Marie-Paule Belle chante Barbara - Album commenté

 

 


UN PAS DE PLUS (PIANO SOLO)

 

Mais d'où est-ce qu'on les déterre, quand on est enfant, ces « vieux chanteurs de nos parents»?

Comment me suis-je retrouvé à écouter Marie-Paule Belle au temps où je commençais à peine à comprendre que les maths et moi ne ferions jamais vraiment bon ménage?

J'avais sept, peut-être huit, éventuellement neuf ans.

J'étais chez une amie de mes parents.  Devant moi se trouvait un 33 tours ou une cassette, je ne sais plus.  Je ne me souviens pas non plus de l'illustration de la pochette ou du boîtier, mais je sais qu'elle me plaisait.

À ma demande, on m'a prêté l'objet convoité.  Je me souviens avoir adoré ce que j'ai entendu, mais aucune chanson ne m'est pourtant précisément restée en tête, hormis peut-être la seule phrase « Je ne suis pas Parisienne... »

C'est en tout cas après cette écoute que j'ai commencé à déclarer que j'aimais Marie-Paule Belle.  Une sorte d'a priori très positif qui ne m'a pourtant pas fait acheter ses disques pendant des années : l'époque passait aux CD, je n'achetais que cela, et les disques de « Ah-oui-Marie-Paule Belle-c'est-super-mais-je-ne sais-plus-trop-ce-qu'elle-chante » n'étaient pas réédités. 

La dite chanteuse me réapparut chantant Chez Pivot à l'émission Apostrophes, brillante, douce et drôle, énergique aussi : j'ai naturellement continué à l'aimer, tout frais armé d'un « Mais-si-Marie-Paule-Belle-tu-sais-celle-qui-chante-Chez-Pivot ».

Plus tard, aux débuts des années 90, elle fut l'invitée d'une obscure émission de France 3 Régions, en direct d'une espèce de « piscinorium ».  Je me souviens très bien avoir apprécié sa chaleur, son humour, son intelligence. Je me souviens surtout avoir été touché par la douce et profonde mélancolie qui semblait parfois traverser son regard.  Je me rappelle encore avoir vraiment aimé sa chanson en piano-voix, mais je ne me souviens plus du tout du titre.

Un jour, c'en fut trop, il m'a fallu oser l'aborder un peu plus franchement : j'ai acheté, en CD, une compilation de Marie-Paule Belle où figuraient des chansons qui ni plus ni moins me clouèrent. 

Certaines appartenaient à ma catégorie préférée de chansons : sentimentales, parfois tristes, mais très mélodiques et presque rythmées. 

Des chansons de vague à l'âme, de langueur, de tristesse ou même parfois de désespoir, mais jamais pleurnichardes.  Ces lettres auxquelles on ne répond pas, Jersey Guernesey, Je veux pleurer comme Soraya, Quand nous serons amis, Vieille, La petite écriture grise... : la pudeur du rythme, de la musicalité, empêchait les sanglots longs de trop violonner d'interminables automnes... 

Et puis d'autres chansons, enjouées, franchement drôles mais jamais anecdotiques, et dont l'humour n'était pas émoussé par l'effet de répétition : Moujik russe, La Parisienne, Mes bourrelets d'antan, Le cha-cha plaît, Les petits patelins...

Ces bijoux d'écriture et de mélodie m'apportèrent la confirmation que j'avais raison d'aimer Marie-Paule Belle.

Plus tard, j'appris la sortie d'un CD, Marie-Paule Belle, live 95.  Je l'achetai.  Je l'écoutai.  Je fus bouleversé.  De ces chocs musicaux absolus qu'on ne connaît que rarement.  L'enregistrement d'un récital éblouissant, alternant passages sincèrement émouvants et réellement amusants, un jeu pianistique épatant, une vraie personnalité, originale, une interprétation toute en subtilité et en nuances. 

Des chansons épatantes! De vraies perles : Wolfgang et moi, Les petits dieux de la maison, Le menu, Berlin des années vingt... 

D'anciennes dont j'apprendrais plus tard que certaines connurent une véritable renaissance grâce à la formule piano-voix : Trans-Europe Express, L'enfant et la mouche, L'oeuf...

De nouvelles enfin : Mais où est-ce qu'on les enterre?, Il n'y a jamais de hasard, L'homme que je n'aime plus...

Un disque fabuleux, un de ces rares enregistrements « publics » qui donnent la sensation d'assister au récital à chaque écoute.

La responsable de l'affaire m'ayant paru avoir un talent plus épanoui sur scène que sur disque, je réalisai qu'il me fallait un peu mieux l'aimer et cesser de seulement regarder son reflet dans le miroir des CD.

L'occasion se présenta sous la forme d'une affiche : « Marie-Paule Belle chante Barbara ».

J'ai hésité, longtemps : jusqu'à ce qu'il n'y ait plus une seule date de concert à moins de 150 kilomètres de chez moi.  Je ne regrette pas, ce n'étaient pas les bonnes circonstances pour aller la découvrir : elle n'était pas seule, « sa » Barbara jouant et chantant à ses côtés. 

J'ai acheté le disque qui m'a, à nouveau, vraiment plu.  Qui m'a donné l'envie, plus encore, de la voir chanter sur scène.

Voilà l'histoire.  Voilà où j'en étais avec Marie-Paule Belle au moment où je suis entré dans le petit Théâtre de Dix heures, à Paris.  Enfin, j'allais la voir, l'écouter sur scène.

Scène dépouillée, piano en sa diagonale, bouquet de roses jaunes à l'une de ses extrémités.

Noir qui se fait, Marie-Paule Belle qui entre, s'assoit au piano.  Tout simplement.  Et dès qu'elle plante ses mains dans le piano et laisse aller sa jolie virtuosité, dès qu'elle déploie les nuances de ses interprétations, chacun s'accroche à ses lèvres. 

Il n'y a pas quarante façons de le dire : en concert, Marie-paule Belle est bouleversante.  Elle câline, mélancolise, fait rire, étonne, ne lasse jamais. 

Elle réinvente, seule à son piano, ses vieux titres.  Regard pétillant d'intelligence, elle interprète ses nouvelles chansons comme des classiques.

Chacune de ses chansons est un pas qui rapproche toujours plus près d'elle.

Qui mène au bord du volcan qu'elle est, aussi éclatant qu'abyssal.

Et quand elle évoque le pas de plus, le pas volontaire qui fait tomber dans un volcan salvateur, qui consume enfin des souffrances devenues trop indicibles, c'est toute une salle qui se tait et laisse flotter dix secondes de silence à la fin de la chanson…

 

À l'hôpital Sainte-Marguerite
Je vois ta douleur et j'hésite
La loi dit non
Qu'est-ce qu'elle comprend la loi?
Finir ta vie d'un simple geste
Geste d'amour que je déteste
Dois-je obéir
Quand tu me dis tout bas :
Dis-leur que j'ai si mal
Dis-leur que j'en peux plus
Notre amour n'y peut rien
Et moi je suis perdu
Dis-leur que je suis prêt
Je pars vers l'inconnu
Aide, aide-moi à faire un pas de plus . . . 

 

L'intelligence des textes ne fait jamais défaut : ils sont concis, structurés, subtils.  Touchent, en émotions, toujours.  Ils ne phagocytent jamais les musiques riches qui, justement, les empêchent d'être trop bavards. 

Marie-Paule Belle est d'une beauté éclatante et fragile, d'une intensité très vite palpable.  Des rires profonds, des regards profonds.  La larme n'est jamais loin de perler, la pudeur la maquille vite d'un sourire.  Sans chercher à cacher, sans chercher à dissimuler.

Cette chanteuse-là aime vraiment les gens qui l'écoutent.  Avec une sincérité absolument pas fardée.

J'aime Marie-Paule Belle.  De plus en plus, en vérité.  Parce que son talent s'accroît avec son expérience.

Mais je sais désormais que ce n'est pas que l'artiste qui me touche.  Il y a, chevillé à cette artiste, et ce n'est pas si commun, un bien beau spécimen d'être humain.

Généreux, clair et authentique, exerçant son métier avec attention, dévotion.  Méritant pleinement les termes si galvaudés de « respectable » et de « respectueuse ».

Ce disque donne, je crois, j'en suis sûr, un aperçu magnifique de qui est Marie-Paule Belle.

Il est, c'est certain, l'un des plus beaux disques de ces dernières années.

Bien longtemps, bien trop longtemps, Marie-Paule Belle a écrit des lettres musicales d'amour auxquelles je n'ai pas répondu.

Enfin, je l'ai fait, ce pas de plus qui m'a mené à elle.

De ces pas de plus qu'on ne regrette pas.

De ces pas de plus que Marie-Paule Belle a faits, qu'elle continue de faire, et qui ont fait d'elle une magnifique artiste.

 

Tu es le courage aujourd'hui . . .

 



À Michel Grisolia, pour tant de beauté, de sensibilité et d'intelligence, dont l'existence ne fut pas vaine et dont les petites écritures grises ne sont pas prêtes de s'effacer.

 

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MARIE-PAULE BELLE
UN PAS DE PLUS

2004

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Ça restera quand on sera vieux (Belle)
Jardin secret (I. Mayereau/Belle)
Les princes travestis (Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
Tu m'chavires (I. Mayereau/J.-J. Thibaud/Belle)
Les petits dieux de la maison (Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
Jersey Guernesey (Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
Les bigoudis (Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
Manteau rouge et gants blancs (Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
La petite écriture grise (Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
Un pas de plus (Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
J'ai la clef (Mallet-Joris/P.Jolivet/Belle)
Sur un volcan (Mallet-Joris/Belle)
A l'imparfait (O.Runel)
La Brinvilliers ( Mallet-Joris/Grisolia/Belle)

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Un peu d'angoisse et de café ( Mallet-Joris / Grisolia /Belle)
Quand nous serons amis ( Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
Berlin des années vingt ( Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
Où est-ce qu'on les enterre ? (Mallet-Joris/Belle)
L'enfant et la mouche (Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
Vieille (Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
Classé X (Grisolia/Belle)
La Parisienne (Mallet-Joris/Grisolia/Belle)
Sans pouvoir se dire au revoir (Belle)
Une autre lumière (hommage à Barbara) (Belle)


Un pas de plus est hélas encore assez peu et mal distribué. On le trouve néanmoins sur certains sites de cyber-disquaires, comme www.alapage.com.

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