
Dix ans de
carrière.
Rien.
Un jour, la porte
s'est ouverte sur un paysage. Comme elle l'imaginait. Normal : ce décor,
c'est elle qui l'avait planté, peint, jusqu'au moindre détail.
Elle avait choisi les personnages, les atmosphères, la couleur des cieux, les mélopées
que jouerait le vent dans les arbres, et même les pays où pousseraient ces arbres.
Il ne pouvait en être autrement : s'il fallait se présenter nue devant eux, alors il
fallait le faire comme on rêve d'une première nuit d'amour. Sincèrement, leur
faire découvrir l'Ailleurs, ses propres ailleurs, et leur laisser dans les yeux des
étoiles, celles-là mêmes qui illuminaient Marie Laforêt.
Et c'est ainsi qu'une chanteuse de variétés monta sur scène.
C'est ainsi qu'elle ne chanta pas de variétés, qu'elle refusa d'aller claironner ses
tubes à la chaîne, mais qu'elle fit découvrir, y compris à des critiques musicaux
élitistes, des chants du monde entier, et seulement quelques titres de son répertoire,
complètement revisités, qui se prêtaient à cet universel musical.
Vibrante,
frémissante comme un poulain qui découvre une vie nouvelle qu'il respire et qui lui
correspond
investie au sein d'un groupe qui vit défiler des musiciens plus que
doués (Jorge Milchberg, Egberto Gismonti, Bernard Wystraete
), Laforêt livra le
meilleur insoupçonné de son art fabuleux, pendant trois ans.
De ses aigus
étonnants à ses graves rocailleux, elle fit sonner la diversité et la cohérence de
l'universalité. Et les merveilles scéniques d'une fille hallucinée par la
splendeur de ce qu'elle chantait n'ont pas pris une ride plus de trente ans après.
On dira même
qu'elle inventa la World Music. Faux, mais elle savait la richesse
profonde, ancestrale et l'éternelle modernité des airs qui soufflent sur la Pampa, font
frémir les amandiers
Des milongas d'Atahualpa Yupanqui ou du chant déchiré
de Maria Tanase
Des choses de la vie, des choses de l'amour que se racontent
les amoureux slaves
Des tarentelles napolitaines
De la solitude
émerveillée d'un cabrestero vénézuélien
En valorisant ce que l'on pensait démodé puisque traditionnel, elle était effectivement
avant-gardiste.
En cela, elle avait aussi flingué la fille aux yeux d'or , carcan convenable et convenu,
et s'était rendue anti-commerciale.
Pour cela, sa maison de disques la limogea.
CBS savait-elle seulement que Marie Laforêt, l'air de rien, écrivait alors l'une des
plus belles pages de la chanson mondiale, bien loin de la poubelle fourre-tout qu'est
aujourd'hui devenue la World Music ?
Page oubliée peut-être, mais talent inégalé à ce jour en France.
Et si l'on veut embrasser Dieu en bons païens, il suffit de réécouter les scènes de
Marie Laforêt : il y va d'un peu de la beauté du Monde.

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MARIE LAFORÊT
RÉCITAL / OLYMPIA 1969
VINYLE SEULEMENT
Marleau
/
La berceuse /
Mes bouquets d'asphodèles
Jovano Javanke /
Wayfaring Stranger
Cabrestero /
Le moine /
Dites-lui /
Maria Laya
Nitzanim /
5X5 /
L'amandier
Récital
enregistré en public à l'Olympia, 1969. Direction et instruments dont orgue: Jorge Milchberg.
Saxe - flûte - clarinette : Roland Audefroy /
Guitare - bugle : Eugenio Detto /
Basse : Francis Dunglas /
Accordéon : Nachum Heiman /
Guitare : Martin Torres. |


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