Ça y est me dis-je, ça va y aller, il a compris Jonasz : il va nous lâcher un peu avec ses délires spirituo-cosmiques et nous chanter, enfin, simplement des chansons. J'attends... : j'entends. J'entends de la musique, d'excellents musiciens, de très beaux et sobres arrangements, aux antipodes des errements synthétiques du précédent album. J'entends des mots qui sonnent, portés par cette voix magnifique, encore enrichie de couleurs nouvelles, belle, d'entre les plus belles de France. J'entends de la musique et des mots : j'attends des chansons. Ne serait-ce qu'une. Je crois soudain l'entendre venir, d'un pas lent, fendant les brumes somnifères de cette lounge music valiumesque où, jusque là, tout baignait sans que ça baigne. Le brouillard se dissipe : oui, je crois que si, c'est bien une chanson. Du moins ai-je l'impression de la reconnaître à ce qui fait d'une chanson ce qu'elle est : une mélodie et un texte indissociables, les mains de la première agrippées aux épaules du second, se disant comme se chantant l'un à et par l'autre, les yeux dans les dieux, des choses émouvantes, importantes ou marquantes. Avec fougue, âme, haine ou amour, et non pas l'air de rien... de ne pas y toucher... Mais qu'est-ce qu'elle a cette chanson? Qu'elle est pâle, triste, presque morte, cette si bien nommée Mélancolie :
Tout va à
vau l'eau
Elle est passée, telle l'ombre sinon d'elle-même du moins de tant d'inoubliables autres de lui, avant elle. Et le brouillard retombe. Et s'épaissit. Jusqu'au classique refrain nostalgique à la gloire d'un genre musicial de plus, de trop, allez... de plus que trop : c'est le rhythm and blues qui cette fois s'y colle, mais plus rien ne décolle. Déception? Non, même pas, même plus : incompréhension. Pourquoi, mais pourquoi « plus de chansons », ou presque? Les lumières s'éteignent une à une. La nouvelle vie n'était pas pour aujourd'hui. Je m'endors bluesy, au sombre sens du mot, vaguement inquiet d'avoir deviné où s'en vont les rêves du chanteur qui, désormais, sait chanter sans chansons. Admirablement.
Où s'en vont mourir
les rêves Où s'en vont-ils (EVA 1970)
|
||
| OÙ VONT LES
RÊVES ? Michel Jonasz Novembre 2002 Avec Où vont les rêves, Michel Jonasz délaisse le synthétisme transitoire de Pôle Ouest pour une petite formation acoustique, sobre, efficace, en théorie séduisante. Si impeccable soit-il par sa réalisation, l'album, qui ravira les inconditionnels du Jonasz post Nouvelle vie, peinera davantage à séduire ceux que, déjà, Pôle Ouest et ses prédécesseurs avaient laissés plus perplexes. Comme quoi il y a « vieux style » et « vieux style » : à chacun ses nostalgies...
|
Terre - Où
vont les rêves |
|