billie57top.jpg (38872 octets)

 

BILLIE HOLIDAY
LADY IN SATIN


CINDERELLA 1958
ÉCRIRE À L'AUTEUR...



La p'tite Bill, elle était malade.

La vie l’avait cognée, alors elle s’était cogné tout ce qu’il y a de dur : elle s’était collé toutes les peines, elle avait bu toute la mer.

Il y a longtemps, on l’avait applaudie quand elle chantait Solitude.

Maintenant qu’elle avait commis l’irréparable, qu’elle s’était maquillée sans fard de rides et que, cette solitude, elle la vivait jusqu’au bout de ses ongles, on l’ignorait.

La princesse avait vécu…  Cendrillon redevenue, que la p'tite Bill fût malade, on s’en fichait bien.

Elle était vêtue de guenilles et d’un blouson de cuir noir.  De cuir noir, oui, car la p'tite Bill avait beau avoir le cœur qui jazze, sa vie, elle, était foutument rock’n’roll.

La poubelle l’attendait, et elle y serait tombée pas même le temps d’une blanche valant deux noires si elle n’avait pas rencontré un petit tailleur.

Ce petit tailleur était tout petit : il ne savait pas encore que les princesses aussi, ça vieillit. Il accepta d’habiller la p'tite Bill parce que, dans le temps, elle s’appelait Lady Day, et que ça, nom d’un aristocrate musicien, c’était pas piqué des hannetons tout de même.

Lorsqu’elle lui chanta ses premières mesures, il eut un peu la tronche en eau de boudin : elle n’avait plus la voix à chanter Un jour mon prince viendra.

Mais il écouta.  Et son jeune cœur apprit.  Sa jeune âme sut.  Qu’au-delà de toutes les fêlures, de tout le laborieux de cette voix, il y avait des frissons parmi les plus émouvants qui soient.

La p'tite Bill voulait sourire, quitter ses haillons racornis.  Elle rêvait d’être la plus belle pour aller danser, que sa maudite peine se fasse splendide, qu’on l’applaudisse pour ça.

Le petit tailleur lui confectionna une longue robe de satin, enrubannée de violons, avec une longue traîne orchestrale.

Elle revint au bal : on l’y encensa.

La p'tite Bill fut bien contente, et tant pis si elle avait un peu troqué le jazz pour la romance.

Après tout, qu’est-ce que ça pouvait bien foutre…

Elle n’était pas faite pour le satin, mais elle se paya le luxe d’oublier un instant toutes les citrouilles du monde.

Surtout, c’est grâce à l’attention que l’on porta à sa robe en satin que le petit tailleur se permit au bal suivant, le tout dernier, de la déshabiller, de montrer ainsi qu’elle n’avait jamais été plus belle que quand elle vivait comme elle était née.


Je suis née toute nue
Je vis comme je suis née
Je suis née toute petite
Si j’ai grandi trop vite
Jamais je n’ai changé

 

 

I'm A Fool To Want You  /  For Heaven's Sake  /  You Don't Know What Love Is  /  I Get Along Without You Very Well  /  For All We Know  /  Violets For Your Furs  /  You've Changed  /   It's Easy To Remember  /  But Beautiful  /  Glad To Be Unhappy   /  I'll Be Around  /  The End Of A Love Affair

 

BILLIE HOLIDAY
RETOUR À LA DISCOGRAPHIE COMMENTÉE