MICHEL JONASZ
Pôle Ouest : North By Northwest

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

 

Printemps 2000 : le cru Jonasz de l'année s'ouvre par Le Millénaire.  Inévitable datation, on oublie.

Idem pour la piste 2 : « C'est ça le blues », 2000e variante de Du blues du blues du blues, mais cette fois avec explication en prime. C'est «ça» le blues?

Hum... Non seulement c'est d'un ennui, mais c'est limite prétentieux...

Allez, on va se rendre au bout?  Oui, à condition de déprogrammmer ipso facto   deux autres titres de la même veine tarie, le 5 (Le Scat) et le 10 (La piste de danse).  À moins, évidemment, de se complaire sans fin dans les variations sur le même thème doublées, dans le cas du Scat, d'un xème précis de musicologie du professeur Jonasz.

C'est dommage mais c'est ainsi : de joueurs de blues en boîtes de jazz, tout passe tout casse tout lasse et lâche....  Jonasz, malgré son admirable voix jazzy-blues, n'est pas un grand compositeur de jazz ni de blues.  Il reprend simplement, à sa sauce, de vieilles recettes éculées.  Ça a pris : à la longue, ça ne prend plus.

Hormis donc ce sous-jazz-blues devenu vraiment trop habituel chez Jonasz, que reste-t-il à sauver de Pôle Ouest?

La production léchée?  Si l'on aime se faire léchouiller non seulement les tympans mais aussi  la trompe d'eustache jusqu'à l'insupportable.

Avec des arrangements « aérés », aux vagues effluves de techno pour pépé, Mister Swing a voulu se la jouer Monsieur Propre?  Si tel est le cas, réussite... jusqu'à l'asepsie.  Qu'est-ce qu'on s'ennuie dans cet espace sonore antibactérien, froid, glacé.


Moi
Je préfère encore ma voie de déroute et de neige sale
À leur babil vide
De caniches du bon goût

(Geneviève Letarte - Neige sale)


Bien sûr, il y a la voix de Jonasz, l'une des plus belles de la chanson « française », des plus originales, des plus riches, des plus élastiques, des plus tout tout tout, qui en prime n'a jamais été plus belle, plus pleine, plus planante que sur Pôle Ouest, mais cela suffit-il à faire de celui-ci un grand album?  Oui quand l'inspiration y est, non quand elle brille par son absence, ce qui est hélas le cas d'un quasi bout à l'autre, côté mélodies mais d'abord côté textes.

À force de, les petits fragments de vie perso de Jonasz, hyper codés, à peine esquissés, non développés sous prétexte de donner prise à une poésie qu'on finit par chercher bien loin... tombent à plat.  Totalement inintéressant?  Non.  Mal écrit, mal foutu?  Pas du tout. 

Simplement froid, encore une fois.  Ce Pôle Ouest sent décidément le Pôle Nord.  Ne s'y terre-t-il donc pas même une petite chanson, de rien, pour nous réchauffer?

Si, justement, en plage 13 de 14, où dorment Les amoureuses, planquées au presque bout d'une route qu'il faut vraiment tenir à se farcir pour entendre enfin battre à fond un coeur humain... mais que c'est beau, que c'est beau!

Sur un thème pas facile, Jonasz y donne, d'un coup d'un seul, toute la mesure de  son immense talent de chanteur, de mélodiste non-jazz, et en prime de parolier.  Du grand Jonasz?  Une très grande chanson, point.  

Hélas, Les amoureuses trop vite envolées, Pôle Ouest s'achève ironiquement sur La vie sans mort qui, par son thème, rappelle étrangement une certaine Nouvelle vie.

Peut-être, sensible à ce nouvel appel, cette nouvelle vie que Jonasz appela jadis si bellement de ses voeux jaillira-t-elle un jour dans sa musique?

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

 

PÔLE OUEST
Michel Jonasz
Avril 2000

 

Le millénaire
C'est ça le blues
L'amour ça devient sérieux
Les heures passées
Le scat
Le lac gelé
Ça finit jamais
Le boléro
Miss Molly
La piste de danse
Pôle Ouest
La rue du bon vieux temps
Les amoureuses
La vie sans mort