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DÎTES AU PRINCE CHARMANT
DANS TES BRAS, MON ENFANT
ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

 

Tu m'as dit je t'aime
Je t'ai dit attends
Je t'ai dit prends moi
Tu m'as dit va-t-en

( Jeanne Moreau - Jules et Jim )


On s'était connus, on s'était reconnus, et le tourbillon de la vie a fait ce qu'il devait : on s'est perdus de vue. Mais ce soir je recommence l'addition, alors retiens-en un, s'il te plaît, pour nos grands soirs.

Tu en avais mené, des guerres. Des guerres nécessaires à ta survie. Comprendras-tu un jour qu'à ce jeu-là, une armure convient mieux qu'une peau douce ?


Je parcours l'étendue des dégâts
Je ramasse les pierres tombées
Je les mets dans ma poche comme le petit Poucet


De mon côté, j'avais aussi bien bataillé. Avec l'idée que porter une cuirasse était infâmant, trop évident. Qu'à lutter pour lutter, il fallait le faire pur et nu. Je le pense toujours, mais j'ai modulé l'angle d'attaque : je réserve désormais la nudité frontale aux joutes plus érotiques.

Fatalement, quand nous nous sommes rencontrés, tu étais à terre, je gisais un peu plus loin. Malgré la grâce et l'harmonie qui nous caractérisent, force est de reconnaître que nous avions deux formidables gueules cassées.

Pourtant, même avec ce cœur trop rouge, si sanguinolent, tu étais tellement jolie. Je t'ai collé un petit pansement, et te voir sourire, heureuse de ce geste dérisoire, a mis du baume sur quelques-unes de mes blessures. Doucement, on s'est regardés réapprendre à vivre. Et dans nos vies qui étaient un fameux cirque, on s'est remis tant bien que mal en piste. J'ai joué un peu au Monsieur Loyal, je t'ai découverte clown merveilleux, hilare, blanc et sanguinaire.

Tu as été ma généreuse, ma douce. Ma câlineuse empêchée.


J'ai la douceur
Du printemps qui vient sans un bruit
Comme un parfum entêtant
Ouvrir les yeux
Des enfants malins
Et des amoureux
Innocents


Mon ingérable, ma difficile. Je t'ai aimée pour ça aussi.


J'ai l'insolence
Des étés indiens
Rouge-sang
Là, sur le bout de mes lèvres
Les mots brûlants
M'enflamment d'un rien
Alors je souffle
Sur les braises


Et puis un homme-miracle est arrivé dans ta vie.


De la dernière pluie de la nuit
Nous sommes tombés tous deux
Amoureux
Attends le jour où cet amour ne sera plus un jeu


Comme j'ai été content pour toi : un prince charmant pour ma reine des pommes ! Ah le beau conte de fées ! J'aime bien les fées, mais je n'aime pas beaucoup qu'on me raconte des histoires. Pourtant, j'y ai cru, à cet amour rédempteur, à ce coup de baguette magique qui régulerait, abracadabra, toutes tes douleurs. C'était beau et facile à croire. Trop facile. 

La belle illusion que de t'imaginer absolument heureuse, comme si le prince charmant avait soudainement fait de ta vie un rêve. Le rêve est une merveille, l'illusion un dangereux mirage.


Non, je n'attendrai plus jamais
Ce blondinet aux yeux délavés
Qui m'avait promis la grande vie
Dans les palais,
Ce soir je m'en vais….
Dîtes au prince charmant
Que je suis partie sur son cheval blanc
Vivre ma vie,
Dîtes-lui
Merci, mais j'ai déjà beaucoup d'enfants

Non, je ne serai plus jamais
Cette pauvre fée
Aux ailes brûlées
Qui l'attend encore
Sous des UV
Les yeux fermés
Sur les Champs Elysées
Dîtes au prince charmant
Que je suis partie sur son cheval blanc


Pardonne-moi : j'avais arrêté de me demander si tu souffrais encore. Je t'avais crue toute adonnée à ton bonheur, inconsciente de ma boiterie encore persistante. Et je t'ai incendiée à la première indélicatesse. J'avais arrêté de t'aimer bien, comme il se doit, en somme.

La guerre froide fut déclarée. Mais, comme moi, tu t'es trompée d'ennemi. Oui, ma sœur, l'ennemi est à l'intérieur, pas ailleurs. Je rêvais mieux pour nous.

Tu m'avais dit que je ne savais pas l'importance que j'avais eue pour toi. Je ne t'avais pas crue, bien entendu. Tu ne sais toujours pas celle que tu as eue pour moi. Tu ne me croiras plus, évidemment. 


L'objet du litige, c'est l'amour te dis-je.



Aujourd'hui, ton chant revient à mes oreilles. Plus présent que jamais. 


Quand tu es là, tu me manques étrangement
Comme une absence
Tu n'y es pas
Ton regard est absent
Comme une évidence


Oui, tu chantes à nouveau, mon enfant. Et je retrouve la petite souillon plus belle, plus aristocrate que n'importe quelle impératrice. Ce sont les souillons qu'on aime d'un amour vrai, loin de tous les protocoles obligés, le sais-tu ? 

Moi, je t'aime encore, tu sais. 
Et je danse à nouveau, mon enfant. Veux-tu continuer qu'on continue à tourner tous les deux enlacés?


A tout hasard, attends ce soir et tu verras bien
Attends ou va-t-en mais ne pleure pas
Attends ou va-t-en loin de moi
Attends ou va-t-en, ne m'embête pas
Va-t-en ou alors attends moi


Je t'attends.

 


 

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DANS LA VOIX D'UNE INFANTE

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

Lio a été empêchée de chanter de nouvelles créations pendant dix ans. A cause de considérations iniques de maisons de disque, à cause d'une vie cauchemardesque. Lio en a toussé, toussé, toussé. Comme si sa voix cherchait à sortir de son corps, et ne le pouvant plus, se coinçait. C'est ainsi : quand ils ne peuvent plus chanter, les oiseaux toussent pour ne pas mourir.

Prévert lui a fait le plus grand bien, et elle lui a fait un bel amour en l'interprétant, en le recréant. Elle n'a plus toussé mais n'avait pas encore retrouvé sa vraie voix. Doriand et Peter Von Poehl se sont mis en tête d'offrir un disque pour Lio. Ils ont écrit et composé avec la météo changeante : Lio absente, Lio complètement impliquée, Lio vivant comme elle le pouvait, du mieux qu'elle le pouvait. 

Jusqu'au jour où elle s'est remise à chanter complètement, aussi jouissivement qu'un ex-fumeur retrouve le plaisir interdit d'une cigarette.


Une fille s'arrête et respire : « Oh ! je respire, oui je respire et cela me fait autant de plaisir que de fumer une cigarette. J'avais oublié que je respirais. C'est merveilleux, l'air de la vie n'est pas encore tout à fait empoisonné ! »

( Actualités, Jacques Prévert, Histoires )



Et je fume et refume
Pour cracher en fumée
Toutes mes amertumes
Et mes vielles journées


( Hall de gare, Helena Nogerra - Lio )


Lio adoucie, Lio calmée, Lio tendance nouvelle chanson française : voilà de quoi se sont gargarisés les journalistes à la sortie de l'album. Enfin, un disque digne, Lio enfin respectable ? Pourquoi pas… La respectabilité est un outil bien pratique pour faire passer ses messages.

Oui mais voilà, respectable ou non, qui d'autre que Lio, en ces années 2000, a le courage de sortir un album aussi peu formaté, aussi franchement à son image ? Qui d'autre parvient à faire d'un album perfectible un manifeste d'humanité, à faire d'une femme triste une femme lucide ?

Lio confère du sens et de l'intelligence à chacun des mots qu'elle chante. Pour ça, je revendique la tendresse que j'ai pour une artiste fraîche, parfaitement émouvante. Pour une belle artiste.

Dîtes au prince charmant est comme une histoire d'amour, d'amitié imparfaite, comme un appel à la Attends ou va-t-en. Pas d'overdose de grands sentiments, pas d'idéalisations, pas d'apitoiement. Du réalisme, de la tendresse, du grinçant aussi, simplement. Un son ouaté, ni rétro, ni désuet, juste hors du temps. Une voix patinée par la vie, dont le caractère singulier réapparaît doucement.

Un album très centré sur le « je », mais suffisamment humain pour faire naître de l'identification ou de l'empathie.

Demain, certainement, Lio respirera mieux encore, et de plus en plus montrera l'étendue de son talent.

Car Dîtes au prince charmant n'est pas la photographie sonore d'une renaissance. C'est celle d'un papillon aux mille vies antérieures en train de sortir d'une chrysalide-prison : on y voit ses maladresses, on est touché par toute cette beauté (re)naissante.

Si les princes charmants ne sont que des illusions, Lio a la grâce d'une princesse. Infante sans escarpins ni pantoufles de vair, sans trône, heureuse d'être déflorée. Et sa musique vaut bien tout un royaume.


Dans les bras d'un enfant
Sous les toits de Ménilmontant
Je dormais comme une reine
Je l'ai laissé porter ma peine
Comme j'étais bien
Ne le dîtes à personne
Mais c'est vrai, j'étais bien
Comme dans les bras d'un homme
Il comprenait
Le chagrin des madones
Et moi je souriais
Comme dans les bras d'un homme
Je ne sais combien de temps
J'ai dormi contre ce géant
Son souffle à mon oreille
Me faisait être un peu moins vieille



ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

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Vieil ami (Doriand / Doriand - P. Von Poehl - F. Niklasson)
Les hommes me vont si bien (Doriand / Peter Von Poehl)
Dîtes au prince charmant (Doriand / Peter Von Poehl)
Le même sourire (Jacques Duvall / Jay Alanski)
Light (Doriand / Doriand - Peter Von Poehl)
Attends ou va-t-en (Serge Gainsbourg)
La fin du monde (Jacques Duvall / Joseph Racaille)
Dans les bras d'un enfant (Doriand / Peter Von Poehl)
L'âge des saisons (Doriand / Peter Von Poehl)
Hall de gare (Helena Noguerra / Doriand - Peter Von Poehl)
L'étendue des dégâts (M.Darrieusecq /Doriand - Von Poehl)
Mon bébé (Jacques Duvall / Joseph Racaille)
Sacré cœur (Doriand / Peter Von Poehl - Felix Niklasson)
L'objet du litige (Jacques Duvall / Jay Alanski)

Photos hors pochette de Bruno Lestienne pour www.universlio.com.