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Aucun doute : Marie Laforêt avait bel et bien tourné le dos, exposait au public son (joli) derrière et semblait se complaire à contempler bien autre chose que le noir des microsillons. Alors, sa conception du métier ?
Qui commit tout naturellement en 1974 un disque non moins hybride. On pourrait décerner une médaille à Marie Laforêt pour avoir osé chanter des titres dépassant les limites du kitsch le plus absolu, pour ne pas dire de la plus profonde nullité. Linénarrable Lève-toi, chante avec moi a le mérite de faire mourir de rire au bout de 5 secondes quiconque aurait perdu père, mère, travail, clefs de sa maison, chien, chat, rue, vue, odorat et ouïe le jour de son anniversaire. Mais alors que lon pensait jeter Laforêt aux oubliettes pour cause de trop grand risque dhilarité paralysante foudroyante, locéan, locéan des possibles, sagitait soudain et étonnait, tel un Atlantide ressurgi.
Et parce que tout est possible quand les rois mages passent à Marienbad, lécume que seule Marie regardait laissa à voir de beaux et différents visages Celui dune jeune fille qui attend que son épaule soit enfin un peu, au moins effleurée Que sa saison nouvelle existe un peu, au moins avant de vaines moissons Mais constate seulement, et bien trop lextrême fragilité de la force du désir :
Moi
jattends que tu me parles un peu damour Celui dune mère accompagnant de sa guitare sèche des mots simples, doux et puissants comme des racines dédiées à une feuille à peine débourgeonnée : Ferme les yeux Tu es née pour tout connaître,Tu es née pour tout aimer Si jai voulu que tu naisses Cest pour pouvoir texpliquer Texpliquer larbre qui pousse Que la mousse aime le bois Et que la musique est douce Pour ta chanson, Deborah Tu ne sais ce que veulent dire Tu as le temps daimer les hommes Tu veux, je fais le vent ? Le visage
dune qui va quand elle sen va aller, belle abandonnée, faussement apaisée,
posant, avec les mots intelligents de Bernard Dimey, les dernières traces delle
avant de quitter son monde mal ajusté : Mon amour
jai fini Demain, il fera
nuit Mais pourquoi
cest fini ? Sheila et Barbara. Il y avait, dans les années 70, deux taux dappréciation des émissions de variété. Celui de laudience, que remportaient haut-la main les Sardou, Vartan, Delpech, Sheila, etc. Celui de la considération, qui faisait que des artistes comme Barbara, malgré un taux daudience faible, se voyaient consacrer une émission entière, avaient encore droit de cité à la télévision. Laforêt, peut-être, ne sétait pas elle-même assez considérée. Alors, elle fit de laudience. On vit alors surtout la peau douce de son dos, bien moins locéan derrière. On aurait pu sétonner dy voir, campés sur des hippocampes, Melchior, Balthazar, Gaspard, filant là-bas à Marienbad.
MARIE LAFORÊT Noé Pour ne rien te
cacher |
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