


FAINTED
LOVE

C'est le seul vide que je comblerai peut-être
Le seul horizon que je vois par la fenêtre
Le seul sommeil qui pourra me faire renaître
Je t'embrasserai juste avant de disparaître
Mon double dans l'eau trouble
Ravive dans l'eau vive
Mon ombre dans l'eau sombre
Mon ange dans l'orange . . .
Dois-je en pleurer
Pour de bon
Rester ou repartir
Où bien choisir la disparition ?
Ainsi s'en fut, en 2002, Keren Ann de France et de Navarre, disparaissant sur
ces mots avant de réapparaître quelques temps plus tard
avec Not Going Anywhere, affirmant n'aller nulle part.
Faut-il pour
autant ne voir en cet album anglophone hybride, tissé de nouvelles chansons
disparates parsemées d'anciennes shakespearisées, qu'une sorte de carnet de
voyages immobiles?
On pourrait
honnêtement être tenté de le faire tant tout cela apparaît codé, labyrinthique, un peu comme si
Mademoiselle Zeidel avait pris un malin plaisir à
brouiller les pistes tout en les semant d'indices et en les multipliant.
This is
why I always whisper
I'm a river with a spell
I like to hear but not to listen
I like to say but not to tell
On pourrait
aussi, en revanche, sinon comprendre du moins prendre Not Going Anywhere
comme le récit non pas de faux voyages immobiles mais de véritables voyages
intérieurs, loin d'un « autre » jamais nommé mais sans cesse évoqué.
Home is
like a river of goodbyes
Without a summer lullaby
Since you are gone
No one rings te bell from what I've heard
I'm all alone just like a brid
Without a song
Une ombre plane en effet sur cet album. Qu'il s'agissse de celle d'un certain
B.B. ou de celle quelque autre amour enfui n'a pas d'importance : l'ombre
est là et hante diversement les plages de cet océan
sonore éclaté, souvent masqué par ses propres embruns.
À défaut de
boussole on pourra, pour tenter de s'y retrouver, s'employer à décortiquer les
similitudes, parentés et dissemblances réelles ou fantasmées existant entre les textes anglos
des quatre chansons de La disparition intégrées à Not
Going Anywhere, signés K.A., et les textes en français signés ou cosignés par
Biolay qu'ils remplacent : patience d'ange voire aide divine recommandées...
Alors, album
casse-tête ou casse-bonbons?
Album culte ou
cultisme CDisé?
À chacun sa
réponse, variable, peut-être, selon ses humeurs.
Reste que les
quatre chansons héritées de La disparition perdent, au jeu
du « tranfsert linguistique », grandement au change, que soit en poésie
ou en pure musicalité : comme quoi, contrairement aux idées
reçues, le français peut parfois sonner plus joliment que l'anglais...
Reste aussi que
les huit chansons inédites de Not Going Anywhere n'ont pour la
plupart musicalement, textuellement ou émotionnellement ni le charme ni
l'originalité de celles des albums précédents de Keren Ann.
Et reste enfin
que la meilleure ennemie de la belle Keren - chacun aura reconnu cette bonne
vieille Morphée - n'est jamais bien loin, prête, avec une
générosité tout aussi méritoire que mal placée, à tendre les bras à
l'auditeur qui voudra bien s'y lover.
Funny day
No one is here
In the morning rain
There are no clouds
And I hear
Follow Me
Follow Me
Follow Me
Follow Me
Quand s'éteint doucement et très longuement sur ces mots le soporifique duo
qui clôt Not Going Anywhere, on se dit
qu'il faut une sacrée dose de bonne volonté pour accepter de suivre avec un
enthousiasme non feint
une Keren Ann pas toujours facile à suivre... surtout quand
elle avoue elle-même faire du plus ou moins surplace.



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