QUAND L'HUMAIN DANSE
Comme la pluie, le vent, le printemps...

 

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On a beau se dire que «c'est la vie», que la mort fait partie de la vie, qu'on a eu la chance de croiser certaines personnes, certains endroits, certaines amours, certaines amitiés et même certains chiens,certains chats…  Qu'on est forcément plus riches et heureux que s'ils n'avaient pas été mis sur notre chemin...

On a beau se dire tout ça, quand il faut dire au revoir, «sois bien là où tu vas, là où tu es », ça nous casse le cœur...  Même quand le cœur, au fil du temps et aux fils des cache-nez qu'on lui tricote pour qu'il évite de prendre froid, oui, même quand ce cœur se fait plus solide.

On a beau dire, on vit bout à bout, comme on peut, jusqu'au bout et comme on cherche à aller, comme on le veut, jusqu'au bout.


Les amis, le soleil
Les folies, la bouteille,
Ça peut soulager, mais ça guérit pas…


Peines, peines, je vous prends cent fois
Contre ses bras, lui tout contre moi
Ses bras, des mille et des millions de fois...


On a beau dire, Maurane est un tas de bouts.

Un tas de bouts de vie, un tas de bouts de mort.  Maurane pulse et vibre quand, comme le sang qu'elle chante, elle part dans tous les sens et tous les chants.  Maurane est une fille éclatée, qui s'éclate, dans tous les sens du terme.

En bref et sans un pépin, Maurane est un fieffé spécimen humain, définitivement, complètement, absolument humain.

Elle est par ailleurs celle, depuis Frida Boccara, dont le chant peut prétendre à l'universalité tant il est empli d'émotions et, paradoxalement, tant il est extra-ordinaire.

Humaine, universelle, faite de vie et de mort, sanguine.  Ça ne suffit pas à ce que ses chansons world touchent vraiment.  Elle les chante excellemment, de façon inventive, et surtout très généreusement.  Mais à tant vouloir chanter les hommes rassemblés, ça finit par tomber un peu dans le cliché du bon sentiment mondialiste.

Ça aplanit toute la variété des différences culturelles.  De New York à Tokyo, on n'est pas sur Terre, on est à Monopolis.


Toi et moi, on est tous…
Un guerrier Massaï…
Un sorcier du Zaïre…
Un chaman indien…
De Lima à l'Himalaya…
Du Mali au Guatemala…
Toi et moi
On est tous
Tous à la fois


Non, toi et moi, on est deux.   Deux plus deux qui font quatre, quatre et quatre qui font…

Volonté répréhensible?  Oh, sûrement pas.  Mais moins gracieux, oui.

Parce que quand Maurane s'attelle, sans prétention aucune, à l'autopsie de ses petits bouts, elle en fait un tout, tout en nuances, en tendresse, en fatalité, en espoir, en désespérance fulgurante, en volonté de vouloir, en bulles de Champagne…


Déranger les anges, les dangers mélangés
D'ombres chinoises et lumières
Instant fragile, éphémère
On aime, on éclate, on désespère…


Jamais de déclarations définitives, de coups d'éclat, mais de la demi-teinte, un cheminement pas aussi direct qu'une autoroute, qui amène pourtant droit au but, avec élégance et pudeur…  Maurane ne s'invite pas, elle invite.

Elle le fait avec une évidence mélodique, une évidence vocale, une évidence textuelle.

C'est évident, oui, ça crève les yeux tellement c'est beau : quand l'Humaine chante, elle est d'une beauté à tout faire fleurir.  C'est d'une évidence qui a la délicatesse de ne pas être foutue en pleine vue, qui se laisse découvrir peu à peu jusqu'à ce que l'on soit si touché qu'on aime Maurane véritablement, sincèrement, puissamment.

Qu'elle transcende Goldman, avec une belle complémentarité sur les très beaux Tout faux, Des millions de fois, Ce que le blues a fait de moi.

Qu'elle continue avec le si tristement drôle, si drôlement désespéré Vannier :


Malheureusement voilà que je t'aime
Au hasard de mes extases
Mais nos amours endocriniennes
Ne sont pas toujours en phase
Mes desideratums
T'électrisent pas les neurones
Fais-moi l'homme


Qu'elle accueille en sa maison aux fenêtres grand-ouvertes les faux diamétralement opposés, telles Lara Fabian et Véronique Sanson.

Elle invite la première à ne pas prouver comme elle sait chanter bien (pas à prouver), mais à laisser affleurer deux sensibilités puissantes et rares, livrant ainsi une chanson magnifique :


Tout le monde rêve d'un idéal
Un Eden, un bonheur fatal
Mais la vie…
Mais la vie…

Même quand tout s'éteint
Sur nos chagrins,
Il reste encore
Une braise, une flamme qui dort
Un peu de vent
Sur nos tourments
Et tout repart
Sur un autre espoir


Elle communie avec la seconde dans une ode à la vie, toutes deux tentant de trouver un équilibre entre la fureur et la douceur de vivre :


Le temps de voir grandir nos enfants
Arrêtez vos montres
Pour s'émouvoir, se toucher vraiment
Arrêtez vos montres
Arrêt total
De ces petites aiguilles infernales…
C'est déjà l'heure, réveillez-vous!

Sans ces petites minutes cannibales
Qui rongent le temps et le moral
La vie prendrait le rythme du cœur
Si harmonieusement
Le temps prendrait tout son temps


Maurane est à la fois Marilyn et Andy Warhol.  La désespérance sous un sourire très rouge, le Pop Art dissimulant une claudication.  Elle est un bel équilibriste, que l'on a envie, du fond du cœur d'embrasser, et son album en témoigne bien.

 

Voir ton visage camaïeu
Comme on ferme à demi les yeux
D'orange amère virant
Au gris bleuté
Les souvenirs viennent
Tout doucement s'y dégrader…

Du rouge à la bouche pour mieux taire
Que seule sans toi, je désespère
Et je retouche la photo
Tout juste pareil à…
Warhol pour Monroe

mauranehumaininsert.jpg (48090 octets)

 

Oh oui, t'es un fameux tas de bouts, Claudine!  Et si tu savais comme ça sonne harmonieux, comme ta musique fait du bien.  Comme tu me fais un beau printemps, plein de toutes ses nuances de bourgeons, de temps gris et de temps plein-soleil, de ses dernières neiges et de son herbe verte, de vie et… de mort.


Me voilà enfin réelle
Enfin moi


Maurane, ton printemps est un printemps qui a raison.

 

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

 

mauranehumainalb.jpg (27290 octets)

MAURANE
Quand l'humain danse
Avril 2003

vide18.gif (62 octets) Quand les sangs (Gildas Arzel)
Tout faux
(Jean-Jacques Goldman)
Sans demander
(Louise Forestier / Daniel Lavoie)
Un pays mais
(Peter Lorne) Avec Marc Lavoine
Des millions de fois
(Jean-Jacques Goldman)
Ce que le blues a fait de moi
(Jean-Jacques Goldman)
Fais-moi l'homme
(Jean-Claude Vannier / Jean-Pierre Sabar)
Boire dans le même rêve
(Maurane / Maurane - Arnould Massart)
Warhol pour Monroe
(Sabrina Lory - Peter Lorne / Peter Lorne)
Mais la vie…
(Peter Lorne) Avec Lara Fabian
La musique a souvent raison (
Christophe Dupraz)
Toi et moi, on est tous
(Peter Lorne)
Petites minutes cannibales
(Peter Lorne) Avec Véronique Sanson

DES GRAINES D'IMMORTELLES
CHANSON COMMENTÉE

(Élisabeth Anaïs / Michel Amsellem)

Au clair de ma plume
(Jean-Jacques Goldman)
Quand l'humain danse
(Daria de Martynoff / Evert Verhees)
Avec la participation de Stephane Eicher
 

 


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