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HARMONIUM
Harmonium (1974)
Harmonium
(Serge Fiori Michel Normandeau / Fiori Normandeau)
Si doucement (Serge Fiori)
Aujourdhui, je dis bonjour à la vie (Serge Fiori)
Vieilles courroies (Serge Fiori Michel Normandeau / Fiori)
100 000 raisons* (Serge Fiori Normandeau / Fiori Normandeau)
Attends-moi (Michel Normandeau Serge Fiori / Fiori)
Pour un instant (Michel Normandeau / Serge Fiori Normandeau)
De la chambre au salon (Serge Fiori)
Un musicien parmi tant dautres (Serge Fiori)
Arrangements et
direction musicale : Fred Torak
* : Absente de la version vinyle |
DES AIRS D'UN AUTRE TEMPS

Pour Nathan B.
Grâce à qui tout a changé
Où es-tu j'en peux plus
Je ne t'entends plus
Où es-tu ?
Un poète, un roi, un explorateur, un musicien polyvalent ?
Je narrivais pas à
devenir ce que représentait ce type aux cheveux longs sur la pochette, pareil en ce sens
aux trois gaillards de la photo, assis sur un banc de parc, à la différence près
quil était figé : point de sourire, hormis celui, un peu dissimulé de la
fierté, de la tenue héroïque.
Quimporte, il portait
une armure dinstruments. Le groupe sappelait Harmonium, comme dans
harmonie, comme dans la chanson qui donnait son titre à cet album fondateur, celui que je
tenais entre mes mains, que je retournais, que jécoutais pelotonné dans ma doudou
effilochée, que je mettais à fond pour marcher sur les murs, au plafond, qui me suivait
partout, de la rue à la douche, de la course aux vocalises aquatiques, mhabitant de
la tête aux pieds, me faisant vriller sur le dance-floor, mérotiser sur une chaise
électrifiée, méclater, de bout en bout ou par boucles répétées heure après
heure jusquà ce que jen tombe enceint, moi tout seul comme un saint, purifié
dune vie qui ne demandait quà renaître, et la fait puissance mille en
ces jours de mes quinze ans.
Le rock.
Lessence qui change
la couleur, qui crée la couleur, ajoute ce plus au gâteau de maman, maman la
musique, une main sur lépaule.
Le rideau monte et descend, elle passe,
elle enchante, puis sen retourne. La musique a enfanté un emmerdeur de
première, dabord avorton, puis vrai rebelle qu'on aurait voulu sinon castrat du
moins castré.
Le rock ne respire pas la
dentelle. Lorsquil passe quelque part, le rideau reste coincé au
niveau des spotlights. Rien à faire, il est tout nu et veut quon le voie,
entré comme il la fait sans avertir.
Cest toujours un peu
la consternation, les maquillées du cellulaire et les valises sans poignée grincent des
dents sur leurs sièges de velours.
Silence de mort.
On leur dit :
Découter le silence
Qui voudrait bien reprendre
Sa place dans la balance
Se remettre au monde
À chaque seconde (1)
Cest la vie, cest beau, youp la boum baby, cest inacceptable :
sifflets.
« Hou ! »
Hou à vous mêmes !
Laissez-moi danser !
Je regardais cet album
jaune, me le repassais, dHarmonium à Un musicien parmi tant dautres,
9 plages, 9 ovnis atterris dans la jungle québécoise. Jaimais un peu,
beaucoup, à la folie, pas du tout, nétais pas convaincu, men voulais de
succomber moi aussi au charme du mythe, comme ça pouvait être la mode alors, la mode de
qui lon sait.
« Ça, il ne
faut surtout pas manquer. »
Il ne fallait pas et
pourtant je lai fait, pauvre de moi, cédant sous le poids de la réputation.
À quinze ans, cest
lourd lhéritage qui na pas trente ans.
Il y avait ces
paroles :
Pour un instant, jai respiré très fort
Ça ma permis de visiter mon corps
Des inconnus vivent en roi chez moi
Moi qui avait accepté leurs lois
Jai perdu mon
temps
À gagner du temps
Jai besoin de me trouver
Une histoire à me conter
Pour un instant
Jai oublié mon nom
Ça ma permis enfin
Décrire cette chanson (2)
Où est allé tout ce monde
Qui avait quelque chose à raconter
On a mis quelquun au monde
On devrait peut-être lécouter (3)
Des phrases clés lancées aux foules en délire, en plein trip nationaliste
quon sest vite pressé de ranger au tiroir, avec les herbes qui ne passent pas
aux douanes, paraît-il, et qui gâchent la vie de ces jeunes qui foncent dans le noir,
comme des loups qui nont plus despoir.
Serge Fiori en grand
gourou, la fleur de lys sur les visages en larmes, le peuple entier qui dit
« attends-moi » à la vie, qui a (avait?) simplement envie de lui dire
bonjour.
Ma chérie.
Trop cest trop ?
On sort le qualificatif « culte » et on le (les) laisse
sempoussiérer à jamais ?
En est-il toujours ainsi
des enfants torturés ?
À quinze ans je dansais,
jai mis quelques années par la suite à jouer au Québécois.
Repos mérité ?
Jai ressorti, en juin
dernier, le premier album dHarmonium.
Jai tout relu, tout
réécouté, tout revisité.
Oh! je transperce toujours
le plancher à virevolter
Je ris à gorge déployée,
avec lentrain de ces enfants de ma jeunesse dont jentends lallégresse
sur quelques morceaux.
Un air davant les
clôtures et les terrains de golf.
Cependant, écart non
négligeable, je pense, réfléchis, en toute immodestie. « Ils » ne
mont pas eu, pas encore, et je partirai toujours avant quils mapprochent
un peu trop.
Je regarde ce soir ces
trois hommes dans leur parc. Visiblement ils samusent, je ne sais ce dont il
parlent, mais je les entends.
Surtout lui, au milieu,
Fiori. Le grand mince.
Je le connais depuis
longtemps, et plus encore. Il a chanté en duo avec la Dufresne. Il a même
permis à Nanette Workman de revivre un instant dans les cruelles années 80, accroché
avec elle aux ballons percés.
Alors bien agrippé à une
musique unique, sans équivalent dans le Québec des seventies, avec le guitariste Michel
Normandeau, le bassiste Louis Valois, les multiples collaborateurs de ce qui reste comme
un album clé de la chanson québécoise post-Lindberg, il sest jeté sur le
mur de la honte, ébranlé
et solidement reconstruit depuis.
Pour combien de temps,
encore ?
À jamais ?
Cen est-il vraiment
fini des fous ?
Lhomme aux cheveux
longs chargé de ses mille instruments
Ce que cette promesse
dharmonie reste belle !
CITATIONS
(1) Harmonium
(2) Pour un instant
(3) Un musicien parmi tant dautres


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