On
n'est pas condamné à s'amoindrir artistiquement avec l'âge.
Pourtant, combien d'artistes deviennent des photocopieurs… Ils ne livrent plus de leur talent que des polycopies de polycopies du style qui fit leur singularité. La netteté des traits s'efface, les nuances disparaissent, l'auto-caricature pointe son nez.
France Gall, en 1988, entre autres pour cette raison, décide de mettre un terme à sa carrière. Elle raisonne alors selon un schéma linéaire : elle perçoit avoir atteint son apogée et ressent que tout ce qu'elle pourrait livrer par la suite ne serait que pâles déclinaisons du meilleur d'elle-même.
Quand elle renoue avec la chanson, en « double jeu » avec Michel Berger, c'est parce qu'elle est parvenue à se placer dans une optique circonférentielle dont elle est le centre. Il n'est plus question d'apogée et de déclin, mais d' " autrement ".
Cet « autrement », après la disparition de Berger, autorise France à endosser avec plaisir le rôle d'une gardienne du temple révérencieuse, mais tout à fait libre.
La veuve de Michel Berger n'est pas. Seule existe, peut-être plus fortement que jamais, France Gall. Elle fait ce qu'elle n'aurait sans doute pas réalisé tout à fait du vivant de Berger : laisser libre cours à ses envies, ses goûts artistiques, et choisir d'habiller ses chansons totalement à sa manière.
En 1993, Bercy est blues, lourd, très profond. Cheveux relevés en chignon, France Gall s'élance, se lance. Maladroitement encore, mais certainement, tisse sa chrysalide, impose sa patte.
Le disque France et l'Olympia 97 sont R&B, plus sereins, très personnels. Cheveux coupés, elle assure et assume, sûre de ses envolées de papillon de jour.
En 1997, lors de son ultime Concert Privé, dépouillé et acoustique, France, heureuse et cheveux courts, se libère et livre le plus beau des au revoir. De quoi partir satisfaite : au crépuscule, le papillon
montre qu'il n'avait rien d'un éphémère.
Entre Bercy et l'Olympia, elle donne une série de concerts à Pleyel. Récital non endisqué pendant 10 ans et pour cela, devenu culte pour les aficionados.
Pleyel est la sortie du cocon, l'énergie, la joie retrouvées. L'adolescence que France Gall se vit voler par son vedettariat immédiat des années 60, et qui lui permet en 1994 de se retrouver au centre de sa circonférence.
Joyeuse, France danse, s'amuse, allant même jusqu'à retrouver la légèreté de la version originelle de
Musique.
Alors, culte, Pleyel?
Non. Avec le recul des dix années passées entre le spectacle et la commercialisation de son enregistrement, non. La grande majorité des chansons
de la captation de Pleyel figurent sur les disques
Bercy, France, Olympia et Concert Privé.
L'ambiance musicale, assez réussie, n'étonne pas : elle se situe à mi-chemin entre celle de
Bercy et celle de France.
Mais c'est justement en cela que Pleyel, à défaut d'être culte, est précieux : il constitue un témoignage, un lien manquant de l'évolution artistique de France Gall.
Précieux en ce qu'il démontre qu'elle ne se livra justement jamais à l'auto-parodie, voulut toujours évoluer, faire bouger son art.
Ne fit pas preuve de faiblesse face aux épreuves d'artiste et refusa de se reposer sur de quelconques lauriers.
Elle aurait pu livrer hommages sur hommages. France Gall a fait bien mieux que cela : elle n'a pas figé Michel Berger dans un Panthéon musical, mais a voulu, tellement voulu, faire VIVRE ses chansons.
Et quand l'autre s'en va
Tous les saxophones pleurent
Et nous, ça nous démolit le cœur
C'est bien peu de choses
Juste un moment qui passe
Dans l'océan de l'univers
Comme quelques notes de son piano
Qu'on répète tout haut
L'été, l'hiver
La vie entière
S'il avait voulu,
Moi, j'ai voulu
J'ai tellement voulu…


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