Une jarretelle qui claque,
comme une paire de claques.
En l'occurrence, ce soufflet s'appelle «succès». On l'a trop vite enterrée,
l'amoureuse solitaire, balayée par la cold wave
Fallait-il jouer l'effet de serre pour réchauffer les curs terriens? Lio, en
tout cas, a décidé de les transpercer d'un coup de talon aiguille. Après tout, fallait
pas commencer!
Il y a plusieurs façons de faire couler le sang, la plus jolie étant d'accélérer le
tempo cardiaque. Non, jouer du corps à corps n'est pas scandaleux. Le
vrai scandale, c'est la mort.
Quand, des années plus tard, une Madone peroxydée déshabillera les tabous, une brunette
l'aura devancée. En jonglant avec des prunes pour en cracher les noyaux sur le sexe
des anges.Je ne
suis pas un ange
Ça me paraît clair
Et pourtant, regardez, ce sont des ailes,
Je parviens quand même à tout foutre en l'air
Le rire est l'apanage de l'Homme,
uniquement. Lio a décidé d'être humaine, en choisissant de rire de ce qui la
dérangeait.
Une autre brune, longue dame celle-là, disait qu'une putain et une chanteuse faisaient un
peu le même métier : donner de l'amour. Lio, lasse de jouer les bananes, s'est
offert un nouveau rôle, taillé sur mesure : celui d'une pute populaire, d'une Pop Model.
Je ne suis pas une bonne
sur
Pas touche à mon bonheur
Hot love, c'est fait pour
Moi je me consume d'amour
Elle s'est fait un film, à l'image de ses
clips, les premiers «grand luxe» de la chanson française, enchaînés façon long
métrage.
En un joli pied de nez à sa propre bataille contre sa propre image, elle s'est glissée
dans la peau d'une poupée de sons, peste futile et iconoclaste.
Pour dénoncer les clichés, elle a fait
exploser des refrains sucrés pour qui la guerre est toujours déclarée :
La vengeance est un plat
qui se mange froid
Et tu vas te glacer d'effroi
En constatant que mon appétit
Est loin d'être petit, petit
La fille de la Mancha savait que la Petite
Amazone luttait contre des moulins à vent : son véritable mérite aura été d'avoir
compris que leurs ailes retiennent le vent fantastique.
Et de suicider son personnage à la fin de l'histoire, pour que sa musique vive, bien
après ses revendications.
Barbituriques
A conclu l'autopsie,
Dans la vraie vie,
Le prix des places
Est un peu cher,
Un peu cher
Pop Model, dernière. Clap !
Pari relevé : Lio a réussi à miner le paysage gris-argent des eighties, à faire
chanter quelques mélodies d'amour à des oiseaux hystériques.
Mais, à lutter contre une époque, on s'y intègre aussi, même à son corps défendant.
Et elle vous colle à la peau.
Irrévérence, fragilité, générosité, légèreté, voilà Pop Model mais
aussi, hélas, dans l'esprit de certains, Lio, encore et pour toujours
Dommage : restreindre l'insolence à l'indécence, c'est comme ne voir que du vice chez
une pute.
C'est vrai que les jarretelles si jolies soient-elles se démodent
Sous ses dentelles, Lio avait pourtant quelque chose de tout nu, si proche de la pureté :
le cur d'or d'une fille superficielle et légère.
La légèreté
C'est la pudeur du désespoir
C'est ça, même maquillée outrageusement
rouge sang.
On l'a oublié ?
Je sais bien.
Tout dans la vie a un
prix
Même et surtout les futilités
Elles font un drôle de métier chérie,
Toutes les chanteuses de variété

|

|
POP MODEL
(1986) Pop Song
Je casse tout ce que je touche
Les deux pour le prix d'une
Les filles veulent tout
Dallas
Les brunes comptent pas pour des prunes
Fallait pas commencer
Veste du soir
Hot Love (CD / certaines éditions seulement)
Barbie
Chauffeur suivez cette voiture

|
|

|
|