M A R I E   L A F O R E T

RÉCITAL 1969  

HYMNES À LA BEAUTÉ DU MONDE

 

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Dix ans de carrière.

Rien.

Un jour, la porte s'est ouverte sur un paysage.  Comme elle l'imaginait.  Normal : ce décor, c'est elle qui l'avait planté, peint, jusqu'au moindre détail.

Elle avait choisi les personnages, les atmosphères, la couleur des cieux, les mélopées que jouerait le vent dans les arbres, et même les pays où pousseraient ces arbres.

Il ne pouvait en être autrement : s'il fallait se présenter nue devant eux, alors il fallait le faire comme on rêve d'une première nuit d'amour.  Sincèrement, leur faire découvrir l'Ailleurs, ses propres ailleurs, et leur laisser dans les yeux des étoiles, celles-là mêmes qui illuminaient Marie Laforêt.

Et c'est ainsi qu'une chanteuse de variétés monta sur scène. 

C'est ainsi qu'elle ne chanta pas de variétés, qu'elle refusa d'aller claironner ses tubes à la chaîne, mais qu'elle fit découvrir, y compris à des critiques musicaux élitistes, des chants du monde entier, et seulement quelques titres de son répertoire, complètement revisités, qui se prêtaient à cet universel musical.

Vibrante, frémissante comme un poulain qui découvre une vie nouvelle qu'il respire et qui lui correspond… investie au sein d'un groupe qui vit défiler des musiciens plus que doués (Jorge Milchberg, Egberto Gismonti, Bernard Wystraete…), Laforêt livra le meilleur insoupçonné de son art fabuleux, pendant trois ans.



De ses aigus étonnants à ses graves rocailleux, elle fit sonner la diversité et la cohérence de l'universalité.   Et les merveilles scéniques d'une fille hallucinée par la splendeur de ce qu'elle chantait n'ont pas pris une ride plus de trente ans après.

On dira même qu'elle inventa la World Music.  Faux, mais elle savait la richesse profonde, ancestrale et l'éternelle modernité des airs qui soufflent sur la Pampa, font frémir les amandiers…  Des milongas d'Atahualpa Yupanqui ou du chant déchiré de Maria Tanase …  Des choses de la vie, des choses de l'amour que se racontent les amoureux slaves …  Des tarentelles napolitaines…  De la solitude émerveillée d'un cabrestero vénézuélien…

En valorisant ce que l'on pensait démodé puisque traditionnel, elle était effectivement avant-gardiste.

En cela, elle avait aussi flingué la fille aux yeux d'or , carcan convenable et convenu, et s'était rendue anti-commerciale.

Pour cela, sa maison de disques la limogea.

CBS savait-elle seulement que Marie Laforêt, l'air de rien, écrivait alors l'une des plus belles pages de la chanson mondiale, bien loin de la poubelle fourre-tout qu'est aujourd'hui devenue la World Music ?

Page oubliée peut-être, mais talent inégalé à ce jour en France.

Et si l'on veut embrasser Dieu en bons païens, il suffit de réécouter les scènes de Marie Laforêt : il y va d'un peu de la beauté du Monde.

 

ÉCRIVEZ À L'AUTEUR

 

 

MARIE LAFORÊT
RÉCITAL / OLYMPIA 1969

VINYLE SEULEMENT

Marleau / La berceuse / Mes bouquets d'asphodèles
Jovano Javanke / Wayfaring Stranger
Cabrestero / Le moine / Dites-lui / Maria Laya
Nitzanim / 5X5 / L'amandier

Récital enregistré en public à l'Olympia, 1969.  Direction et instruments dont orgue: Jorge Milchberg.  Saxe - flûte - clarinette : Roland Audefroy / Guitare - bugle : Eugenio Detto / Basse : Francis Dunglas / Accordéon : Nachum Heiman / Guitare : Martin Torres.