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| I N D I E N N E |
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Indienne d'Europe, Béatrice Tékielski l'est, à n'en pas douter. Le sort de la vaste majorité de ses frères et soeurs, elle l'a vécu, le vit, l'a dit, le dit. Les vêtements qui habillent sur Indienne les mots et les musiques de Béatrice Tékielski ne portent qu'une seule griffe : celle de la sincérité, de l'authenticité par-delà le toc des parures. Oui, ils sont quelconques : polyester, nylon, lycra, autant de mots polis pour ne pas dire « synthés datés », et alors? Les Indiens de quelques Indes ou Amériques qu'ils soient font avec ce qu'ils ont. L'habit, qu'on le sache, ne fait pas l'Indienne, loin de là. Bien sûr, elle eut été plus belle à nu, la grande Béa, mais qui peut encore aujourd'hui s'offrir le luxe de s'exhiber à fleur de peau sans que le voile plus insidieux que pudique des nouvelles censures ne masque son corps tout en âme aux chastes yeux du bon peuple... et d'abord à ses oreilles? Polyester, nylon, lycra, basta! Les hardes de Mama Béa cachent un coeur d'or : au vôtre Mesdames et Messieurs, à vot'bon coeur si vous ne l'avez pas encore perdu par mégarde, on est si distraits en temps d'apparente paix, égarés que nous sommes en nos conflits intérieurs, oubliant de nous battre ensemble et non chacun pour soi.
Réduire ainsi Indienne à un xème étalage de «je torturé enfin exprimé à la si douce aube de la maturité», c'est bien mal connaître, et comprendre, tous les Indiens de la terre. C'est n'écouter les cris de Béatrice Tékielski qu'à travers le filtre indécrottable de notre égocentrisme, ce mal galopant, marketé par les néo-cowboys sous le label «Affirmation de soi» et que non contents d'acheter, nous avalons. Mais que vient donc faire cette Indienne en nos pays de la mort dans l'âme? Vêtue comme elle peut, elle appelle les élans, les loups, les aigles qui sommeillent en nous à reprendre leur envol. Elle chante ses mots au coin des rues, l'Indienne, pendant que nous passons sans la voir, passant ce que nous croyons être notre chemin. Va Indienne, Piaf à plumes perdue au pays des oiseaux qui se font rares, l'impasse noire où tu te grises quand tu n'en peux plus de les voir ne plus se voir n'est qu'illusoire : le mur est lézardé, le soleil va percer, demain, après-demain, après le mien, le tien peut-être, quelle importance? On ne paie jamais en vain le prix de l'amour de son prochain.
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MAMA BEA TÉKIELSKI |
Réalisé avec des moyens limités, Indienne de Mama Béa souffre parfois d'un recours excessif mais peut-être inévitable à l'arsenal synthétique conventionnel des années 90. Par-delà cette faiblesse de forme cependant, Indienne se distingue par certains des plus beaux textes de la décennie, par des mélodies souvent très inspirées, par une interprétation vocale d'une sensibilité inouïe qui souvent réussit l'exploit de faire oublier le «son ambiant», mais, plus encore que tout cela, par l'essentialité de ce que Béatrice Tékielski a à dire, et chante comme personne.
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