
C'en était
fait, ni une, ni deux : le mythe était né. Elle existait, la fille aux yeux
d'or. Nimbée de légendes aux origines plus ou moins vraies, plus ou moins fausses.
Qui sait vraiment, sinon elles deux, les liens qui unirent dès lors Marie Laforêt et
Maïtena Doumenach? Qui sait leurs jeux de miroir entre illusions et vérité? Si
tant est que la vérité ne soit pas elle-même illusoire et l'illusion, véritable.
C'est en tout cas à l'époque où le personnage devint réellement public, réapproprié,
que la femme lâcha sa voix. Cette voix. La voix du silence.
Autrefois je
ne savais pas
Qu'il est des mots qu'on n'entend pas
Ces mots qu'on
n'entend pas, inscrits dans un inconscient folklorique et collectif, Marie Laforêt les
fit transparaître dans la couleur de sa voix.
C'est précisément sur Marie douceur-Marie colère, texte particulièrement
cliché (Michel Jourdan a sans doute eu une foulure au doigt et une crampe à
l'inspiration), que le chant de Laforêt trouva son identité sincère, son caractère.
Et c'est sur Siffle, siffle ma fille, jolie ballade qui confirme qu'il n'y a
qu'un pas de Sylvestre à Laforêt, qu'il s'envola, plume délicate soufflée par un
accord et un sourire de Joe Dassin.
Naquit ensuite, en une seule prise dans un studio-berceau aux lumières qu'on fit
éteindre, un déchirant Je voudrais tant que tu comprennes, repris bien plus tard
par Mylène Farmer.
Ainsi se succédèrent des petits films chantés, qu'Eddy Marnay écrivit sur de la Popp
musique : Manchester et Liverpool, Mon amour, mon ami, Tom, Le lit de Lola
Des petits contes comme Ivan, Boris et moi, ou encore des moments de vie
passés À la gare de Manhattan ou rêvés Sur le chemin des Andes.
Tout un répertoire de succès auquel contribuèrent encore les jeunes Fugain et Lama.
Tout un répertoire de belles chansons, de moins extraordinaires aussi, mais que la voix
de Laforêt transporta dans tous les cas vers un Ailleurs.

Cet Ailleurs que Marie, masque clair et sincère offert entre deux regards d'or concédés
à la caméra, projetait obstinément :
Que jamais il ne se
taise celui qui veut vivre heureux
Qu'il chante le
silence.
The answer, my friend, is blowin'in the wind

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