante printemps.  Jusqu'au jour où l'on voit vraiment non plus la tête qu'ils ont, mais ce qu'ils ont dedans.

Plus de sucre n'est pas un album évident : il n'est jamais évident de parler réellement de soi lorsque, comme tout un chacun, l'on est multiple, multifacette, prismacoloresque.



Tout dire aurait été bien plus sage...
Mais tout dire n'aurait été qu'une image
Comme réduire le ciel à ses nuages



Jaune, vert, terre, bleu et gris du ciel mêlés, noir de la nuit et blanc lunaire de la foudre qui gicle, les couleurs à la fenêtre se mélangent comme celles des titres de Plus de sucre, se fondant en cet essentiel rouge qui, toujours, fait le sang des chansons qui touchent au coeur.  Le reste est accessoire, secondaire, dispensable : l'essentiel est là, un homme qui chante, un androïde de moins, enfin.

Première chanson, dernière chanson, qu'importe?  Cet album n'a ni début ni fin : comment pourrait-il en être autrement?  Le fil de nos pensées n'est pas celui d'Ariane : il ne mène pas à la sortie du labyrinthe mais invite, au contraire, à s'y aventurer, à s'y perdre pour s'y retrouver.

Au détour des couloirs sombres de Plus de sucre se révèlent, soudain lumineux, douze tableaux de maître, douze travaux d'un même Hercule musclé là où ça compte, comme le sont les musiciens, les guitaristes, les hommes de plume déplumés qui osent déployer leurs ailes.



Même chemises
Mêmes églises
Mêmes lunes de miel
Et que ne suis-je
Un troupeau

Mêmes chemises
Mêmes églises
Même foulard sur le ciel
Mêmes tant pis
Il faut le dire
Et tout de go

On est libre on n'a plus de sucre
On est libre on n'a plus que ça



Du bois qui se dessine à la fenêtre, un grand cerf a jailli, innocent mais fier, offrant les secrets qui brillent dans son oeil au regard de qui saura l'observer sans mot dire, comme lui l'oreille aux aguets.  

Tout est dit.



Oui dit l'homme
Si nous sommes
Nous seront mille étés

Le pire est intime
Le meilleur invisible
Lent ce qu'on sent

Voilà
Voilà le consentement

 


ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 


Tout doux
Mon ami d'en haut
Ovale lune
Jean-Philippe
La Grande Ourse
Jeune homme
Plus de sucre
Rengaine
Je mange mal
Mon vaudou
Enveloppe
Le consentement

Paroles et musiques : JP Nataf / Réalisé par Dominique Ledudal, Kim Fahy et JP Nataf / Musiciens : JP Nataf, Christopher Board, Bertrand Bonello, Pascal Colomb. Albin de la Simone, Philippe Entressangle, Kim Fahy, Christophe J., Fabrice Moreau, Michael Rushton, Pierre Sangra, Bernard Vigué / Instrumentation : guitare acoustique, guitare électrique, piano, hammond B3, helmut, batterie, percus, dobro, basse, ukulélé, orpheum,
omnicord, nordlead, violon



JP NATAF
Plus de sucre
Tôt ou tard 2004

Plus de sucre est un album comme l'on en fait plus guère... et l'on se demande bien pourquoi.  On est bien loin ici d'une certaine écriture à la mode qui prétend chanter l'extraordinaire caché  de la vie ordinaire en la disséquant avec un humour banal à pleurer.  Les textes de Plus de sucre renouent au contraire avec une écriture ouvertement poétique, faite d'images et d'émotions posées entre les tympans d'un l'auditeur qui, dès lors, peut se les approprier, les intégrer à son propre univers. Le charme agit si bien qu'on se surprend vite à ressentir pour cet album cette même « envie d'y revenir encore et encore » que celle inspirée jadis par tant de grands albums de rock dit progressif ou de songwriting, à la française compris,  des  années 1970.  Loin de parodier ou de calquer ces années enfuies, JP Nataf, avec Plus de sucre, s'inscrit brillamment dans leur continuité, reprenant là où on l'avait curieusement délaissé un filon sans doute inépuisable : celui, simplement, d'une chanson sensible et intelligente, arrangée en prime avec une finesse extrême et portée par une voix dont on ne dira jamais assez la beauté et l'unicité. Car JP Nataf a certainement l'une des voix les plus belles et les moins stéréotypées de la « chanson française ».  Sa voix est « musicale », ce qui est hélas le cas de si peu de ses compatriotes chantants, frileux machos prisonniers de deux ou trois stéréotypes vocaux qui les enserrent tels des carcans.

On avait pu sentir, sur le dernier album des Innos (1999), un JP Nataf quelque peu bridé, à l'étroit dans un format pop-rock certes brillamment exploité mais menacé par la redite.  Tout cela est chose du passé : JP Nataf a refranchi la porte vers l'ailleurs, a repris une route qu'on lui souhaite longue, belle, et la moins solitaire possible.

Plus de sucre, ou l'innocence retrouvée.



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LES INNOCENTS
1999

Dernier album des Innocents

JIL CAPLAN
Toute crue 2001
Co-écrit et réalisé par JP Nataf