Love
Songs : en ce monde où il y a si peu d'amour... Non, stop. On le sait,
tais-toi. Ça sert à quoi de le crier sur les toits? Mieux vaut le murmurer
tout bas à l'oreille de qui peut comprendre.
If you listen
You can hear
Si tu réussis à dénicher cet album trop rare, si tu l'écoutes, tu entendras une chose
extraordinaire : la jeunesse d'une femme oser revenir sur ses pas, avant de foutre une
ultime fois le camp, discrètement, avec cette suprême élégance qui ne rime pas
toujours qu'avec France.
En 1972, c'est dans le brouillard anglais que disparaîtra à jamais la jeunesse de
Françoise Hardy, bien loin des rires des filles et des garçons du continent, rares à se
presser sous l'éclipse et tant pis pour eux : ils auront raté l'une des plus belles
pleines lunes à s'être jamais moqué du soleil des hit parade qui, pour Hardy, ne
brillera plus qu'accidentellement. Tant mieux : si le désastre solaire donne, il
prend aussi, et tellement plus.
«Viens», chantait Françoise en 1971. Viens, fais de moi ce que je suis, plus ce que tu
voudras.
«Va», répond l'écho un an plus tard. Va, toi que j'étais et resterai, va et
dans ton dernier souffle, rends-moi le mien. Que mon second soit mon premier.
Love Songs
s'inscrit, dans la discographie de François Hardy, pile à la charnière de l'avant et de
l'après. Il «est» cette charnière. Viens, qui le précède, a
beau appartenir à l'après, qu'il amorce, Love Songs reste ancré dans les
rêves d'avant, de Françoise, bien sûr, mais aussi des garçons et des filles qui se
reconnaîtront. Ancré dans des rêves qui lèvent l'ancre.
En veste de cuir,
guitare à la main et cordes au coeur, une jeune fille chante sous la pluie : sur les
trottoirs mouillés de Love Songs, son image, fugace, se reflète une dernière
fois.
30 ans plus tard,
elle nous renvoie encore à ce que nous serons toujours.
Qu'on le nie, ou
pas.

Si
la vaste majorité des opus anglos de Françoise Hardy sont loin d'avoir l'intérêt de
ses albums français, l'ultime britisherie hardyesque des 70's est d'une
autre trempe : Love Songs n'a rien de ces infâmes bidules destinés à
conquérir le sacro-saint marché que l'on sait. C'est un album à part entière, un
vrai Hardy, au même titre que les fabuleux 33 Made in France de la
période exceptionnellement faste de l'Ante Message personnel.
Album
exceptionnel, méconnu, presque introuvable, l'essentiellement anglophone Love Songs
illustre paradoxalement tout ce qui différencie, distingue fondamentalement, la chanson
française de la pop anglaise.
Invisible pour
les yeux, l'essentiel peut parfois ne pas l'être pour les oreilles.
Merci à B |
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