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Voilà que, dès la deuxième chanson, tout bascule dans l'automne.
La voilà qui se
pointe, la mort, marchant dans les rues, où va-t-elle, à quel rendez-vous d'amour
mystérieux se rend-elle?
Belle comme une épousée, elle l'est, par la grâce d'Enzo et des mots de Kent.
Penchée sur nous, que nous souffle-t-elle à l'oreille?
On oublie souvent
Qu'avant le Grand Blanc
L'éternité ne dure qu'un instant
C'est tout : tout est dit.
Ayant repris l'escalier, ressortie dans les rues, elle nous laisse plus
qu'épargnés : tendrement rappelés, en quelques mots, à l'ordre des choses.
Puis revient le printemps :
Ça ne tient qu'à un courant ascensionnel
L'amour aussi...
Le si bel été :
Ça se passe entre les mots
Au bras d'un roseau
Le vol d'un bouvreuil
Le mouvement d'un rameau
Le cri d'un oiseau
Le roux d'un écureuil
C'est à ce genre de détails
Que se rachète le monde...
Tout cela est d'une douceur... Ni surannée ni mièvre, comme on a parfois pu le
reprocher à la non auto mais bien médiato consacrée Miss
Quelqu'un de bien.
Non, tout cela est
simplement d'une douceur essentielle à rendre la suite supportable, comme ces moments de
grâce qui parent, parfois, parfois contre toute attente, la vie de bleu en ses
heures les plus noires.
Minuit peut dès lors sonner et Cendrillon paraître, désenchantée :
Qu'est-ce que tu fais dehors à c't'heure-là?
Avec tes deux p'tits oeufs aux plats
Qui tremblent sous ton chemiser
Les mains sur tes hanches d'osier
Dis t'as même pas l'âge de la nuit
La nuit ça t'enveloppe et puis
Ça file de faux rendez-vous
À c't'heure-là
Dehors
Qu'est-ce que tu fous
Au lieu d'respirer du lilas
Le t-shirt en accordéon
Sur le ventre d'un édredon
Tu t'endors sous un réverbère
Un croissant de lune berbère
Pour toute lampe de chevet
Enzo Enzo.
Enzo des Villes d'abord, évoquant, à travers ces mots d'Allain Leprest, un problème pas
si facile à aborder sans sombrer dans les poncifs, les clichés, ou pire, l'amorale
morale de l'extrême-droite. Rien de tout cela ici : tendresse, intelligence.
Enzo des Champs ensuite, et toujours Allain Leprest, pour un baiser digne de ce nom à un
très grand Monsieur, endormi non pas sous un croissant de lune, mais parmi de grands
soleils, à sa mesure :
Il y croyait au tourneciel
À la Louisiane et aux abeilles
Un jour de grippe transalpine
Il a bu une carabine
Et s'est endormi dans ses vignes
Le vin garde son dernier mot...
Nino.
Dire ces choses, les choses, si bellement, si tendrement, pudiquement, mais entièrement,
cela s'appelle... le vent.
S'il souffle entre les mots de Leprest, qui signe certains des plus beaux textes du Jour
d'à côté, il souffle aussi entre les doigts des plus de dix autres mains qui
mirent la main à la plume.
Il souffle entre
les lèvres d'une étonnante Enzo, dont la voix, avec le temps, se pare imperceptiblement
des couleurs de celle d'une Françoise... comment dire? Hardie.
Enhardie, Enzo, oui, enfin, au pays des guitares électriques caressées par toute la
tendresse du monde, au pays des mots hydro-électriques, allumeurs d'autant de larmes que
d'étincelles, d'espoir comme de joie.
C'est simplement beau, souvent formidablement émouvant, c'est humain.
Des gens rêvent : quand s'évanouissent les ultimes notes de ce dernier titre du
Jour d'à côté, on reste là, étonné de sentir renaître en soi le courage
d'être de ceux-là.
Un album rare : utile, à vivre et à rêver, |