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Qu'il faisait
froid... D'une froidure qui endolorit et brûle. Ce genre d'hiver est une saison à laquelle il faut refuser de croire, même si on se pense blanc comme neige, qu'on se pense perçu comme tel.
L'ocre chaud de la terre ne disparaît jamais tout à fait.
Voilà l'hiver bien établi
Voilà mon cœur est tout transi
Le printemps s'en est allé
Quatre chevaux de neige
À pas feutrés font un manège
Et moi la Belle au Bois Dormant
Et moi qui attends le printemps
Ma vie va recommencer avec le ciel de l'été
Et les voyages et les naufrages
En me montrant le soleil dehors
Tu me réveilles en criant très fort
L'hiver est mort
L'hiver est mort
Il faut tenter de rire bien que tout ne soit pas, loin de là, joyeux.
Tenter d'être quelqu'un de réaliste-optimiste. C'est si bon de croire qu'on peut se faire un monde à son image, envers et contre tout.
Rire : il n'y a pas de survie sans ironie.
Il m'a laissé tomber à l'eau
C'est un beau petit (...)
D'autant plus qu'il est naturellement parti
Avec ma meilleure amie
Il l'appelle son petit lutin
Et c'est une jolie (...)
Qui a déjà vu passer sur son chemin
La diligence, l'autobus et le train
Je l'ai rencontrée dans la rue
Elle m'a traitée de (...)
On voit clairement à ses bonnes façons
Qu'elle a vendu du poisson
J'ai profité qu'on était seules
Je lui ai cassé (...)
Car je ne connais pas de meilleur apprêt
Que le beurre noir pour une gueule de raie
Mais quelle idée de rester fâchés
Entre gens bien nés, entre gens bien nés
Entre gens bien élevés
À tant appeler la vie, elle revient.
Pourtant quand le vent se lève et dégage le ciel, quand le temps se fait doux, comment ne pas s'étonner de la chance que l'on a?
Peut-on vraiment croire à un soleil éternel ?
Comment croire que le chien qui court devant nous, fou et ivre de vie, puisse s'arrêter un jour de happer les vilaines mouches noires?
Comment croire qu'il puisse cesser de tourner autour de nous hystériquement, ses yeux levés vers nous comme vers le centre du monde?
Car en temps de bonheur, on est bel et bien le centre d'un monde enivrant, fabuleux.
Touchés par la grâce, on devient miraculeux, et comme il fait beau, comme il fait beau ! Même la pluie ne peut rien contre ça.
Quand on a quitté la ville dans ton automobile
Pour aller à la chasse aux cailles
Il y avait un ciel d'azur, on a pique-niqué
Sur une meule de paille
Quand on a repris la route les premières gouttes
Sur les vitres sont tombées dès notre arrivée
L'orage a fait tomber sur nous toute la pluie du ciel
L'orage nous a surpris mais en attendant l'arc-en-ciel
Moi je me suis abritée sous ton grand ciré
Sous ton ciré, tu m'as serrée
L'été a duré longtemps pour nous, mon enfant.
Tu sais les nuages qui sont venus après.
Tu sais les larmes noires et incroyables, au sens premier, qu'il a plu.
Je t'ai pourtant réappris à sourire, même si ni toi ni moi ne sourions plus de la même façon.
Quand on a connu un été aussi flamboyant et qu'on l'a perdu, on peut choisir de ne plus jamais voir une nouvelle saison.
J'ai choisi de saisir l'air, l'eau, le feu et la terre, de nous rappeler à la vie.
Choisi de trouver un sens à cet incroyable, de tenter de comprendre la place des pierres et des fleurs sur mon chemin.
Dans le vent qui vient te caresser et qui te berce
Y sens-tu mon souffle mêlé qui fuit et qui s'y disperse
Tu as saisi le vent devenu l'esclave de ton oliphant
Et la terre qui se fait ronde pour adoucir ton pas
Tu te blesses sur une pierre, sache-le bien : c'est moi
Tu as saisi la Terre, tu l'as fait tourner pour te plaire
La pluie, les gouttes d'eau viennent te mouiller
Y vois-tu ma larme salée qui s'y est glissée
Tu as saisi l'orage devenu l'eau de ton sillage
Dans le feu qui te lèche comme un chien et qui brille
Y vois-tu le bout de ma cigarette qui scintille
Tu as saisi le feu, qui me fond, qui me forge un cœur malheureux
Tu as pris les quatre éléments
Pour toi
Sans leur laisser le temps
D'un choix
Mais qu'il fait lourd aujourd'hui…
La meute est lâchée, le crabe est sur le siège arrière et, à l'horizon, les arbres brûlent…
Des cendres se déposent sur le pare-brise.
Quel tonnerre fracassant et assourdissant…
Ils guettent, ne savent pas encore.
Le Nord qui devrait être un pont offert vers le Sud n'existe pas, et de l'Est jusqu'à l'Ouest, la musique ne va plus.
Rouler plus vite, plus vite encore, avant que les champs ne soient tous fauchés, que les survivants ne portent plus que du noir.
Invoquer la raison pour qu'elle apaise les émotions, pour profiter encore du sourire des chiens.
Se battre, faire face, avoir peur, avoir
confiance... Traverser.
Le feu se rapproche...
Traverse, enfant, et partage ce qui nous reste.
Laisse pleuvoir les minutes bleues, ne crains pas cet incendie, je connais la route.
Nous arriverons bien jusqu'au bateau, nous nous baignerons dans le Lac rose.
On ne naît pas léger, on apprend à le devenir.
Je suis la femme de Pablo le rossignol
Et toi tu as quatre maisons, un âne, une carriole
Tu voudrais m'enfermer et te garder pour toi
À courir après les richesses, as-tu beaucoup de joie
Que fais-tu donc de la vie
Regarde, d'avoir appris le bonheur, déjà l'incendie s'arrondit et nous protège.
La vie qui nous attend est merveilleuse, c'est certain. Je l'aime trop, cette vie, pour la laisser nous séparer.
Il fera beau demain, je le sais.
Très beau.
J'aime mieux siffler sur les cerisiers
Et homme tout petit, un air de violon
Chante mes quatre saisons
Et voilà ma vie...

En 1969/70, sa première belle saison passée, France Gall ne pouvait que constater que l'hiver se faisait de plus en plus rude.
Le froid qui ralentit le flux sanguin aurait pu la figer à jamais.
Or, elle publia en 1969/70 plusieurs 45 tours, plus tard assemblés en un album.
Ces 45 tours, s'ils ne constituèrent pas musicalement sa plus grande performance, révélèrent une fraîcheur immense.
Surtout, France Gall fit preuve d'un talent plus rare qu'on ne le croit : faire transparaître une magnifique saison d'été, faussement insouciante mais véritablement heureuse, et une jeunesse éblouissante.
Cette jeunesse qui s'en va apparemment, mais n'exclut jamais de revenir.
Cette jeunesse qui défie à jamais la mort, cet été contre les malheurs de la vie, je le crois, caractérisent profondément France Gall.
Le hors-saison dans lequel elle évolue désormais, qui la rend « plus jamais heureuse, plus jamais malheureuse non plus », n'y change pas
grand-chose... La femme, frontale et courageuse, a quitté la chanteuse mais démontre aujourd'hui combien ses musiques furent intimement liées à sa vie.
J'aime à imaginer France poser aujourd'hui comme hier la main sur la tête des chiens et des chats, réinventer un nouvel été qui aurait la même grâce que celle de cet album considéré à tort comme dispensable.
Les feux de paille sont parfois des feux sacrés. On ne les éteint pas si facilement : il fera beau demain, je le sais.
Très beau.
Soleil au cœur
Cœur au soleil
Quelle est cette chaleur qui me brûle
Au soleil
Mon dieu, comme il fait beau
Mon dieu comme il fait chaud
C'est l'été

MISE EN PAGE ET INFOGRAPHIE : WEB MASTER
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