PARADIS PAÏEN

 


JACQUES HIGELIN / PARADIS PAÏEN

T r o i s   é t o i l e s   p o u r   t r o i s   d i a m a n t s

 


ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

 

Après être tombé du ciel au début des années 90, avec grand bruit mais sans vraiment de grâce, Jacques Higelin rechute au paradis païen.

Que cela, que ce titre, et ce serait déjà gagné.  Que ce titre, et cette pochette, absolument merveilleuse, signée Laurent Feroussi.  Aussi exceptionnelle qu'envoûtante, elle ne va pas sans rappeler les jours enfuis du vinyle.

Ce temps que beaucoup n'auront pas le plaisir de connaître, où la pochette faisait réellement partie du disque.

On la tournait d'abord précautionneusement entre les mains, puis on y plongeait, comme en un livre d'images, détaillant les détails, croyant y décoder des choses.

Photos de Brel en noir et blanc sous un gros B, chevaux orange d'un Barbara oublié, piano rouge sur des genoux, visions inoubliables.

Nostalgie? 

Higelin, du moins, fait divinement machine arrière en son paradis païen.  Plus précisément machine arrière, machine avant... et machine tout court.  Et voilà tout le problème. 

Explications et précisions : machine tout court d'abord.

Rien n'est musicalement plus sciant que la présence invasive des synthétiseurs quand ils n'apportent rien.  Comme ces tapisseries à flonflons qui vous assassinent un mur de chaux en moins de deux. 

Or, elle est là et bien là la machine, polluant, comme dans la réalité, les trois quarts du paradis païen, annihilant de sa froideur des pièces qui, du reste, sont plutôt quelconques, textes et musiques confondus. 

Cette machinite aiguë est d'autant plus gênante et casse-bonbons qu'elle s'exerce souvent au détriment de thèmes musicaux hybrides africo-antillais, qui s'en accommodent fort mal.  Pour parler franc : ça sent un peu la World Music tendance guimauve.

Et tchink-et-tchik et on s'ennuie et ça défile. 

Si la 6e pièce de 10, Rififi, signée Brigitte Fontaine, fait espérer un sursaut, l'espoir est copieusement déçu.  Ni beat ni âme, mais, qui sait, peut-être que quelque chose m'échappe?   Ce ne serait pas la première fois... :o)

Alors?  Pourquoi parler de Paradis païen?  Pour le simple plaisir de médire?

Pas du tout : machine avant, machine arrière, vous vous rappelez?

Alors qu'on n'y croit plus, à la 8e pièce de 10, la lumière est.  Sublimant la machine, faisant enfin d'elle un instrument à part entière et non plus pseudo, le sieur Higelin appuie soudain sur le champignon... et nous cloue sur nos sièges.

L'accélération est fulgurante : L'héritière de Crao nous entraîne en un éclair très loin, bien loin devant tout le monde et notre monde.  Peu importe si l'on ne sait plus où l'on est, Monsieur Higelin nous tient tendrement la main, nous susurrant au creux de l'oreille un très grand texte.  Un très très grand.  Et nous donne là le dernier diamant du paradis païen.

Où sont les deux autres?   Derrière, respectivement plages 1 et 4 : Chambre sous les toits et L'accordéon désaccordé.

C'est en faisant machine arrière qu'Higelin, comme avant, devance le mieux son époque.

À coups de violons tziganes dans un cas et d'accordéon dans l'autre, il nous touche exactement là où ça compte.  Dans les oreilles?  Pas du tout : au coeur, y a que ça.

Le voilà le grand Higelin, le trop rare, et les voilà les frissons.

Oui, de vrais frissons, des pieds à la tête, sans se forcer, sans plus avoir besoin de se dire comme depuis trop longtemps : «C'est Higelin, je dois aimer ou je suis con.»

Fermez les yeux, montez le son, écoutez Chambre sous les toits.  De préférence seul, au coucher du soleil.  À la toute fin, écoutez bien ces cordes, superbement orchestrées par Areski Belkacem : elles vous sont tendues, empoignez-les.  Alors,  aidés de cette voix superbement orchestrée par l'émotion, hissez-vous enfin, enfin, au paradis païen.


Viens ma lionne
Viens
Te faire les griffes
Sur ma peau
Ployer ta nuque tendre
Offrande au bourreau
Sous l'orage anthropophage
De mes crocs *

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

 

paienalb.jpg (27057 octets)

PARADIS PAÏEN
Jacques Higelin
WEA 1998* Chambre sous les toits
Une tranche de vie
Broyer du noir
L'accordéon désaccordé
La vie est folle
Rififi
Luxe calme et volupté
L'héritière de Crao
Y'a pas de mot
Paradis païen