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QUELLE QUE SOIT L'IMPASSE

 

 

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Il est lourd le manteau de fourrure.

Tel est le prix à payer lorsqu’on a accepté de porter sur ses épaules les années surannées.

Du moins dites telles.   Les toucher du bout des doigts aurait pu être fatal, pourtant elles vibrent encore dans sa poitrine, au hasard des petites secousses d’un sang illusionniste.

Keren Ann porte les cheveux lisses : avec eux poussent de nouveaux fruits dans le jardin d’hiver.  Elle se trace un passage dans la neige, écartant les branches, s’appuyant aux troncs quand ses bottes restent coincées entre deux arbres qui la regardent avec leurs bras givrés.

Ses mains ont la fausse pâleur de son visage, elle peine un peu, le souffle lui manque face au vent, elle voit le campement en bois, tout près, si loin, elle rit « puisqu’il vaut mieux en rire ».

Ses pas sont autant de traces comme on en laisse dans le sable humide, sauf que cette fois ce n’est ni le crépuscule ni l’être aimé qui promet la lune sous le couchant, mais un soleil brumeux de midi, un ciel de laine, qui s’offre en protection au bleu timide du jour.

Le glaçon sous l’œil trahit la minceur des joues de porcelaine, aussi révélateur qu’un rayon flamboyant qui transperce un nuage de chagrin.  Elle coule à flots, la vie, mais n’a qu’un cours, continu.  En s’enfuyant sous zéro sans regarder en arrière, pas étonnant qu’elle se couvre, qu’elle s’habille.

Combien de peines d’amour ?  Vécues, rêvées ?

Combien de rendez-vous manqués ?  Regrettés, imaginés ?

Derrière les portes du jardin, rarement tenues closes à ce point, se trouvait pourtant une chambre.  Et un vieil homme qui n’en pouvait plus d’attendre.  Et la vue… sur un ailleurs.  Le si grand air, un courant de jazz, un manège sur lequel il suffisait de faire un tour, ou deux, avant de retourner jouer dans l’eau :


Être en vie n’est pas assez ni trop

Être en vie n’est jamais trop ni assez


Keren y est entrée avec sa robe à fleurs, a laissé glisser ses mains, a attendu que l’homme cesse de compter les siècles, puis est repartie.

Il lui fallait davantage qu’une bise sur la joue, plus qu’un bravo pour l’examen réussi.

Rupture.

Non dans la relation, mais entre elle et l’ombre du commerce, qui se pointait au coin de la rue.

Il ne fallait pas courir de risques inutiles. 

Keren Ann n’a pas fait la belle sur le trottoir, elle a laissé sa voiture et pris ses jambes à son cou.   Vers la forêt la plus proche.

Une fois disparue, à nouveau, elle a pu succomber à la tentation. 

Retourner au refuge où s’inventent les histoires, sur le versant du monde, au bord de la rivière.

Elle a repris là ou elle avait laissé la dernière fois, a rouvert son grand cahier puis en a sorti son devoir appliqué.

Plus de yeux sceptiques sous les lunettes des Professeurs Approbateurs.

Elle le savait et en jouait : cette fois, elle a jeté les formules toutes faites et froissé les copies trop parfaites.

Elle a dépassé, débordé, exploré, sans jamais restreindre ses ambitions.

Chauffée au bois, sur une table, devant la fenêtre, elle a oublié les festins en se contentant de bouillons.

Puis elle a expédié, le sourire au lèvres comme jamais.

Satisfaite.

Elle a ouvert grande la porte, n’a plus douté : un goût de printemps.

Respiration.   Soulagement.

Sur la corde étaient toujours suspendus ses chaussons mouillés.

Comme des perles de plus au collier de la chanson française.

 

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vide18.gif (62 octets) KEREN ANN
LA DISPARITION
2002 - EMI France

Au coin du monde (Benjamin Biolay / Keren Ann Zeidel - Biolay)
Le Sable mouvant (Keren Ann Zeidel – B. Biolay / Zeidel - Biolay)
Les Rivières de janvier (Keren Ann Zeidel)
La Corde et les chaussons (B. Biolay / Keren Ann Zeidel - Biolay)
Surannée (Benjamin Biolay / Keren Ann Zeidel - Biolay)
Ailleurs (Keren Ann Zeidel – Benjamin Biolay / Zeidel - Biolay)
L’illusionniste (Keren Ann Zeidel – B. Biolay / Zeidel - Biolay)
La Tentation
Mes pas dans la neige (B. Biolay / Keren Ann Zeidel - Biolay)
Le Chien d’avant-garde (Keren Ann – B. Biolay / Zeidel - Biolay)
La Disparition (Keren Ann Zeidel – B. Biolay / Zeidel - Biolay)

 

 



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