ENZO ENZO / LE JOUR D'À COTÉ

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)
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Le bonheur, la vie, c'est bien joli.   À leurs côtés coexistent pourtant le malheur et la mort, leur faisant plus que cortège, plus qu'honneur : les mettant en lumière, faisant la vie ... belle? Non, mais réelle, comme la nuit ne brille pleinement que par sa part d'ombres, aussi.

Si chanter le bonheur est un art majeur, c'est sans doute qu'il exige non seulement que l'on comprenne cela, mais qu'on l'accepte en prime. En passant sans cesse, au fil de 13 chansons, des jours de joie au jour d'à côté, Enzo Enzo maîtrise cet art.

Le jour d'à côté?  Celui qui, quoi que nous fassions, disions, écrivions, chantions ou upoloadions, nous attend, les bras bien plus ouverts que l'on croit.

Naissent ainsi, sur de toutes bien belles musiques, parées aux simples couleurs qui leur conviennent, dix images du plus ou moins bonheur, le petit, le grand, du quotidien ou de l'instant.

Dix images qu'éclairent, plantées au ciel de ce CD comme trois pleines lunes, trois chansons essentielles à l'ensemble : Le Grand Blanc, Qu'est-ce que tu fais dehors à c't'heure-là, et Nino. Trois chansons qui donnent tout son sens à ce si bien nommé Jour d'à côté, le muant en cette chose pas si courante qu'on appelle un album.

Un album, un monde où l'on plonge peu à peu, où les mots et les musiques se répondent, se confondent, en un écho qui, dans le silence qui suit, nous suit dans nos vies : s'il peut nous y suivre, c'est justement qu'il nous parle d'elles, de leurs débuts à leur fins mais sans éviter leurs inévitables détours, qui ne riment pas qu'avec amour, toujours...

Ils s'adorent. Ça commence l'air de rien, vraiment, comme un rêve de grands enfants, qui croient que c'est dimanche, le printemps à l'été de leurs vies, mais...

 

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Voilà que, dès la deuxième chanson, tout bascule dans l'automne.

La voilà qui se pointe, la mort, marchant dans les rues, où va-t-elle, à quel rendez-vous d'amour mystérieux se rend-elle?

Belle comme une épousée, elle l'est, par la grâce d'Enzo et des mots de Kent.   Penchée sur nous, que nous souffle-t-elle à l'oreille?

On oublie souvent
Qu'avant le Grand Blanc
L'éternité ne dure qu'un instant

C'est tout : tout est dit.

Ayant repris  l'escalier, ressortie dans les rues, elle nous laisse plus qu'épargnés : tendrement rappelés, en quelques mots, à l'ordre des choses.

Puis revient le printemps :

Ça ne tient qu'à un courant ascensionnel
L'amour aussi...

Le si bel été  :

Ça se passe entre les mots
Au bras d'un roseau
Le vol d'un bouvreuil
Le mouvement d'un rameau
Le cri d'un oiseau
Le roux d'un écureuil
C'est à ce genre de détails
Que se rachète le monde...


Tout cela est d'une douceur...  Ni surannée ni mièvre, comme on a parfois pu le reprocher à la non auto mais bien médiato consacrée Miss Quelqu'un de bien.

Non, tout cela est simplement d'une douceur essentielle à rendre la suite supportable, comme ces moments de grâce qui parent, parfois,  parfois contre toute attente, la vie de bleu en ses heures les plus noires.

Minuit peut dès lors sonner et Cendrillon paraître, désenchantée :

Qu'est-ce que tu fais dehors à c't'heure-là?
Avec tes deux p'tits oeufs aux plats
Qui tremblent sous ton chemiser
Les mains sur tes hanches d'osier

Dis t'as même pas l'âge de la nuit
La nuit ça t'enveloppe et puis
Ça file de faux rendez-vous

À c't'heure-là
Dehors
Qu'est-ce que tu fous

Au lieu d'respirer du lilas
Le t-shirt en accordéon
Sur le ventre d'un édredon
Tu t'endors sous un réverbère
Un croissant de lune berbère
Pour toute lampe de chevet


Enzo Enzo.

Enzo des Villes d'abord, évoquant, à travers ces mots d'Allain Leprest, un problème pas si facile à aborder sans sombrer dans les poncifs, les clichés, ou pire, l'amorale morale de l'extrême-droite. Rien de tout cela ici : tendresse, intelligence.

Enzo des Champs ensuite, et toujours Allain Leprest, pour un baiser digne de ce nom à un très grand Monsieur, endormi non pas sous un croissant de lune, mais parmi de grands soleils, à sa mesure :

Il y croyait au tourneciel
À la Louisiane et aux abeilles
Un jour de grippe transalpine
Il a bu une carabine
Et s'est endormi dans ses vignes
Le vin garde son dernier mot...


Nino.

Dire ces choses, les choses, si bellement, si tendrement, pudiquement, mais entièrement, cela s'appelle... le vent.

S'il souffle entre les mots de Leprest, qui signe certains des plus beaux textes du Jour d'à côté, il souffle aussi entre les doigts des plus de dix autres mains qui mirent la main à la plume.

Il souffle entre les lèvres d'une étonnante Enzo, dont la voix, avec le temps, se pare imperceptiblement des couleurs de celle d'une Françoise... comment dire?  Hardie.

Enhardie, Enzo, oui, enfin, au pays des guitares électriques caressées par toute la tendresse du monde, au pays des mots hydro-électriques, allumeurs d'autant de larmes que d'étincelles, d'espoir comme de joie.

C'est simplement beau, souvent formidablement émouvant, c'est humain.

Des gens rêvent : quand s'évanouissent les ultimes notes de ce dernier titre du Jour d'à côté, on reste là, étonné de sentir renaître en soi le courage d'être de ceux-là.

Un album rare : utile, à vivre et à rêver,

 

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

 

ENZO ENZO
Le jour d'à côté 2001

Ils s'adorent (Joel Barret)
Le grand blanc
(Kent / Arnaud Methivier)
A toute berzingue
(Bertrand Pierre et Mathieu Ballut / Bertrand Pierre)
Un amour humain
(Allain Leprest / Marie-Philippe Gérard)
Sous ton aile
(Bertrand Pierre / Jacques Bastello)
Ce genre de détail
(Claude Vadasz)
Qu'est-ce que tu fais dehors à c'te heure-là
(Allain Leprest / Jacques Bastello)
Nino *
(Allain Leprest / Michel Amsellem)
Mal de terre
(Nathaniel Brendel / Jacques Bastello)
Rien ne sèche plus vite qu'une larme *
(Jacques Duvall / Romain Didier)
Copito de nieve de Barcelone
(Allain Leprest / Romain Didier)
Des gens rêvent
(Allain Leprest / Jacques Bastello)

Arrangements Jacques Bastello sauf  * : Pierre Ardenot

 



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