L'amour, c'est cela
L'amour, ça fait faire des absences à son patron
Des démences à Charenton
Des vacances aux populos
Des clémences à mon bourreau
Des alliances aux bijoutiers
Des oranges aux orangers
L'été c'est beau
Quand, à la terrasse des bistrots
On regarde passer les oiseaux
Les mouettes, c'est mieux que les corbeaux
L'été c'est bon, l'été c'est beau
Quand des CRS en tricot
Sauvent un étudiant en maillot
Cinq minutes d'amour
Cinq minutes ça suffit pour changer la vie
Cinq minutes d'amour
Et voilà que les jours tristes, je les oublie
Toi seul dans la vie
Est important
Tu sais quand on aime
Un retour c'est une fête
Qui plus est, France Gall ne dut guère apprécier d'interpréter, qu'elle l'ait souhaité ou non, les titres de son dernier 45 tours de morte-vivante,
Par plaisir / Plus haut que moi, avec un vibrato à la Véronique Sanson.
Mais c'est peut-être à tort qu'elle fit silence sur cette période car elle n'aurait probablement effectué le rarissime retour en grâce que l'on sait si elle n'avait justement connu cette période
qui, certainement, contribua à forger autant son professionnalisme, sa volonté de faire vibrer même la plus petite émotion sur une mélodie.
Quoi qu'il en soit, on ne peut résumer la créature du Dr. Frankenstein à un simple ersatz d'humain, à un monstre
effrayant ou parfaitement risible,
à une marionnette totalement manipulée, sans personnalité.
France Gall, la dite haridelle, eut en effet le courage de Dancing Brave à défaut d'avoir déjà le brio de Dancing Disco.
En 1970, elle sut parfaitement enluminer les rythmes brésiliens de la très
belle et avant-gardiste Zozoï, accompagnée du talentueux pianiste, arrangeur et compositeur Cesar Camargo Mariano.
Le disque ne se vendit pas mais est aujourd'hui réédité par le respectable label anglais Jazzman.
*
Ce matin un oiseau brésilien
Soudain m'a chanté Zozoï
Et je répète
Zozoï
Ça met de la joie dans ma tête
Et le cœur en fête
Zozoï
Zozoï
Zozoï
Qu'est-ce que c'est ?
Qu'est-ce que c'est ?
France Gall eut
aussi le courage, et peut-être même la joie, d'enregistrer en 1971 deux très jolies chansons, très mélodiques :
Caméléon caméléon et Chasse-neige, notamment signées par Étienne Roda-Gil et Julien Clerc.
**
De tous les animaux
blancs
C'est bien toi le plus méchant
Tu fais de ma vie
Un perpétuel tourment
Tu es comme le soleil
Et toujours tu m'émerveilles
Mais jamais je ne pourrai me faire une raison
Tu changes d'amour comme on change de chanson
Sans respecter la mesure ni le ton
Caméléon, caméléon
Qu'importe si France Gall ne se reconnût pas dans ce 45 tours : c'était bon et c'était
tout, en plus d'être une occasion de l'entendre dans des tonalités plus graves qu'à l'accoutumée.
Tu es plongé dans tes livres
Perdu dans l'hiver des villes
Protégé par des régions
De tempêtes et de glaçons
Je sais bien que tu en doutes
Mais je trouverais la route
Sous le soleil de minuit
J'irai retrouver ton lit
Chasse-neige, chasse-neige
Je chasse la neige
Et le frimas, et le verglas
Chasse-neige, chasse-neige
Jusque dans l'Himalaya
Je trouverai tes bras
France Gall publia
d'ailleurs aussi, mais uniquement au Québec, deux chansons dans la même veine, planant cette fois entre ciel et terre : Mon aéroplane et
L'amour boiteux. ***
Non Charlie
Ne me fais plus attendre encore
Viens vite à la maison
Aujourd'hui
Je crois que c'est toi le plus fort
Pour les réparations
Je t'en supplie
Mon aéroplane
Depuis ton départ est en panne...
Et pour toucher le ciel je n'ai plus
Que des nuages artificiels
Il s'en va cahin-caha
En chancelant comme un enfant
Notre amour boiteux
Oui, bien sûr, on s'aime
Mais ça boite un peu
Tu vis au ciel, moi je vis en enfer
Mais notre amour vit sur terre
Elle eut en plus le courage de revenir vers Gainsbourg en 1972 pour qu'il lui signe l'absolument parfaite
Frankenstein, comiquement mise en scène avec Jacques Dutronc chez les Carpentier.
Fallait un cerveau aussi grand qu'Einstein
Pour en greffer un autre à Frankenstein
Faire de plusieurs cadavres en un seul instant
Un mort-vivant
Je serai avec toi le jour de tes noces
Avait promis au docteur le colosse
Et lorsque la fiancée arriva
Il l'étrangla
Elle accepta même une resucée très honorable, mammaire et frigide, des
Sucettes, Les petits ballons, gonflés par Gainsbourg et Vannier
et que n'aurait pas reniés la jeune Jane Birkin.
On me gonfle avec la bouche
À la taille que l'on veut
Puis après le bouche-à-bouche
On fait ce que l'on veut
De moi, mais rien ne me touche
Je n'éprouve aucune émotion
Je ne frémis que si l'on touche
À mes petits ballons
Enfin, Plus haut que
moi sortie en 1973 reste, bien que ses arrangements soient aujourd'hui très datés, une chanson acceptable, notamment grâce à
la mélodie du Brésilien Toquinho. Son texte apparaît même aujourd'hui quasi prémonitoire :
Dis-moi que c'est encore possible
D'essayer de vivre autrement
Laisse-moi tenter l'impossible
Et surtout ne ris pas de moi
Un signe de toi
Je viens, me voilà
Emporte-moi
La vie, montre-la moi
Saute les murs gris
Emporte-moi
Dans ton horizon, ta vie
Emporte-moi
Toi qui vois là-bas
Plus loin que moi
Et plus haut que moi

Mais finalement, trouvant qu'elle vieillissait bien curieusement, France Gall laissa tomber les
docteurs Frankenstein par lesquels elle s'était trop sentie façonnée
jusqu'alors et refusa que sorte un dernier 45 tours auquel collaborait Michel Delpech, C'est curieux de vieillir / Le lâche.
****
Je pourrais aimer
Un flic, un voleur
Un malade, un fou
Un monstre sans cœur
Je pourrais aimer même
Un assassin
Mais jamais un lâche
Plus jamais toi
Mais jamais un lâche
Plus jamais toi
Elle se fiança avec le seul Frankenstein-Pygmalion auprès
duquel elle s'était enfin sentie la plus belle des créatures.
Mes rides au coin des yeux
Vont-elles t'attendrir ?
Ou te rendre malheureux
C'est curieux parfois de vieillir
Je me sens mieux, c'est drôle
Bien mieux qu'il y a cinq ans
Et là, sur ton épaule
J'aime voir passer le temps

À tort ou à raison, notre faux album Frankenstein et autres horreurs ne parut donc jamais.
Il ne révéla jamais la beauté de la fiancée de Frankenstein, si bien qu'on ne vit que les cicatrices et les points de suture de la créature dénaturée.
De 1970 à 1973, France Gallenstein connut donc un perpétuel tourment mais offrit, sans qu'elle le
sache vraiment et entre quelques horreurs, un peu de vrai plaisir.
Ce plaisir fou qu'elle allait elle-même connaître à exister, autrement, sous les mains de Michel Berger.
C'est vrai qu'amoureusement, c'est facile aujourd'hui
L'un pour l'autre, on fait les choses de la vie
Par plaisir
Tout par plaisir

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