BRAVE


BABACAR

SINGING BRAVE

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

 

«Débranche!» chantait France Gall en 1984, sur l'album du même nom.

L'idée était bonne : on ne peut que regretter qu'elle n'ait pas été mise en application sur-le-champ.  Envahi de synthés, Débranche, s'il a cartonné à l'époque, a bien mal vieilli : les rides des machines n'ont pas l'intérêt de celles des hommes, et les Hong Kong Stars se fanent bien vite une fois leur mode passée.

Dommage : oubliée, Tu comprendras quand tu seras plus jeune reste l'une des plus belles chansons Gall-Berger, toutes périodes confondues.  Pourquoi aucune version acoustique n'est-elle jamais venue, comme un ange, la caresser pour la rendre immortelle?   Mystère.  Idem pour la si belle Si superficielle.

Seule, aujourd'hui, la magistrale Cézanne peint brille encore du même éclat qu'au premier jour, miraculeusement épargnée par la surenchère technologique de... Débranche.

Trois ans plus tard, en 1987, sort Babacar, sans qu'on le sache encore le dernier album de France entièrement composé d'inédits de Michel.

Est-ce cela qui fait que je garde à son endroit une tendresse particulière?  Non, pas seulement, il y a autre chose.

En 87, Michel Berger, s'il n'en est pas encore à l'unplugged, a tout de même nettement amélioré sa maîtrise de l'arsenal synthétique.  Résultat : douze ans plus tard, Babacar reste, sonorement parlant, écoutable «sans trop d'agacement».  Débranche : non.

Cela dit, cette relative résistance temporelle ne suffit pas pas à expliquer pourquoi, bon an mal an, je dépoussière régulièrement mon vieux Babacar pour le glisser dans le lecteur.  Ce n'est pourtant pas la voix de France qui m'y pousse : les tics Berger, absents de Tout pour la musique, sont là, à nouveau.  En 1987, la grande France, qui savait transfigurer la musique de Berger, hiberne encore, se contentant d'épouser sagement les courbes du parcours musical tracé par la maître : c'est bien, mais sans plus.

Alors, quoi, quoi?

Dancing Brave et La chanson d'Azima, alias «Quand le désert avance», tout simplement.  Voilà ce qui me ramène encore et encore à Babacar.  Ces deux chansons eussent-elles ensuite été reprises sur scène en versions acoustiques, sans doute en aurais-je depuis longtemps délaissé les versions babacaresques, mais voilà : elles ne le furent pas et restent là, immenses secrets figés sur «leur» CD, trésors miraculeusement préservés de la surexploitation scénique comme des griffes des pilleurs de chansons que sont, parfois, les radios et leurs copains médiatiques.

Bien sûr, Débranche comptait aussi son doublé de trésors oubliés, Tu comprendras quand tu seras plus jeune et Si superficielle, mais ceux-ci brillaient en vain dans une sorte d'univers désincarné, perdus entre des chansons sans lien réel entre elles.  Babacar, en revanche, jouit d'une belle unité de propos, celle qui «fait» les vrais albums, et que rien ne résume mieux dans son cas que le célèbre «Ça commence, ça finit».  Mis à part un son nettement moins daté, sans doute est-ce cette unité de propos qui différencie fondamentalement Babacar de Débranche : ce quelque chose d'urgent à dire, cette urgence, au fond, de ne plus attendre.

Le temps a repris sa course, le vent de l'«après» souffle de toutes parts entre les sillons du «premier dernier» Gall : bientôt, rien ne sera  plus comme avant, non, pas comme avant.   En cette année 1987, quelque chose s'apprête à se briser, à s'envoler, un mur de Berlin va sauter, une seconde et ultime jeunesse s'achever, c'est écrit là, en toutes lettres, et chanté avec un coeur gros comme ça.

Comme une étoile amarante
Comme un papillon de nuit
Je sens mon corps qui chavire
La chaleur qui m'envahit
Et mon désire qui me brûle
Qui va consumer ma vie
J'ai des mots qui frappent qui sonnent
C'est comme la vie qui s'arrête
Où es-tu?
Je suis peut-être celle qui te fermera les yeux
Peut-être qu'on se croise pour un instant ou deux
Y a comme un goût amer en nous
Comme un goût de poussière dans tout
Qui ne change rien
Qui change tout
C'est la vie qui s'en va
La faute à pas de chance
À Dieu qui nous foudroie
Devant tout ce qui s'annonce
J'ai besoin d'une réponse
Quelque chose à commencer
Comme les chansons s'effacent
Moi je voulais te dire
Cours
Pour rattraper le temps qu'on perd
Se mélanger à la lumière
Cours
Montre-leur
La couleur de tes ailes
Vole
Dis-leur que la nuit tombe
Sur cette affreuse urgence
Et que c'est sur nos tombes
Que le désert avance

 

Sans cette délivrance
Nous n'avons pas le choix

 


ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

 

FRANCE GALL
Babacar
1987

Papillon de nuit
Dancing Brave
Babacar
J'irai où tu iras
Ella elle l'a
Évidemment
La chanson d'Azima
Urgent d'attendre
C'est bon que tu sois là

 

RETOUR A FRANCE GALL