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PHILIPPE LÉOTARD
P H I L I P P E   L É O T A R D   C H A N T E    F E R R É 

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MON AMI QUE VENT EMPORTA...


ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

Je m’en souviens, de cette nuit-là.

J’étais arrivé dans cette boîte déguisé en marsupilami, mon humeur était à la houba houba hop, tiny baby bop, j’étais venu pour la fête, j’avais envie de manger des paillettes.

Je t’ai aperçu, toi assis là-bas, riant.

J’ai dansé sur le podium, if there were a cure for this, I didn't want it, didn’t want it…

Je suis venu m’asseoir boire une coupe de bulles. Tu étais sur le divan en sky à côté.

Tu riais, tu riais.

Mais tes yeux pleuraient.

Et eux, ces maudits eux, eux les vrais maudits, buvaient ta célébrité, buvaient tes faux-pouvoirs, buvaient tout le fric que tu dépensais à ne pas être seul.

Ne pas être seul au prix très cher d’être accompagné par quelques vautours très moches.

Et ça vautournait à droite, et ça vautournait à gauche, et ça croassait à tout va :


Mr William
Vous manquez de tenue
Qu’alliez-vous faire dans la treizième avenue ?


Ils posaient fièrement, de toute leur allure de volailles écervelées, sur le pont de l’épave qu’ils te pensaient être.

Comment, comment pouvait-on penser ça…

Elle était si belle, ta gueule cassée, mon Léo, mon gamin…

J’ai une allergie grandiose aux vautours.

Alors j’ai bondi.

Faut pas énerver un marsupilami.

Trois, quatre : n’est resté qu’un tas de plumes.

Je t’ai dit houba houba hop.

Ton rire tout embrumé a révélé un petit cliquetis de rire d’enfant.

Houba ?

Houba !!!

Inconnus intimes, on se connaissait bien, toi et moi, depuis toujours.

Nous savions qu’on se maquillait de taches noires sur fond jaune, d’alcool et de paillettes, nous savions bien comment nous vivions.

Tu as ri à nouveau.

Tu as essuyé tes yeux tout mouillés et tu m’as dit :


Je chante pour passer le temps
Petit qu’il me reste de vivre
Comme on dessine sur le givre
Comme on se fait le cœur content


Alors on a dessiné un piano et je t’ai écouté me chanter ton temps passé à vivre, sur les mots du vieux Ferré.

Toi, le maudit, toi, mon maudit, foutu à la marge.

On est une fichue graine d’ananar quand on va jusqu’au bout de soi.


Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés ?

Ils ont été trop clairsemés
Je crois, le vent les a ôtés
L’amour est morte…

Mais que mon amour est touchante


Imbéciles vautours, il y en avait du pognon, il y en avait de la richesse dans tes confidences.

Il y en avait de grands éclats de rires derrière tes yeux mouillés.

Il y en avait du tendre…

Les visages et la voix, le cœur…


L’autre qu’on adorait
Qu’on cherchait sous la pluie
L’autre qu’on devinait
Au détour d’un regard
Entre les mots, entre les lignes
Et sous le fard
D’un serment maquillé
Qui s’en va faire sa nuit


Tu m’as donné tous les vents, tous les bijoux.

Tes violons exigeants.

Tes accordéons beaux comme des chevaux de sang.

Avec le temps, tout allait bien, tout allait mieux.

On a chanté jusqu’au petit matin.

Nous nous sommes quittés en nous laissant l’adresse de nos vies.

On a depuis chanté tout le temps qu’il nous restait.

Qu’es-tu mon ami devenu, que j’avais de si près tenu…

Je m’en souviens, de cette nuit-là.

Comment aurais-je pu l’oublier ?   Elle était toute une vie.

Toute une vie...

 

 

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR
POUR NINI

 

 

 

P H I L I P P E   L É O T A R D   C H A N T E   F E R R É    /   1 9 9 4

Graine d’ananar
Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Mr William
Je chante pour passer le temps
Le piano du pauvre
Pauvre Rutebeuf
La the nana
Le bateau espagnol
Le temps du plastique
La mémoire et la mer
Le temps du tango
Dans les banques (t’en as)
Avec le temps