ISABELLE MAYEREAU


vide18.gif (62 octets)
C A T E R P I L L A R    ( 1 9 7 7 )

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

Ma table tournante ne marche plus.  L'aiguille, lasse, a rendu l'âme.  Du premier album d'Isabelle Mayereau ne me restent donc, pour l'instant,  que les rares plages CDisées sur une compil de 88 : L'enfance, Pas ensemble, Hash.

Hash... 


Tu bouffais du hash
Quand j'buvais du sirop
De mûres ramassées
Tout près de Toronto

Tu traînais ton âme
Comme je traînais ma peau
Une envie peut-être
De se foutre à l'eau


J'avais quoi?  1977 : pas même 20 ans.  Je comprenais sans trop comprendre.   L'Enfance me parlait davantage.


L'enfance elle s'est barrée sur un coup d'téléphone
Une voix anonyme froide et dure sans carbone
L'enfance elle a filé sur des fils télégraphes
Comme un clown mourant sur sa dernière grimace

L'enfance elle s'est jetée du haut d'un interphone
Comme un rideau d'acier sur un chat qui ronronne
L'enfance elle s'est brûlée comme un coup d'mégaphone
Pour enfin terminer mutilée et aphone

Mais que va-t-on devenir?
Devenir?
Mais que va-t-on devenir ?


J'aimais.   Je ne savais pas vraiment pourquoi, pas encore tout à fait, mais j'aimais.  J'aimais les mots d'Isabelle, sa voix, ses mélodies planantes et structurées à la fois, construites par elle, déconstruites et réinventées par lui : Jean Musy.


Le petit piano de l'intro de Pas ensemble me caresse l'oreille :


Puisqu'on n'vit pas ensemble
C'est le grand jeu des mots

Tu t'balades en silence
Dans un coin d'mon cerveau


Et c'est tout.  De CDisé : rien d'autre.  Isabelle se balade en silence dans un coin de mon cerveau.

L'extraordinaire, le pas si courant, c'est que plus de 20 ans plus tard, je l'entends encore, distinctement, nettement, fidèlement.

Mayereau : à l'évocation de ce nom, un building de verre se dessine immanquablement dans mon esprit.  Puis deux, puis trois, toute une ville surgit au souvenir de ces mots :


Une fausse Amérique
Simili USA


La ville s'appelle Montréal.  J'ai quoi?  18 ans pile.  Mais là, je comprends, tout.  Il pleut sur le quartier des affaires, je cherche la chaleur, je me heurte à la porte close de mon vieux resto favori :


CLOSED.
FERMÉ DÉFINITIVEMENT.
MERCI À NOTRE AIMABLE CLIENTÈLE.  


Qu'est devenue Cécile, la vieille serveuse peinturlurée, qui savait parler d'autre chose que de fric et de maladies?

J'ai plus de 40 ans.   Cécile s'est tue.  Un immeuble grand standing a poussé là où elle a donné une partie de sa vie.  Des gens pressés passent : ils ne repasseront pas.  Je cherche la chaleur, dix mille dents étincelantes m'attendent au comptoir de cent mille fast-food : mordez la vie à pleine dents, belles gens.  La vôtre, s'entend. 

Il pleut.  Encore.

Des gouttes mauves d'acier trempé...

Elle faisait comment, déjà, cette chanson ?  La mélodie, les arrangements sont là, imprimés dans ma mémoire, mais que disait-elle?  Tiens, si j'arrêtais au hasard un mutant cravaté pour le lui demander :

« Excusez-moi, vous souviendriez-vous par hasard des paroles des Gouttes mauves d'Isabelle Mayereau ? »

« Who's that girl ? », ça ne peut pas rater.

Sinon, avec un peu chance... si l'on peut dire : « Isabelle ?  Vous voulez " Boulay " ? »

Est-il possible que ce soit ici, dans ce « pays », que j'ai découvert Isabelle Mayereau ?  À la radio ?    Pourtant...   Tous les jours, plusieurs fois par jour, Simili USA tournait sur la FM rock de l'époque, côtoyant Steely Dan, Shawn Philips, Genesis, On m'attend là-bas...

Se souvenir, me souvenir...


Quand tous les Caterpillar
Auront fini... (zut!)
Naîtra une grande cité


La nuit tombe sur la fausse Amérique. 

La vie sombre dans la  fosse Amérique.

Le taxi file vers l'aéroport.

Le compteur tourne, le temps passe, est passé.

Poussant leurs valises, traînant leurs vies, des gens courent en tous sens, entre les flics, les agents de sécurité, les mises en garde contre la fièvre aphteuse, les bombes, la peste, le choléra, je ne sais quoi

Je consulte le panneau des départs : six écrans.  Fuirait-on ce pays?

Je cherche : Amsterdam, vol KL... Et vlan !  Une pub. 

Une pub!  Plein écran.  Pleins écrans.

J'attends.  Cinq secondes.  Dix secondes.  Quinze.   J'attends.  Je pa- ti-en-te.   Soumis.  Sage, sage sage, bon chien chien, les yeux docilement rivés sur les téloches, que l'Oncle Sam ait fini sa réclame et daigne enfin me laisser « visualiser » à quelle heure je vais, enfin, crisser mon camp, débarrasser son beau plancher jadis des vaches, désormais des moutons.

Revoilà la liste des départs.  Je cherche à nouveau mon vol.   Amsterdam, vol KL... Pub !

J'éclate de rire... ou j'éclate les télés ?


MANTRA - URGENCE

... Je chante ...
... Je chante soir et matin ...
... Je chante ...
... Sur mon chemin ...


Tiens, celle-là :


Quand tous les Caterpillar
Auront fini...  


Tant pis, la suite exacte importe peu.  Sauf miracle, sauf éveil, sauf réveil,  ils en auront bientôt fini de ce « pays ».

Simili ?

USA.

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

 

Premier album (1977)

L'enfance
Pas ensemble
Simili USA
Standing
Des gouttes mauves
Jeux des regards
Hash
Sirop de vie
Orange bleue
Des synthétiseurs

 

ISABELLE MAYEREAU
RETOUR À LA DISCOGRAPHIE PARTIELLE COMMENTÉE