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HISSÉE HAUT

 

Brunette,

Ce soir, la mer a un goût de chiottes, les filles du port sont décaties, Moby Dick et mes rêves de pirate pourrissent au fond des eaux troubles…  Je pue l'alcool.   Ça fait gueuler les mouettes, c'est déjà ça.

Le matin où t'as tracé, j'ai retrouvé tes talons aiguilles et ta panoplie d'allumeuse : j'ai cru que t'allais te ranger, devenir une fille comme une autre.  Même quand t'as disparu de mes cartes de navigation, j'ai toujours gardé tes boussoles déréglées pour me fracasser sur le souvenir de ton écueil.  Après toi, les filles ont eu un goût de nulle part, alors je suis resté au port.

Mais t'as rudement bien fait de partir : ta banane n'était plus très fraîche, et je n'étais plus très crédible en abominable enfant teenage.  Dommage, j'aimais bien ça.  Que veux-tu…  Le temps passe, et quand les embruns sentent le renfermé, il faut partir.

T'as surtout bien fait de m'envoyer cette carte postale des quatre coins de ta planète.   T'es toujours plus belle : une vraie allumée, on ne voit que toi dans la nuit.   Et tu sais quoi?  Le noir te va bien, ce noir qui pue le mazout des grands bateaux : ça te rend encore plus indécente.

Continue à te taper des matelots, laisse les baiser ta peau tatouée, laisse les s'en foutre plein la bouche et dégueuler ton écume quand tu te barres au matin, avec le premier rafiot.

Ta musique, ma belle…   Je te suis pas dans tous tes voyages.  Peut-être bien qu'elle est pas toujours géniale, peut-être bien que c'est moi qui suis un peu rangé aujourd'hui.   T'as de très beaux sons, d'autres qui me font pisser froid.

Mais tes mots, ils sont infinis comme l'océan, violents comme un orgasme.  Je comprends pourquoi les cachalots viennent s'échouer sur les côtes…  C'est beau à en mourir.

Tu permets bien sûr que j'aille en gribouiller les murs d'ici et d'Ailleurs…  Histoire que les marins ivres morts sur les docks croient qu'ils caressent les seins de la plus jolie des putains de la rade.  Celle qui vend ses maux en musique pour les faire bander comme jamais, avant qu'ils crèvent de revoir le jour.


Je garde quelques images
Pour mes vies postérieures
Ce qui s'voit pas ici
Ira se faire voir ailleurs
Je te colle des bleus
N'aie pas peur
C'est ma façon d'annoncer la couleur

Vise-moi les étoiles
Elles se font une manif
Le ciel a l'air moins sale
C'est ça mon kif

Il s'accroche aux poignées de la veuve
Y tient sa promesse à la main
Y tient pas grand-chose, mais y tient
J'écrase une blonde au bord de ta platine
In extremis sauvée de la naïade
Dans le lit des grands tu m'installes doucement
Faut surtout que ça ait l'air d'un accident
Où vont les petits hommes qui baissent toujours le menton ?
Je me garde à vue
En vérité toute nue
Je me donne aux amis
Je donne sur la rue
Ça pouvait plus durer nous deux
Notre histoire bouffée par les mythes
A marcher à côté de nos yeux
Je rêvais haut qu'un nouveau m'excite



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