vide18.gif (62 octets) ETIENNE DAHO

CORPS ET ARMES

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

vide18.gif (62 octets)

 



Daho a la voix qu'il a, que l'on aime, ou pas. 

D'album en album, de scène en scène, elle gagne, même imperceptiblement,  en couleurs et en assurance, et c'est tout.  Daho ne sera jamais le Florent Pagny de la chanson française... et ce n'est pas moi qui m'en plaindrai.

Bien au-delà de cette histoire de voix qui commence à bien faire, Daho a surtout la discographie qu'il a : de Mythomane à Eden, sept albums à la fois proches parents les uns des autres et profondément différents, jumeaux hétérozygotes dans les veines desquels coule pourtant un seul et même sang.

Depuis plus de 20 ans, Etienne Daho s'ouvre les veines avec plus ou moins de bonheur, plus ou moins d'impudeur et plus ou moins de coeur, selon les albums mais aussi, au sein même de ceux-ci, selon les chansons. 

Voir Pour nos vies martiennes, album finalement assez froid et distant, frisant parfois la prétention, mais racheté, en tout bout de piste, par les immortelles Heures hindoues.  Voir aussi Eden, album un peu mou et désincarné, mais au titre étonnamment justifié par la divine Soudain et l'infernale 24 décembre.

Daho a beau être étrangement fidèle à lui-même, il n'est jamais là où on l'attend.  Pire, ou mieux : il n'est jamais meilleur que lorsqu'on ne l'attend plus.  Le sirupeux La Notte n'annonçait pas la formidable audace de Satori Pop.  Les anémiques Vies martiennes n'annonçaient pas l'explosion textuelle, mélodique et rythmique de Paris Ailleurs, pas plus qu'Eden n'annonçait le somptueux  tandem Sur mon cou - Jungle Pulse.

Somme toute, depuis toujours, Daho fait du Daho, quitte à ce que qui l'aime ait parfois du mal à le suivre... mais le suive quand même.

Corps et armes s'inscrit en ce sens parfaitement dans la logique dahosienne, succession de virages à 180 degrés dont se dégage pourtant, avec le recul, une ligne sinon d'une totale perfection, du moins d'une noble rectitude.

Non : Daho ne livre avec Corps et armes ni l'album que l'on attendait de lui ni le « grand album » que l'on persiste à espérer en vain : il viendra, mais pas cette fois.

Comme pratiquement tous les albums de Daho, avec un bémol pour Pop Satori et Paris Ailleurs, plus égaux, Corps et armes a ses forces et ses faiblesses.

Côté forces : d'abord et avant tout des arrangements absolument remarquables, le mot n'est pas trop fort.  L'écoute distraite, à l'anglaise quoi, pour le « son », de Corps et armes en convaincra quiconque.  C'est plus que bien fait : c'est léché, subtil, extrêmement appliqué, homogène sans jamais lasser.

Côté forces, toujours : la puissance de la plupart des lignes mélodiques, riches sans être évidentes.  Au fil des écoutes, elles se laissent l'air de rien apprivoiser, puis dévorer.

Ultime force enfin : la voix de Daho, qui ondoie dans tout ça comme un poisson dans l'eau, parfois des profondeurs, parfois quasi volant.  Rien à redire.

Seulement, tout ça ne fait pas un grand album de chanson.  Un grand album de pop au sens anglo : oui.  Un grand album de chanson française : non.  Would London be calling too much nowadays?

Côté faiblesse, en effet, qu'une seule, mais de taille : les textes.

Sans méchanceté, n'est pas Françoise Hardy qui veut.  Tentative de narration d'une histoire d'amour de sa naissance à sa mort et à l'après, Corps et armes n'est pas Entr'Acte, peu s'en faut.  

L'histoire commence pourtant bien, sur une fort jolie Ouverture, dont l'envolée textuelle s'inscrit parfaitement dans celle de la musique porteuse.  L'histoire s'embrase même dès le Chapitre 2, attisée par le texte du Brasier, mais le coup de foudre n'allume qu'un feu de paille. 

Dès la piste 3, Rendez-vous à Vedra, là où précisément l'on s'attend, comptant sur la nette évolution du Daho-auteur depuis quelques années, à plonger dans les méandres de l'amour, les textes de Corps et armes lorgnent dangereusement soit vers les clichés pop (qui peuvent avoir leur charme), soit, pire, et c'est là le hic, vers une psychanalyse à deux sous centrée sur le « je » de l'Etienne amoureux.

Et je me vois vraiment
Dans le miroir que tu me tends
Tel que je suis vraiment

Tout est dit et, dès lors, désolé, mais plus rien n'y fait : ni la beauté des arrangements ni la puissance des lignes mélodiques ni même l'inspiration vocale de Daho n'empêchent tout ça d'être sans grand intérêt. 

Non seulement l'histoire que Daho s'emploie à raconter ne prend pas, mais les chansons, même prises isolément, souffrent de textes franchement moyens, parfois maladroits,  loin d'être à la hauteur de l'emballage grand luxe de l'ensemble.

À une colossale exception près, qui surgit contre toute attente en plage 9 : c'est La Baie, et c'est Daho,   « jamais meilleur que lorsqu'on ne l'attend plus ». La Baie vaut à elle seule tout l'album, comme jadis ces Heures Hindoues planquées au bout des Vies martiennes.

Soudain, comme dans la chanson du même nom, la magie opère par magie, et l'émotion préfigurée par le tandem de départ Ouverture-Brasier déferle d'un coup d'un seul, portée par un texte dahosien enfin inspiré, enlacé à une  musique totalement bandante signée Jérôme Soligny, compositeur, en d'autres temps, de l'irrésistible Duel au soleil.

Le très grand album d'Etienne Daho reste encore à venir, mais la très grande chanson habituelle d'Etienne Daho est, une fois encore, au rendez-vous d'un Corps et armes qui s'achève par une San Antonio de la Luna dont les étranges accents, à mi-chemin entre la Mer de Françoise Hardy et  La mémoire et la mer de Léo Ferré, ne permettent pas plus qu'auparavant de deviner où les pas d'Etienne le conduiront... et nous, malgré tout, avec lui.

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 


 

dahocorpsalb.jpg (13315 octets)

 


CORPS ET ARMES
Etienne Daho - 18 avril 2000

Ouverture
Le brasier
Rendez-vous à Vedra
Corps et armes
La nage indienne
Les mauvais choix
L'année du dragon

Make Beleive
La baie
La mémoire vive
San Antonio de la Luna