| Elle se promenait le long des avenues verre-acier où
lon ne chante pas. On y fait de largent. Elle avait accepté le système. Ce n'est pas lui qui avait usé l'art : c'est elle qui était fatiguée. Fatiguée mais lucide, très. Elle ne chantait plus, elle faisait la chanteuse, comme on fait la vie, comme on défait lamour. Elle avait fabriqué trois albums, mauvais. Ou plus exactement trois albums dont les chansons mauvaises ou faciles tendaient à occulter les quelques titres plus réussis, eux-mêmes gâchés par arrangements très variétés 70. Ces trois albums avaient eu du succès. Elle nétait pas seule à arpenter ces avenues verre-acier. Il y avait aussi les copains-compagnons de talent : Jean-Claude Petit, Jean Musy, Gabriel Yared, Michel Bernolch, Alain Goraguer, Hervé Roy Mais voilà : dans la ville bétonnée, on se foutait bien du talent. On faisait de largent puisque, décidément, tout était à ny rien comprendre. On samusait à dire naïvement quil neigeait sur Yesterday, on naimait pas vraiment ça en réalité, parce que la vraie vie nétait plus là, que lon nétait plus dici On navait jamais été vraiment dici. Et on le disait : - « Marie Laforêt, on va passer votre dernier tube » - « Vous ne voulez pas plutôt mettre La Berceuse ? Je chantais ça sur scène il y a 10 ans, et cétait bien mieux que ça. » La gloire, fille de joie sympathique mais aussi putain idiote, implique parfois une véritable culpabilité. La culpabilité est parfois un tel drame que lon en oublie quasi complètement que lon a du talent. Marie Laforêt avait ainsi fait trois albums, sans talent. Comme, en plus de ne pas être folle, elle était honnête, elle se résolut enfin à faire ce dont elle avait vraiment envie. Se taire.
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MARIE LAFORÊT 1976 |
MARIE LAFORÊT 1977 Arrangements : |
MARIE LAFORÊT 1979 Réalisation : Roland Hilda
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