F R A N C E   G A L L
ZENTH 1985  /  L'HIVER EN PLEIN ÉTÉ

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Ailleurs, 1985


Je ne sais pas qui tu es, mais bon, je t'écris quand même.

Je veux que tu saches comment je vais. Pardonne-moi, je n'ai pas grand monde à qui parler.

Tellement de silence que je ne sais même plus depuis quand je suis ici. Il fait froid. Quelle idée ai-je eu aussi de vouloir habiter la banquise! On m'avait parlé d'un paradis blanc, je ne vois que des tonnes de glace. Le soleil sur la neige, c'est joli, seulement, il n'y a pas d'été,

Plus d'oiseaux fous qui savent chanter pour rien
Plus d'un peu tout ce qui nous faisait du bien

Ma vie est triste à pleurer, mais aucun risque que je verse une larme : si j'ouvre les vannes, mon visage se fige, gelé. Je ne pleure plus de rivières.

La nuit, ce n'est pas mieux. J'essaie de danser sur les mots qui savaient me réchauffer : en vain.

Prouve que tu existes
Cherche ton bonheur partout
Va
Refuse ce monde égoïste
Tout le monde aime
Tout le monde a de la peine
La vie n'est jamais la même
Et que chacun se mette à danser
Et que chacun se laisse emporter
Sans suite et sans logique,
Comme on dit des mots magiques


Rien à faire. Mon étoile a beau être à son Zénith, j'ai toujours aussi froid.

J'aimerais tant danser sur la glace.

Laisser parler la grâce
Glisser sur la vie qui passe


De temps à autre, un bateau au large. L'autre jour, c'était le Calypso. J'ai distingué à son bord une silhouette, j'ai crié :

Vahiné joue-moi la musique de ton île
Moi qui jamais ne connaîtrai la vie facile


Mes lèvres gercées se sont fendues.

Tu dois te demander pourquoi je reste dans cette contrée anesthésiée.

Je vais te livrer un secret : il y a, dans les déserts, des merveilles sans pareil.

Je veux bien supporter toute la misère de mon monde pour une aurore boréale.

Ça s'avance comme un voile rose, ça m'enrubanne.

La glace se brise dans un doux déluge de sons sublimes, puis le silence me parle, rien qu'à moi :

Calme calme calme-toi
C'est beau la neige tu verras

Et toi qui es un peu de moi
Mon histoire tu la continueras
Ce sera plus facile de tout laisser là

Plus haut
Bien au-dessus du niveau des mots
Dans un univers au repos…
Dehors il fait chaud

Des milliers d'oiseaux s'envolent sans effort
Vibre la lumière
Chantez les couleurs
Ces parfums qu'on devine
C'est l'odeur de saison

Que la musique nous donne
La vie encore une fois

Voilà, tu sais maintenant pourquoi j'accepte que le gel fissure lentement mon cœur : pour mieux le brûler.

Merci de m'avoir lu, belle inconnue.

 

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Ailleurs, 1997


Savais-je en t'écrivant cette lettre en 1985 qu'un jour, bien plus tard dans nos vies, la banquise se ferait intime…

Qu'il n'y aurait plus qu'un piano et ta voix un peu éraillée, blessée et offerte… 

Qu'enfin, dehors, il ferait chaud…

Car ce soir de concert privé, les millions d'oiseaux sont sortis de ta gorge, libérés des vautours, et ont tournoyé sans effort.

Ils planent à jamais.  

Pas au Zénith, mais bien au-dessus du niveau des mots.

 

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FRANCE GALL
Zenith 1985

J'ai besoin de vous
Plus d'été
Tout pour la musique
Vahiné
Plus haut
Je l'aimais
Diego
Besoin d'amour
Amor tambièn
Bébé comme la vie

Musique
Cézanne peint
Résiste
Ce garçon qui danse
Si maman si
Hong-Kong Star
Il jouait du piano debout
Débranche
Calypso
Débranche (reprise)

 

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