ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

Ceci est à mettre dans le coffre à photos de famille
Ceci est ma lettre pour vous
C'est pour descendre un peu de la toupie qui tourne l'aiguille
Dans l'horloge mettre des cailloux

( Michel Jonasz - Les années 80 commencent - 1980 )

 


Et vint le jour où il rentra définitivement du bord de la mer.

Sans qu'il le sache encore.

Sans son père, sa soeur, sa mère.

On rentre tous un jour de son enfance sans le savoir.

Puis de ses souvenirs, sans s'en apercevoir.

Une nuit, la grande, la belle, Ia cloche des années sonne, les peintures aux murs se délavent, puis celle des murs même se détache, et l'on se détache aussi : on part chercher la nouvelle vie.

Fringué en joueur de blues, il prit la route de la boîte de jazz, histoire d'oublier un peu le cours de sa vie.

Mais marcher sur une route, la nuit, sans siffloter n'est pas facile.  On a beau savoir où l'on va, ne tendre que vers cela, les airs des années d'où l'on vient ont vite fait de se faufiler, à votre insu, entre vos lèvres arondies, qui pourtant ne songent qu'à embrasser l'avenir.

Et c'est ainsi qu'au détour du chemin, il se surprit à fredonner un air tzigane.

Il n'y porta d'abord pas attention : il marchait en sifflotant vers sa nouvelle vie, vers sa musique, couleurs États-Unis couleurs d'ici.

Il ne vit pas qu'au détour du chemin, au pied d'un arbre, au bord d'une source, on l'écoutait avec émerveillement siffloter en s'éloignant, comme en un rêve.

Il passa son chemin, poussa les portes de la boîte de jazz, s'y fit peu à peu une nouvelle famille, d'autres pères, soeurs et mères, et s'y fit même avec le temps un nouveau nom.

Mister Swing n'est plus repassé depuis par la petite route qu'il arpenta cette nuit-là.

Il siffle désormais d'autres airs, ceux de sa nouvelle vie, librement et noblement choisie.

Au bord d'une route, au pied d'une source, quelques mots jadis gravés au couteau sur le tronc d'un arbre s'effacent peu à peu sous l'inévitable mais salvateur assaut des saisons :



Où est la source ?

Où vont les rêves ?

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

 

LA NOUVELLE VIE
Michel Jonasz 1981

La Nouvelle vie est l'album de la croisée des chemins, où la mélodicité simple et d'autant plus rare des chansons d'avant côtoie déjà les effluves plus jazzy, bluesy et apparentées des réalisations ultérieures de Michel Jonasz. 

La même tendance bidirectionnelle s'observe au niveau des textes, la nostalgie personnelle d'un Jonasz désormais auteur à part entière (sublime J't'aimais tellement fort que j't'aime encore) frottant déjà ses ailes à celles d'une autre nostalgie : celle de cette pseudo-vieille musique  des States, dont Jonasz fera ses lendemains en tentant d'y insuffler... une nouvelle vie.

Avec cet allbum, Michel Jonasz choisit sa route.

Certains l'y suivront, d'autres moins, d'autres enfin ne jureront plus que par ce nouveau chemin : qu'importe?

L'important, pour un artiste, est de choisir sa route, et de la suivre, droit dans ses bottes.

Jusque vers et dans les étoiles, s'il le faut.

« Est-ce la paix qui passe dans l'espace ? »

À chacun, comme il le peut et le veut, de laisser mourir ses guerres.

 

 

La nouvelle vie
V'là l'soleil qui s'lève
Le cabaret tzigane
Les objets perdus
Les fourmis rouges
Est-ce la paix qui passe dans l'espace
Joueurs de blues
La Terre et le père
C'est la nuit
J't'aimais tellement fort que j't'aime encore
Les éponges mouillées
J'suis là