
TOUT POUR LA MUSIQUE
TE MOQUE PAS
L'album de la Déclaration avait été celui de la révélation. La «musique» de France Gall -- parce que sa voix est en elle-même une musique -- et celle de Michel Berger s'y renvoyaient la balle en un bal où l'amour, ça s'entend, dansait comme un dieu. Puis, Dancing Disco avait été l'album de la symbiose, de la complémentarité, les musiques de France et de Michel semblant se fondre l'une dans l'autre : ni celle de France ni celle de Michel, mais une autre musique, tout simplement. Il n'y a qu'à comparer, pour s'en convaincre, Dancing Disco et Mon piano danse, de Michel en solo, tous deux de 1976 : rien à voir! Là où Berger frôle le kitsch complet dès que le tempo s'accélère, France, sur Dancing Disco, frôle la perfection, invente, pousse, téléporte de sa voix unique la musique de Berger vers des sommets auxquels, laissée à elle seule, elle n'aurait pu que rêver. L'exploit apparaît d'autant plus remarquable quand on songe aux innombrables horreurs et sous-américaneries auxquelles a pu donner lieu, en son temps, le disco à la française : non seulement le second Gall-Berger ose-t-il afficher clairement ses couleurs jusque dans son titre, mais il réussit en prime à rendre l'âme de son époque, cet état d'esprit si particulier du dance dance dance, avalé, explosé par les années 80, parfois bien tristement régurgité par les «années techno». À l'arrivée, avec le temps, un album-phare, un landmark musical comme il y en a peu, témoin d'un instant comme de l'éternité qu'il recelait. Un immense album déguisé en boule-miroir. En 1980, trois ans après Dancing Disco, sort Paris-France, malheureusement loin d'avoir toutes les qualités de son prédécesseur : pour la première mais non la dernière fois, l'équilibre inhérent à Dancing Disco est rompu, France devenant l'«interprète» de Michel, avec tout ce que cela peut avoir de péjoratif pour le partenaire asservi. Cette rupture d'équilibre est omni-présente sur Paris-France, et d'abord dans la voix de France, envahie des tics Berger que l'on connaît. Inutile d'en dire plus : peu de grandes chansons sur Paris-France, celles pouvant prétendre à ce qualificatif (Plus d'été, Bébé comme la vie) se voyant couper les ailes par des arrangements dont la mollesse n'a d'égal que le manque d'inspiration. Avec Paris France s'ouvrent en prime la période Il jouait du piano debout, puisqu'il faut bien l'appeler ainsi, marquée par l'accès de cette chanson relativement kitsch au rang de quasi hymne, d'«incontournable (allez, chante-nous la encore, encore, encore...). Laisser-passer vers les sommets d'un hit-parade de parade, Il jouait du piano debout sera en prime suivie par deux duos (Les aveux, Donner pour donner) avec Monsieur Piano Debout en personne, donnant au tout des allures sinon de citron pressé, du moins d'opération plus commerciale qu'artistique. Cela dit, Elton John ou pas, Donner pour donner reste une bien jolie bleuette... Mais shut up! En 1981, un an à peine après Paris France, sort Tout pour la musique... et c'est la métamorphose! Au recto de la pochette, une France transformée : à 34 ans, elle ose montrer ses rides, avec pudeur bien sûr, mais l'image de la poupée de cire, déjà bien écornée, vole cette fois en morceaux. Le beauté de la chose, en prime, n'est pas que plastique, mais d'abord intérieure et bien davantage. Tout pour la musique est tout bonnement un prodige de sensibilité, d'écriture, d'interprétation et de réalisation artistique. En une volte-face aussi superbe qu'inattendu, là où l'on attendait un nouveau Berger-Slaved-Album, France Gall se réapproprie la musique de Monsieur et, à nouveau, la sublime, y insuffle cet indispensable part d'elle-même, cet immense supplément d'âme qu'elle, elle a, et... que dire de plus? À quoi bon pérorer à tort et à travers sur la beauté de telle ou telle chanson? Inutile vraiment, toutes sont magnifiques, forme, fond et interpréation-création confondus. Je me contenterai de citer, au hasard, quelques-uns de ces petits moments de pure magie qui, alliant à la perfection voix, mots et musiques, émaillent de bout en bout Tout pour la musique : ils sont la marque exclusive des très grands albums.
Je veux le rayon
vert Elle donne tout Au soleil chez les
paysans d'Irün Si tu réalises
que la vie n'est pas là Le monde est
égoïste Je revois mon
enfance et ma liberté Des milliers
d'oiseaux Et la vie nous
prend à témoin Eh non : il m'en manque pas une. Pour tous ces moments, et pour tant d'autres aussi, jetés par un triste mais tendre capitaine sur une mer qui n'eut guère été plus que rien que de l'eau sans l'irremplaçable sirène qui porte le nom du plus beau pays du monde, le quatrième album Gall-Berger mérite pleinement son titre : Tout pour la musique. C'est tout dire, et d'abord la preuve par quatre que, au-delà de Michel Berger et des on-dit, quelqu'un d'autre, à l'aube des années 80, résiste et prouve à jamais qu'il existe.
Te moque pas d'une
fille qui donne tout.
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FRANCE GALL
Tout pour la musique
1981
Tout pour la
musique
Les accidents d'amour
La fille de Shannon
La prière des petits humains
Résiste
Amour Tambien
Vahiné
Diego
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