CHAQUE JOUR EST UN LONG CHEMIN
LE JOUR SE LÈVE

 

 

Au début, on se dit : ben oui, va boire ton eau dans la prairie pis câlisse-nous patience avec ça.

Puis...  Le temps tourne à l'orage. Oubliée la voix notre-dame de pariesque à la Ségara imitant Noa, c'est le détournement.

Dès lors, on a la chance non seulement d'entendre, mais de voir tout un univers être retourné comme un gant, afin d'aborder de front les zones grises.  Pas de révolution, pas de renaissance, seulement et simplement un pas en avant, sans le bouclier pour parer les coups. À l'air, la robe mince épouse les courbes féminines.

Je rhabille ma poupée
Et je m'habille léger

Les milliers de regards lancés comme des couteaux ne peuvent plus rien contre la soie sur les cuisses, sur la poitrine et sur le visage.  On a plus qu'à se pâmer : une femme libre passe par ici.  Et n'essayons pas de la violer :

Ce chat toujours dans mes pieds
Je le tuerai

Maintenant c'est plus pareil,   Elsa a conquis l'intelligence.  Là se cache la vraie liberté.

Tu ouvrais grand les yeux
On se réveillait à l'aube
On prenait le bateau
Pour aller n'importe où

Le réveil n'a pas été brutal, il a suivi les aiguilles, s'est collé aux heures.  Elsa s'est rendue à bon port, bien dans sa chair, et continue à marcher vers l'autre moitié, qu'efface la pluie :

Je ne sais pas où je mets les pieds
Je continue à avancer
Et les oiseaux se changent en femmes
Les cheveux longs et le teint pâle

L'autre moitié.   La plus bouleversante chanson pourrait-on croire, quand on sent Elsa frôler les tambours du soir.  Moment fort : elle est prête à mourir pour voir, à tirer la langue afin d'atterrir là où elle s'attend.

Les Affaires de Franck :

Les choses sont à leur place
Et je suis dedans
Son briquet est posé sur le lit
Les affaires de Franck accrochées au mur
Je crache dessus

À la toute fin, la voix mûre s'impose sur celle, toute petite, de la jeune fille qui n'est plus. Un mariage exemplaire.

S'ensuit Jacques est maniaque :

Il prend soin de moi
Et je l'aime pour ça

Plus qu'une post-face, le corps s'installe dans l'aisance :

Je le sens du bout des doigts

Elsa est prête à vieillir.

Chaque jour est un long chemin est l'album-témoin du passage d'Elsa à la maturité.  Il sera bon de la toucher voluptueuse.

 

© Zoomrang Janvier 2002
Texte : Trollier / Email : orzy@zoomrang.com

 


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