D E U X P I A N O S
Le marché français du disque semble ces temps-ci, peut-être l'avez-vous remarqué, céder de plus en plus à celui de l'image. Pour cartonner, qu'on soit d'ailleurs mâle ou femelle, il faut désormais avoir un look. Un look, cela va de soi, qui plaise au plus grande nombre et qui soit conséquemment voisin de celui de ces prétendues belles gueules que l'on nous donne à voir, à revoir et à avaler, jusqu'à ce que plus le moindre doute ne soit permis : la beauté, c'est «ça». Vous êtes amateur de cette beauté-là? N'allez pas plus loin : fermez l'écran, ouvrez la télé. Aucun danger, vous n'y verrez pas Juliette : on ne l'y voit pas. Pour tout dire, on ne l'y entend pas non plus. L'image de Juliette, c'est vrai, aurait de quoi heurter : après tant d'androïdes, voir comme ça un être humain, quel choc! Mais que dire des mots de Juliette, voire de ceux des auteurs qu'elle défend? Ça nada, pas question : interdits d'antenne!
Nous sommes maîtres
de la Terre Et là-haut les
oiseaux Nous nageons tous
dans la bêtise Et là-haut les
oiseaux Écoutez le monde en
folie
Juliette, voyez-vous, n'est pas amnésique. Elle n'a pas la prétention de réinventer le monde ou la chanson. Elle ne renie ni ne copie ceux qui l'ont précédée, ne se prend ni pour eux ni pour une quelconque grande dame de la chanson. Elle se prend pour elle et nous prend aux tripes. Elle interprète, elle écrit, elle compose, elle chante, avec intelligence, sensibilité et respect. Elle n'est pas belle, non. Elle est superbe, et rare. Dans le paysage actuel de la chanson française, Juliette Nourredine est peut-être la seule, face à la musique, à pouvoir prétendre, par son humilité, à la stature de cette femme exceptionnelle, morte une soir de novembre, dont tant et tant se sont réclamés depuis, à tort et à travers. M'ont tous
connue En décembre 1997, salle Gavot à Paris, Juliette a gravé, avec Didier Goret, un album magistral. Il s'appelle Deux pianos, et c'est un chef-d'uvre. Point. Et là-haut les
corbeaux
JULIETTE La petite fille au
piano
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