Effarant constat : de la beauté des chants de Marie Laforêt ne restait rien. Il ny avait encore que deux ans, les textes et les mélodies étaient sensibles, la voix était juste, dénuée de ces tics étirés comme un visage grimaçant. Pourquoi ce rideau tombé, ce voile ? Peut-être parce que lennui, justement, est un voile qui, tel un dépôt de cendres, occulte la vérité des choses Parce quil est un rideau qui rhabille une intimité offerte. Les raisons les plus véritables nappartiennent évidemment quà la femme. Mais sans doute les moindres ventes de ses vibrations traditionnelles, à la fois personnelles et universelles, firent quelle se découragea ... Que, constatant quon voulait que Marie Laforêt soit celle et uniquement celle que lon attendait et désirait, elle se piqua dêtre à la fois le Dr Frankenstein et sa créature ... Qu'ainsi, elle se servit de la poupée « Zyeux-dor » avec ludisme, mais aussi cynisme : Maïtena Doumenach devint, de son propre aveu, « le proxénète de Marie Laforêt ». Fausse schizophrène mais femme-artiste lasse et renonçante, elle commit un album, le premier dune série, pure variétés 70s, au mauvais sens du terme : les plages musicales se firent déserts à laridité redoutable. Mirages miraculeux, au hasard des passes, la combinaison de lefficacité de la proxénète et de la belle sensibilité de la pute donnèrent vie à de rares oasis où lon pouvait encore se remémorer le talent de Laforêt. Peu de chanteuses ou chanteurs sont capables de transcender une chanson très moyenne en une orgasmique et théâtrale prière Dieu nétant pas intervenu dans laffaire, la prière en question put se vendre énormément. Viens, viens Texte faiblard. Arrangements kitsch. Voix volontairement fausse. Trois, quatre : Marie Laforêt porta cette chanson au-delà de sa signification et, investie, la métamorphosa en une quasi transe en suivant le crescendo de la mélodie.
Une chanson banale? Une bizarrerie fascinante? Un tube. Et, par conséquent, un schéma dinterprétation répété sur un 45 tours suivant incluant le non moins tubesque Tant quil y aura des chevaux. Mais au-delà de lefficacité insensée de Viens, Viens et de la médiocrité du reste, il y avait, bien cachée, la trace belle et émouvante de celle qui chantait quAu printemps, ni la beauté, ni largent nétaient tout dans la vie Dans ma chambre Une petite musique de chambre, rien quun lien inter-chansons, un truc de pas grand-chose qui expliquait tout : voilà donc où lartiste sétait réfugiée, guitare à la main. Dans une chambre, fermée à double tours. Viens, viens nétait sans doute quune invitation à ne pas y entrer : « Madame ny est point, lon vous dit, elle est partie vendre du zyeux dor. »
MARIE LAFORÊT Pourquoi les
hommes pleurent? |

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