M A R I E   L A F O R Ê T   1 9 7 4

       

L E S   R O I S    M A G E S   À   M A R I E N B A D

 

 

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR


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Aucun doute : Marie Laforêt avait bel et bien tourné le dos, exposait au public son (joli) derrière et semblait se complaire à contempler bien autre chose que le noir des microsillons.

Alors, sa conception du métier ?


" Je suis la fille naturelle de Sheila et de Barbara "


 
En résumé : une chanteuse hybride, à la fois faiseuse de disques et artiste au sens le plus délicat…

… Qui commit tout naturellement en 1974 un disque non moins hybride.

On pourrait décerner une médaille à Marie Laforêt pour avoir osé chanter des titres dépassant les limites du kitsch le plus absolu, pour ne pas dire de la plus profonde nullité.

L’inénarrable Lève-toi, chante avec moi a le mérite de faire mourir de rire au bout de 5 secondes quiconque aurait perdu père, mère, travail, clefs de sa maison, chien, chat, rue, vue, odorat et ouïe le jour de son anniversaire.

Mais alors que l’on pensait jeter Laforêt aux oubliettes pour cause de trop grand risque d’hilarité paralysante foudroyante, l’océan, l’océan des possibles, s’agitait soudain et étonnait, tel un Atlantide ressurgi.


 

Et parce que tout est possible quand les rois mages passent à Marienbad, l’écume que seule Marie regardait laissa à voir de beaux et différents visages 

Celui d’une jeune fille qui attend que son épaule soit enfin… un peu, au moins… effleurée…

Que sa saison nouvelle existe … un peu, au moins… avant de vaines moissons…

Mais constate… seulement, et bien trop… l’extrême fragilité de la force du désir :


Chaque jour le matin
Nous prenons le même chemin
Au village on en rit
Je sais qu’ils ont compris
Tu m’aimes, mais tu ne m’as rien dit …

Moi j’attends que tu me parles un peu d’amour
Les fleurs des champs vivent toujours
Moi je meurs un peu chaque jour

Celui d’une mère accompagnant de sa guitare sèche des mots simples, doux et puissants comme des racines dédiées à une feuille à peine débourgeonnée :

Ferme les yeux …

Tu es née pour tout connaître,
Tu es née pour tout aimer
Si j’ai voulu que tu naisses
C’est pour pouvoir t’expliquer
T’expliquer l’arbre qui pousse
Que la mousse aime le bois
Et que la musique est douce
Pour ta chanson, Deborah …

Tu ne sais ce que veulent dire
Chacun des mots que j’emploie
Mais du bout de ton sourire
Je vois ta confiance en moi …

Tu as le temps d’aimer les hommes
Aime la nature déjà
Car c’est le vent qui fredonne
Pour ta chanson, Deborah …

Tu veux, je fais le vent ?

Le visage d’une qui va quand elle s’en va aller, belle abandonnée, faussement apaisée, posant, avec les mots intelligents de Bernard Dimey, les dernières traces d’elle avant de quitter son monde mal ajusté :

Mon amour j’ai fini
Demain je prends la route
Et je serai en Paradis
Après-demain matin sans doute …

Demain, il fera nuit
Mon amour de cristal va se briser sans bruit
Et deux ou trois pétales d’une églantine noire
Couvriront le scandale de mes derniers déboires …

Mais pourquoi c’est fini ?
C’est fini
C’est tout ce que je peux dire …

Sheila et Barbara.

Il y avait, dans les années 70, deux taux d’appréciation des émissions de variété.

Celui de l’audience, que remportaient haut-la main les Sardou, Vartan, Delpech, Sheila, etc.

Celui de la considération, qui faisait que des artistes comme Barbara, malgré un taux d’audience faible, se voyaient consacrer une émission entière, avaient encore droit de cité à la télévision.

Laforêt, peut-être, ne s’était pas elle-même assez considérée.

Alors, elle fit de l’audience.

On vit alors surtout la peau douce de son dos, bien moins l’océan derrière.

On aurait pu s’étonner d’y voir, campés sur des hippocampes, Melchior, Balthazar, Gaspard, filant là-bas… à Marienbad.

 

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

 

MARIE LAFORÊT
1974

VINYLE ORIGINAL

Noé
Henri Paul Jacques et Lulu
Un peu l'amour
Cadeau
Lève-toi et chante avec moi
C'est fini

Pour ne rien te cacher
Sous les paletuviers
Fais-moi l'amour comme à une autre
L'ami Pierrot
Mea culpa
Berceuse pour Deborah

Réalisation Roland Hilda


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