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Dans ma maison, vous
viendrez
D'ailleurs ce n'est pas ma maison
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entrée comme ça un jour
Il n'y avait personne
Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc
Je suis restée longtemps dans cette maison
Personne n'est venu
Mais tous les jours
et tous les jours
Je vous ai attendu
La maison était donc désertée. Seule la fille pleurait, comme disait le poète, « à
jeun, perdue, glacée, toute seule, sans un sou ».
À avoir glissé, heureuse et légère, sur des peaux de banana, banana, bananananana,
elle avait fini par choir, comme l'on choit en déchéance : dramatiquement.
Sur le pavé, il y avait la fille. Famélique, mal entendue puis délaissée, avide et
vide, elle ne tenait plus qu'au soleil de son obsession.
Dans ma maison, tu
viendras
Je pense à autre chose, mais je ne pense qu'à ça
Et quand tu seras entré dans ma maison
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile, nu debout avec ta bouche rouge
Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
Et puis tu te coucheras
et je me coucherai près de toi
Voilà
Dans ma maison
qui n'est pas ma maison
tu viendras.
Sur le pavé, il y avait la
fleur. Il y avait la fille et la fleur.
Tournesol, tournesol
C'est le nom de la fleur
Le surnom de la fille
Elle n'a pas de grand nom, pas de nom de famille
Et valse au coin des rues
J'ai vu ces deux-là se
rencontrer.
Les pétales de la fleur étaient les mots d'un poète mort, d'un poète qui n'était pas
un poète mais un homme à tête d'homme.
Cet homme dit à la fille : « Je préfère tes lèvres à mes livres. »
La fille lui répondit : « Je n'ai plus tes lèvres, mais il me reste tes livres. »
Entre eux, il n'y eut pas d'alchimie, mais la magie d'une évidence.
La fille réinventa sa maison, très loin des châteaux staracadémiques, en un endroit
où tous disaient qu'on ne pourrait établir d'édification avec succès. Elle inscrivit
sur la porte quelques mots de l'homme à tête d'homme :
Économie politique ?
Merde à l'or !
Et laissa la porte grand ouverte.
Elle installa un accordéon, un piano et, dans le jardin couvert de feuilles mortes, tout
près du réverbère, un banc.
Et l'incroyable survint.
Le pain noir enfin mangé, le piano noir rejoua enfin.
Nous mangions notre
linge sale en famine
Nous nous aimions dans la misère
Nous vivions d'amour et d'eau fraîche
Et sur la nappe de sable d'or tintait la vaisselle du soleil
Vêtue puis revêtue
À quoi rêvais-tu
Dévêtue
Dans sa maison, ils
vinrent. Toujours plus nombreux, toujours plus étonnés, toujours plus émus. Ils la
virent enfin comme elle avait toujours été
Iconoclaste
Dieu fait ce qu'il veut
de ses mains
Mais le diable fait beaucoup mieux de sa queue
Érotique et fraîche
Dans ses deux mains
Sous ma jupe relevée
J'étais nue comme jamais
Tout mon jeune corps était en fête
Des cheveux de ma tête aux ongles de mes pieds
J'étais la source qui guidait
La baguette du sourcier

Amoureuse, sachant que vouloir aimer n'est pas
forcément savoir aimer
Je sais dire je t'aime
Mais je sais pas aimer
Ton cur de rubis
Qu'est-ce que j'en ai fait
Je jouais à l'amour
Je ne savais pas jouer
Ton cur de rubis
Qu'est-ce que j'en ai fait
Ton cur de rubis
Je peux même pas le refourguer
Y a pas de receleur
Pour l'amour volé
Audacieuse, imposant le
fait que c'est la vie qui imite l'art, et non l'art qui imite la vie : l'Homme est
parfaitement créateur et peut influer sur la beauté de son destin.
Ils l'écoutèrent redresser ainsi son propre destin, chanter toutes les gammes de la vie.

Ils pleurèrent quand elle pleura sur sa plus
intime déclaration a capella.
Je suis née toute nue
Je vis comme je suis née
Je suis née toute petite
Si j'ai grandi trop vite
Jamais je n'ai changé
C'est l'amour qui m'a faite
L'amour qui m'a fait fête
L'amour qui m'a fait fée
Ils furent touchés par sa
vérité, la qualité des musiques et de son humanisme. Ils repartirent heureux, plus
vivants, plus vibrants. Moi aussi.
Tu la connais, cette
histoire.
Puisque c'est la tienne.
Tu venais à peine de te
réveiller
Tes yeux étaient grand ouverts
Et brillaient
Et tu paraissais nue sous ta robe légère
Et tu souriais
Heureuse qu'on te regarde
Et d'être regardée
Devinée, désirée
Caressée du regard par ta rue tout entière
Jacques Prévert - La rue de Buci
maintenant
 


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Quai
des brumes (Maurice Jaubert)
Je suis comme je suis ( Prévert
/ Joseph Kosma)
Quand la vie est un collier (Prévert / Philippe-Gérard)
Dieu et diable (Prévert / Philippe-Gérard)
Tu peux bien t'en aller (Prévert / Jo Warfield)
Chant song (Prévert / Philippe-Gérard)
Verticaux (Prévert / Philippe-Gérard)
Embrasse-moi (Prévert / Wal-Berg)
Il a tourné autour de moi (Prévert / Philippe-Gérard)
À quoi rêvais-tu (Prévert / Philippe-Gérard)
Déjeuner du matin (Prévert / Joseph Kosma)
Chacun son cirque (Prévert / Philippe-Gérard)
Cur de rubis (Prévert / Henri Crolla)
C'était l'été (Prévert / Philippe-Gérard)
Dans ma maison (Prévert / Philippe-Gérard)
Au coin de la rue du jour (Prévert / Philippe-Gérard)
Il y a la nuit (Prévert / Philippe-Gérard)
Paris at night (Prévert / Joseph Kosma)
Le jardin (Prévert / Joseph Kosma)
Interlude (Mathieu Gonet)
Sanguine, joli fruit (Prévert / Henri Crolla)
Les feuilles mortes (Prévert / Joseph Kosma)
Non endisquées : Tournesol
et C'est l'amour qui m'a faite
Piano : Mathieu Gonet
Accordéon : Alexandre Leitao
Mise en scène : Caroline Loeb |
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