

PALAIS DES
SPORTS 1982
TOUS DES ANGES

Années 60.
Le petit caporal désarmé ne
comprend plus ce qui lui arrive.
Il n'y a plus d'âme dans ses batailles. Il voudrait bien rendre les armes.
De ses longues campagnes ne lui restent que des larmes.
«16 ans.
Orchestre derrière.
Micro planté devant moi.
Ça, 9 mois par an.
Rien que du triste, rien que du rien. »
Début des années 80.
Le petit caporal a
reformé son armée : des compagnons tendres, des soldats d'amour et de talent.
Prêt, il décide de relancer ses batailles.
Il choisit de conquérir un Palais, le plus grand de la ville de lumières.
Il prépare tout, minutieusement.
Défi.
Armures et armes.
Décor.
Plans stratégiques.
Cette fois, ce sera la victoire.
Tout petit caporal,
immense champ de bataille.
Il s'avance d'un pas ferme et décidé.
Il lance un poing rageur vers le ciel.
Le vieil ennemi est là, tapi dans l'obscurité, démultiplié mais sans agressivité :
son regard a changé.
Le petit caporal décide de ne pas pousser son cri de guerre.
Jetons à terre nos boucliers
Renvoyons chez elles nos armées
Laissons aller nos curs et flotter
Soudain, c'est une évidence.
Il n'y a plus de combats à mener.
Plus d'ennemi.
Plus de peur mais l'on n'oublie pas facilement les années d'exil.
Impossible de se livrer complètement.
Le véritable ennemi est dans le miroir.
Je voudrais tant mais je n'oserai pas
Car parfois
c'est bien pire un ami qu'un ennemi
Par pudeur, le petit caporal garde son armure.
Le temps est à la fête, pas à l'amour.
Ceux qui aiment
Ont tout abandonné
...
Faisons taire les mélancoliques
Avec notre propre rythmique et notre joie
Musique !
Au loin, le vent tourne.
Un murmure
Un presque rien.
Ça sonne comme le vent.
Ça se rapproche, on distingue des plumes, l'Ange s'approche et murmure à l'oreille du
petit caporal :
Il y a des jours où
quand le jour se lève
On voudrait rentrer tout au fond d'un rêve
Et puis soudain lorsque le clocher sonne
Il y a des jours où l'on n'est plus personne
Y a des jours
fragiles
Des soirées difficiles
Le monde est égoïste
Y a des matins tristes
Il n'y a plus de soldats, juste des voix à l'unisson.
Plus de petit caporal, juste une petite fille qui écoute.
Juste une petite fille qui ose chanter ses peurs.
Te moque pas
d'une fille qui aime
Te moque pas dune fille qui donne son cur
Te moque pas d'une fille qui est belle
Avant que le temps ne l'abandonne
Comme une fleur
Le vent se lève à nouveau.
Une plume virevolte puis tombe.
C'est reparti comme c'était venu.
Chacun reprend ses galons et la danse, comme si de rien n'était.
La paix signée, le petit caporal rentre au camp.
Il époussette son uniforme, la petite plume s'en détache.
Pincement de cur : on frôle parfois le paradis, on a parfois des ailes, mais
Nous ne sommes
pas des anges
Les anges du paradis
Trouveraient ce monde bien étrange
S'ils descendaient jusqu'ici
Non, nous n'avons rien des anges
Laissez-les là-haut au ciel, les anges
La Terre n'est pas le paradis

|