

AUTOUR DE
LUCIE / FAUX MOUVEMENT
Autour de Lucie, que se passe-t-il ?
Pas grand-chose à vrai dire, si ce n'est quelques paradoxes humains si quotidiens qu'on
n'y prête plus guère attention. Mais il suffit de s'y attarder, de les passer au
peigne fin, pour que soudain se révèle l'abîme entre ce que nous voudrions être et ce
que nous sommes...
C'est sur le fil ténu de nos contradictions qu'évolue le groupe Autour de Lucie, à
travers l'album Faux Mouvement, pour mieux nous suggérer combien nos tentatives
d'agir, nos décisions intempestives, pèsent peu face à nos inerties intérieures.
Dès la chanson d'ouverture, Je reviens (mini-tube de l'été 2000), le propos de
Valérie Leulliot et de ses trois acolytes se trouve résumé dans une sorte de constat
qu'on ne revient vers l'autre que par fatigue, ou parce qu'on n'a pas su faire
autrement...
Je reviens
Je reviens encore.
Tu n'as même pas vu
Que j'étais partie, alors ?
Je suis revenue
Comme on rentrerait au port
Fatiguée
De passer par dessus-bord
Je reviens
Je reviens et j'ignore
Ce qui nous ramène
Ce qui nous ramène au bord
On a déjà vu
La mer rendre certains corps
Qu'on avait dit portés disparus...
En une dizaine de chansons plus lentes les unes que les autres, Autour de Lucie aligne
constats d'amertumes et tentatives avortées de devenir vraiment « quelqu'un », aux yeux
de soi-même comme à ceux d'autrui.
Certes le pessimisme résigné de cette vision de l'être humain n'a rien de
particulièrement réjouissant. Mais il a paradoxalement le mérite, puisque le
volontarisme ne mène nulle part, de pouvoir être entendu comme une sorte d'hymne au
lâcher-prise, à la lenteur, tant la vanité des luttes en tous genres paraît sans
objet.
Et puis, il faut avant tout souligner l'admirable travail sur les climats musicaux,
réalisé par Autour de Lucie. Sur des compositions minimalistes se posent lentement
cordes (subtilement soutenues ici ou là par un cor ou une harpe), guitares électriques,
et quelques « scractch-scratch » trip-hop qui viennent intelligemment agacer ou
inquiéter l'oreille de l'auditeur, comme pour lui éviter la tentation de la rêverie ou
de l'ennui. Il ne s'agit guère ici de bruitages-mode, mais d'une peinture sonore
faisant corps avec le texte, pour mieux souligner la précarité des certitudes humaines.
Quant à la voix de Valérie Leulliot, comme une mer étale, elle vient se poser sur ce
tapis musical, ne cherchant guère à convaincre, simplement à dire. On est ici
beaucoup plus chez Françoise Hardy que chez Arlette Laguiller ! Il se murmure
d'ailleurs que Madame Dutronc affectionne particulièrement ce groupe. Normal, il y
a beaucoup d'elle dans les chansons d'Autour de Lucie. Ce disque aurait presque pu
être une suite résignée à l'album tourmenté qu'était Le Danger, mais dans
une veine musicale plus proche du trip-hop de La Vérité des choses que du
rock-underground de Zéro partout.
Mais si Valérie Leulliot dépeint un monde sans couleurs et sans matières grasses, si
elle fredonne paresseusement qu'on n'a pas toujours la condition pour aimer, qu'à l'appel
du vide on ne résiste pas, ou encore qu'on a beau se serrer familièrement les mains ou
les coudes, on reste malgré tout des corps étrangers, c'est peut-être dans La
chanson de l'arbre que réside la clef de cet album.
Le reste du
disque pourra peut-être paraître linéaire à certains, mais nul doute que cette
extraordinaire chanson ne laissera personne insensible, tant par la force et la limpidité
de son texte que par le frémissement venteux des cordes qui l'accompagnent...
Enfoncée dans le sol
Je suis à la même place
Celle où tu m'as plantée
Depuis
Des feuilles m'ont poussé
Au bout des mains...
J'ai vu tomber
Quarante années de pluie
Et passer des armées
En guerre
J'ai mangé de la terre
Mais je n'ai pas bougé
J'ai des joies simples
Des joies d'arbre
Tu baisses les yeux
Quand tu passes...
Maintenant
J'ai de l'écorce
Celle qui m'a fait défaut
Celle qui m'a tant fait défaut
Mais surtout maintenant
J'aime le temps
J'ai des joies simples
Des joies d'arbre
Tu baisses les yeux quand tu passes...
Olivier Prou © Zoomrang Janvier 2001


AUTOUR DE LUCIE
Faux mouvement
2000
Je reviens
Je suis un balancier
Sans commentaire
Vide
Chanson de l'arbre
Lent
La condition pour aimer
La contradiction
Le salon
Le dernier mot

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