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L A  B I O G R A P H I E   D E   L U K A   P H I L I P S E N
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Le temps passé nous appartient

 

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Disons-le d’emblée, Keren Ann ne pourra jamais faire concurrence aux grandes crieuses de la variète française.  Sa voix fragile est un murmure, une douceur qui lèche l’oreille, pas une « tonne de briques » qui s’essaye au Guiness des vacarmes.   Elle le sait et s’en console : il n’est pas d’œuvres d’art sans sacrifice, et ce filet de voix prouve aux derniers récalcitrants qu’on peut s’imposer malgré des pieds d’argile.

On nous parlera de Britney girls émancipées, alors qu’on n’a jamais vu pareilles potiches.

La statue de Miss Zeidel est érigée en Europe, elle est belle mais ne le dit pas, elle brille grâce à quelques mèches mais embrume ses mirettes.

L’indépendance sied mieux à la discrétion.  On la croira faussement juxtaposée aux lumières des artères ou malicieusement adossée à la voiture d’une avenue qu’elle refuse.  Grave erreur.

Keren Ann et ses yeux brumeux sont bien de leur temps.  Ils ne se contentent pas de s’y lover avec la léthargie qui plaît à la majorité, trop occupés qu’ils sont à défaire les clichés d’âmes torturées, à nettoyer les orifices de maux canonisés : pas d ‘épaules offertes pour pleurer son petit chagrin, il est temps de rebâtir, de tester quelques certitudes et d’ouvrir à l’avenir le pus des blessures.

Pour cela il faut un rêve, et la jolie fille l’a trouvé là où plus personne n’ose regarder : chez l’Oncle Sam, pas Bush, en la contrée du plus pur songwriting, maison de la sœur Vega.

Oh si, la grande tradition française…  Le poids des anciens augmente chaque dimanche, on les impose comme l’hiver son froid qui frigorifie, il s’avère impossible de les négliger et, en bonne artisane, Zeidel les a tous digérés.

Dans la swimming pool de ses idoles, prise par les algues et les micro-organismes voraces, elle a plongé.  Sous la surface, sous les mouches qui s’y kamikazent, elle a trouvé la Genèse.

Purs y sont les mots, seule y est la chanteuse, neufs y sont les jardins et les villes.

Loin, cachée, déclarée disparue, Keren Ann a choisi le fil qui permet de remonter à la surface, combattante, pour revenir chez elle décrocher les étoiles.

Elle plane et pianote sous les branches, un trésor a germé.

Pas dupe pour deux sous, elle a compris qu’il vaut mieux chuchoter : ainsi s’endorment les mercenaires aux gros bras et aux cuissots d’acier.

Lorsque c’en est fini de « trouble every day », lorsque la voie est libre, il est à nouveau possible de reprendre les leçons du tourmenté Portishead, infaillible copain d’ambiances, et d’épouser joliment son amant en lui inculquant le soleil découvert après l’océan.

La pellicule défile.  L’alliance, un baiser, une promesse de voyage, quelques infidélités à prévoir mais avant tout cette demande, à pleurer :

Reste-là.

Keren Ann s’est unie en France avec son colosse, vêtue d’une robe à éclore, achetée à l’étranger.

Écoutons, écoutez : il y a la vie sous sa traîne piétinée.

 

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vide18.gif (62 octets) KEREN ANN
LA BIOGRAPHIE DE LUKA PHILIPSEN
Coréalisation : Benjamin Biolay / Lionel Gaillardin
2000 - EMI France

Dimanche en hiver (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)
Dans ma ville (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)
Seule (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)
On est loin (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)
Sur le fil (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)
Peut-être (Keren Ann Zeidel)
Reste là (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)
Décrocher les étoiles (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)
Jardin d’hiver (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)
Aéroplane (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)
Deux (Keren Ann Zeidel)
Les Mercenaires (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)
Autour de l’arbre (Keren Ann Zeidel & Benjamin Biolay)

 



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