1985.
L'Éthiopie ne chante plus.
Elle hurle, à la mort. Personne, en France, n'entend. Ou presque.
C'est Valérie Lagrange qui la
première a l'idée d'un Live Aid à la française. Elle en parle à
Renaud, qui en parle à Franck Langloff, sous les doigts duquel naît la mélodie que l'on sait. Renaud écrit les paroles, les Chanteurs sans
frontières sont conviés au rendez-vous.
Hugues Aufray, Josianne Balasko, Didier
Barbelivien, Axel Bauer, Michel Berger, Richard Berry, Gérard Blanchard, Francis Cabrel,
Louis Chédid, Christophe, Julien Clerc, Coluche, Charlélie Couture, Hervé Cristiani,
Michel Delpech, Gérard Depardieu, Olive de Lili Drop, Diane Dufresne, France Gall,
Jean-Jacques Goldman, Richard Goteiner, Jacques Higelin, Catherine Lara, Maxime
Leforestier, Jeane Manson, Nicolas Peyrac, Véronique Sanson, Alain Souchon, Jean-Louis
Aubert, Diane Tell, Fabienne Thibault, Trust et Laurent Voulzy chantent .
Loin du coeur
Et loin des yeux...
La chanson est
indubitablement urgente, redoutablement efficace. Le succès est immense.
1985.
Renaud chante Mistral
gagnant.
Il
faut aimer la vie
Et l'aimer même si
Le temps est assassin
La chanson est plus que belle :
le succès est immense. Renaud le rebelle engagé, devenu Renaud le tendre,
fait craquer la France.
1985.
Valérie Lagrange chante Rebelle.
Ils
n'aiment qu'on soit d'une autre couleur qu'eux
Ce qui est différent, ce qui n'est pas comme eux
Ils ont tant de haine et ils ont tellement peur
Qu'ils tissent eux-mêmes la trame de la douleur
Ils
voudraient faire croire qu'ils sont au Paradis
Mais toi tu sais bien qu'ils sont en Enfer
Ils cachent les dégâts du mal qu'ils génèrent
Dans des prisons des asiles, dans des guerres
Si
dans leur obscurité
Tu ne vois plus clair
N'écoute que la voix du coeur
La voix de l'amour en colère
Rebelle
Rebelle
Les laisse pas faire
Rebelle Rebelle
Défend la lumière
La chanson est plus que belle :
elle passe presque sous slience.
Valérie la rebelle, restée
Valérie la rebelle, fait désormais bailler la France, et rien n'y fait ni n'y ni fera :
les huit chansons du quatrième et dernier album de Valérie Lagrange sur Virgin vont
essentiellement, pour les radios et le « grand » public, rester lettre
morte.
Lettres mortes...
Ce quatrième album est pourtant
à la hauteur du précédent. Il en prolonge le propos, le précise, l'affine, le
même rock-reggae gicle des baffes, la même voix sublime bouleverse les tympans, oui mais
voilà : le coeur n'y est plus.
Celui de Valérie?
Erreur. Celui d'un « grand » public » qui, sans même s'en rendre compte, s'est
résolu à ne plus entonner les jours meilleurs qu'au passé.
Indomptable, Valérie hurle en
vain à la vie : personne, ou presque, n'entend plus ou ne veut entendre.
La
jungle des villes s'agrandit d'année en année
Elle sépare les hommes au lieu de les rassembler
Elle apprend à tricher elle apprend à paraître
Elle apprend à avoir mais elle n'apprend jamais à être
Animal
sauvage
Tu tournes en rond dans ta cage
Les yeux vers le large
Et le coeur plein de rage...

L'espace
d'un instant j'ai plus envie d'lutter
J'ai envie d'regarder
Le soleil qui se couche
Dans la magie du ciel
Qui a éclaboussé
Des millions de couleurs
Dans mes yeux fatigués
J'ai
envie d'me dissoudre
J'ai envie d'me couler dans cette apothéose
Dans ce soleil couchant
Me laisser posséder par la beauté des choses
Et perdre mes limites
L'espace d'in instant
J'ai
plus envie d'penser à l'orage qui gronde
À la bêtise immense qui ensanglante le monde
À l'ignorance de ceux qui prétendent savoir
Ceux qui font semblant mais qui ne savent pas voir
Oh
L'espace d'un instant
Oh
L'espace d'un instant. . .

La pause nécessaire, humainement
indispensable, qu'annonçait cette chanson de Rebelle ne devait durer que
l'espace d'un instant : elle dura près de 20 ans.
Et les jours heureux espérés
n'en furent pas, ni pour Valérie ni pour Ian Jelfs, son amour et comparse, compositeur,
arrangeur, musicien, sans lequel les albums Virgin n'auraient certainement pas été ce
qu'ils furent, voire été tout court.
De problèmes personnels en
paradis artificiels, Ian sombra un soir dans un coma éthylique dont il ne réchappa
que par miracle, non sans de très graves séquelles.
Par une nuit de 1989, les années
Virgin s'achevèrent définitivement.

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