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NIL
Il est, comme ça, des albums qui nous emmènent plus qu'ailleurs : autre part, autrement et sans préavis. Dès les premières mesures, l'on est totalement perdu. Le paysage musical qui se présente à nous n'a rien à voir avec celui que l'on attendait, que, naivement, l'on espérait. Dès les premiers mots une langue, apparemment étrangère, nous lèche les tympans, irritante au premier contact : le plaisir, parfois, prend son temps. Nil, le quatrième album de Catherine Lara, n'a rien à voir avec ses prédécesseurs... et bien peu avec ses successeurs. Comme si, tout d'un coup, Catherine Lara avait été touchée par une grâce particulière, éphémère. Est-ce dû à la présence, nouvelle et ultérieurement non renouvelée, du mystérieux Alain Lacaux à l'encrier? Peut-être, et pourtant... La tendance Nil, s'était déjà fait jour jour sur Entr'acte, obscur album de Françoise Hardy paru, comme Nil, en 1975. Catherine Lara y signait, sur les textes de FH, deux musiques déjà nilesques. Les chansons s'appelaient S'il avait été et Il y a eu des nuits. Comment définir, comment décrire la tendance Nil? Par analogie avec le Nil lui-même. À travers des millénaires d'histoire, paisible ou rageur, il serpente, suit son cours, celui du temps avec un grand T. Quiconque y vogue y rêve, inévitablement, inexorablement. Sur les eaux du Nil, tout se mélange, passé présent avenir, couleurs, souvenirs d'avant, d'après, d'ailleurs. Comme rien n'arrête le Nil, rien n'arrête l'imagination, libre, loin des ruines des générations. Bateau ivre? Doux voyageur à qui la tête tourne, fais halte au Bistrot ivre. Tel sera le nom de la seule halte du voyage : elle t'est offerte comme une main tendue, rassurante, le temps de reprendre haleine pour aller plus loin. Le patron du bistrot, tu vois, n'est pas un inconnu. Partout sur les murs s'étalent ses mots. C'est Daniel Boublil, l'homme des trois premiers Lara. Que fait-il ici, en plein désert? Des merveilles. Attablé au bistrot, laisse-toi bercer par cette musique en hiéroglyphes. Reprends courage, comprends que l'on ne te veut pas de mal, devine vaguement le but du voyage, consens à te laisser aller. Déjà, sur la rive, le vent se lève, les voiles se gonflent, il est temps de repartir. N'aie pas peur, doux voyageur : la musique du Nil est un bonheur. Un immense
bonheur.
NIL Prologue Capharnaüm |