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MARIE
LAFORET RECONNAISSANCES
1993
L'EAU BONNE DU SILENCE |
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Tempête.
L'affreux, le
si beau Moby Dick ravage tout. Lui, l'ennemi tant aimé parce qu'il le fallait bien.
L'invisible démon portant en son sein l'immaculée pureté.
Avec lui,
faits tous les voyages au long cours. Bon gré, mal gré. Hissée haut.
Chaloupée bas.
Fatigue.
Courage. Lames de fond. Cap droit devant. Fatigue. Haut les
curs ! Haut-le-cur. Fatigue. Fatigue. Fatigue
Silence.
Du sommeil à
son sommeil, rêver tous les longs jours cette nuit qui la ramènerait enfin.
Silence et ne
pas savoir.
Perdue.
Goéland
Où va-t-il
D'un grand coup d'aile ivre
Vers quel blanc tombeau
D'Arthur Gordon Poë?
Sait-il encore vers quelles îles
Droit au nord
Vers quelles mers
Vers quelle mort
Vers quels ports?
Silence et suivre le tango-roulis de la mer.
Enivrée, mais danser.
Ma vie
Tu vas d'envie de rire en vie de rame
Bateau sur l'eau qui me chavire
Un coup tango
Un coup temps gris
De vagues à larmes,
Ma vie va
La vie va
Se dessiner une carte. Identifier les chemins. Constater celui déjà
parcouru. Être floutée, se sentir un peu flouée.
Pourquoi depuis le début de l'histoire
Cette impression de déjà-vu
Une impression de déjà-vu
Et là, précisément, comprendre comme une évidence cachée les années passées.
On ne donne jamais
Que ce qu'on a déjà reçu, déjà eu
Oui, savoir pourquoi tout ça. Pourquoi toutes ces douleurs. Intimement reconnaître
que l'on n'aurait pas atteint ce degré de richesse, de sensibilité si l'on n'avait pas
connu le malheur.
Trouver un sens à l'eau bonne du silence.
Peu à peu, larguer par-dessus bord les culpabilités.
S 'autoriser à dire je, à se reconnaître.
À caresser Moby Dick.
À se caresser.
À jouir, non plus comme une enfant pillée.
Faut que j'reprenne tous les sous qu'j'ai laissés dans
les églises
Aux pieds du type qu'a même plus de croix
À qui sa mère fait la bise
Bien qu'il soit
Moche, moche et pauvre, pauvre, pauvre comme Job
Amarrer.
Marcher, marcher
Marcher.
Le temps qu'il faut par le temps qu'il fait.
Et arriver enfin
chez soi.
Y'a du rouge et d'l'or qui frissonnent avec la pluie
T'entends le bruit des écoliers et tout ce ch'nil
À la récré qui vient d'la rue des Chaudronniers
Pis t'as chez toi un feu de bois qui t'fait croire
Qu't'es à l'Opéra, tellement c'est beau que t'y crois pas
Et ça, c'est bien
Ou bien ?
Rester seule, sans peur de la solitude.
Passer tout son temps à ne rien faire, faire de rien un tout.
Écrire.
Ouvrir la bouche.
Inspirer.
Ouvrir la bouche.
Expirer.
Ouvrir la bouche.
Chanter !
Une prière pour rester au Paradis retrouvé.
Toi ma vieille rue
Enfouie, perdue
Dans la ville immense
Toi dont les oiseaux
S'abreuvent à l'eau
Bonne du silence
Toi qui apparais
Tout comme un secret
Qui soudain se livre
En taisant ta peine
D'une avenue vaine
Que l'acier enivre
Toi riche en moineaux
En arbres et en eau
Dans tes flaques pâles
Revanche jaillie
De la terre qui
Frappe sous les dalles
Tu as pour les vieux
Pour les malheureux
Qui te cherchent, trouvent
L'appui d'un tronc gris
Et le lait d'oubli
De la bonne louve
J'entre en toi
Tremblant de joie
Retrouvant l'âme de ma terre
Calle Santa Rita
Y'a un petit bois
Qui pousse sous ta pierre
Si je meurs un jour,
J'aimerais mieux pour
Que ce soit sans peine,
Qu'on me mette là
Calle Santa Rita
La digue dondaine

À la claire fontaine
S'y allant promener
Elle trouva l'eau si claire
Qu'elle s'y est baignée
Elle souhaita que la rose
Fut encore au rosier
Et que le rosier même
À la mer fut jeté
En 1993, alors qu'on ne s'y attendait plus, peut-être justement parce qu'on ne s'y
attendait plus, Marie Laforêt rouvrit les portes de son jardin.
Les roses closes depuis si longtemps n'avaient pas fané, mais fleuri à nouveau, plus
radieuses que jamais.
Marie fit de ces fleurs de silence un bouquet magnifique, livrant deux chefs d'uvre
absolus de sa géographie : Genève
ou bien et Calle Santa Rita.
Elle y apposa juste quelques mots
Qui dirent tout :
(Reconnaissances)
Il y a
longtemps que je t'aime
Jamais je ne t'oublierai

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RECONNAISSANCES
1993
Genève
ou bien
Ma viva
Déjà vu
La guerre d'Irlande
Jérusalem, Yerushalayim
Zistoires d'amour
Bis bald Marlène
Base-ball magazine
Richard Toll
Pauvre comme Job
Calle Santa Rita
TEXTES ET MUSIQUES :
Marie Laforêt / Jean-Marie Léau
Sauf Jérusalem,
Yerushalayim
(M. Laforêt / Aliss Terrell - M.
Laforêt / JM Léau)
Et Calle Santa Rita
(Marie Laforêt - Ruben Reches)
ARRANGEMENTS
J.M. Léau, Yvan Cassar, Piers Lawrence
RÉALISATION
Marie Laforêt, Piers Lawrence, Bernard Flavien
MARIE LAFORET
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