Julien Clerc - Si j'étais elle (Album commenté)



 


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JULIEN DÉMÉNAGE
LIVE ACOUSTIQUE ÉLECTRIQUE 2002

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)

 

Sur tout chanteur qui jamais au fil des ans n'a écrit le moindre de ses textes pèse forcément un soupçon fatal : est-il, ou non, un artiste? 

N'est-il, somme toute, qu'une belle voix porte-voix, ou tient-il vraiment à ce qu'il chante?

Le chante-t-il pour le défendre, le faire entendre, ou pour se faire lui-même voir et entendre?

Se soucie-t-il, en somme, d'être utile?

Malgré la composition d'une pléthore de mélodies rares et somptueuses au fil des seventies, Julien Clerc aura bien trop longtemps donné prise à ce soupçon, lui permettant de s'installer tout à son aise au fil des années 80.

Si bien que pour beaucoup, et très honnêtement comment le leur reprocher, le soupçon se transforma en certitude.

La cause était entendue : le beau Julien n'était que le beau Julien, point. 

Que jamais il n'ait écrit un texte passe encore, mais que ses musiques même ne disent plus rien, ou pas grand chose, ou, pire encore, qu'elles s'écrasent au service de niaiseries : non, out !

Si, coup sur coup, l'improbable mais réel Fais-moi une place et les livesques Amours secrètes passions publiques de la fin des 80 ravivèrent un instant  le doute, les années 90, pour l'essentiel, en supprimèrent jusqu'à l'ombre.  Le Nouveau Big Bof du début des années 2000 ne venant que sceller le sort du désormais catalogué chantre officiel des seins de Sophie Marceau, des chefs-d'oeuvre de Luc Pâme-Moi-Donc et des restes parfois peu ragoûtants du grand Étienne...

La lune se lève souvent quand on ne l'attend plus : l'heure de celle du beau Julien serait-elle enfin venue?

Faux-semblant, leurre de plus?  Seul l'avenir le dira, oui mais voilà, le Live 2002 de Julien Clerc n'est, contre tout attente, pas qu'un live de plus : les versions des étonnamment nombreuses chansons ante-Jaloux qui l'enluminent égalent en effet à tous égards en beauté et en émotion, voire souvent surpassent, les VO.  Impossible n'est décidément pas français...

Oh, on n'y croit d'abord pas, en ayant vu, et surtout trop entendu,  d'autres. 

Magnifique, inattendu, formidablement émouvant certes, ce décollage sur l'air de  la si belle et rare Lune Lune, mais on est prévenus, on les attend, l'imbitable Lili obsédée par l'idée d'aller danser, l'autre débile et sa queue de cocker, toute la bande, en somme, de joyeux fêtards gâcheurs de fête. 

Mais non, pas tout de suite,  ils nous foutront pour une fois la paix, un temps du moins.  Dans la foulée de Lune Lune s'élèvent en effet :

  • Ballade pour un fou / Loco Loco (sans conteste la plus belle version de cette chanson à ce jour)

  • Jouez violons sonnez crécelles  (que dire...)

  • Quatre heures du matin (totalement différente de  la VO, autre chose, en aussi bien sinon mieux).

Évidemment c'était trop beau, ça ne dure pas, la sur-entendue Fais-moi une place fait son entrée : bien, voire très bien au départ, mais les surmédiatisations développent d'étranges allergies, allez comprendre...

Lili n'est pas loin?  Vous avez raison.  Mélissa non plus : elle se pointera d'ailleurs la première au bal des ringards, et pas seule hélas, mais... zappez : vous croiserez certes le pire, mais le véritablement meilleur aussi.

Zappez la pénible version de la déjà pénible Mon fils ma bataille (quelle idée...), zappez La fille de l'été dernier et surtout la méga-finale-marketo-impérative Lili j'voudrais qu't'ailles te viander - Laissons bailler les corneilles - Ma déférence -  Jars Loup - Magots (dans le genre « on les mets toutes ou quasi, ça vendra », on peut difficilement faire mieux).

Non,   zappez, revenez en arrière, sur le lecteur mais pas forcément systématiquement dans le temps : c'est le plus étonnant...

Vous attendent, loin des spot lights de pacotille, tapies dans l'ombre qui leur sied si bien, superbement épurées, On serait seuls au monde, Le piano éléphant, une audacieuse version à quasi contre-temps du PatineurCe n'est rien, La cavalerie, Je sais que c'est elle, Poissons morts, et surtout, surtout, en plage 14 du CD 1, L'horizon chimérique, méconnaissable par rapport à l'abjecte version 2000.

Méconnaissable, et sans doute essentielle, justificatif espéré de cet étrange titre : Julien déménage...

C'est vrai, Julien Clerc n'a pas écrit ce texte, mais il l'a tout de même choisi, retenu parmi tant d'autres. Et sans doute est-ce aussi lui qui a  décidé, de son enfin plein gré, de l'épurer de la merdasse synthétique qui l'annihilait complètement sur Si j'étais elle. 

Il faut y croire : il déménage le beau Julien,  il est en route, enfin, pour autrepart.


Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Qui roule bords sur bords et tangue et se balance
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux...

À vivre parmi vous
Mes frères avais-je une âme
Mes frères j'ai souffert
Sur tous vos continents...

Voilà je suis parti plus loin que les Antilles
Vers des pays nouveaux, lumineux et subtils
Je n'emporte avec moi pour toute pacotille
Que mon coeur
Mais les sauvages en voudront-ils?


Répondez oui, doux sauvages, beaux oiseaux.

Même s'il ne vous reste qu'une plume dans la tête, refusez que l'on vous l'arrache une fois de plus, une fois de trop.

 

ÉCRIRE À L'AUTEUR (WEB MASTER)
Aux cosmonautes qui n'écoutent plus la radio

 

 


JULIEN CLERC
Julien déménage
Virgin France 2002

 

ACOUSTIQUE
Lune Lune
Ballade pour un fou / Loco Loco
Jouez violons sonne crécelles
Quatre heures du matin
Fais-moi une place
Si j'étais elle
On serait seuls au monde
Mon fils ma bataille
Assez assez
Melissa
Le patineur
Ce n'est rien
Le piano éléphant
L'horizon chimérique
Aussi vivant

ÉLECTRIQUE
Partir
La cavalerie
Je sais que c'est elle
Poissons morts
Noé
Utile
J'oublie
La fille de l'été dernier
Lili voulait aller danser
Laissons entrer le soleil
Ma préférence
Jaloux de tout
Mangos

Bien sûr la distinction entre  acoustique et électrique est quelque peu factice.  Bien sûr quelques synthéto-zoins-zoins persistent à brounziner sur le premier CD, mais quelques titres du second frôlent heureusement l'acoustique pure : c'est donc kif-kif...  Bien sûr non plus on n'échappe pas au pire, mais c'eut pu être tellement tellement pire.

Pour l'essentiel, Julien déménage est le plus bel album de Julien Clerc depuis Numéro 7.  « Le plus noble » plutôt, voilà qui est plus exact, et qui dit tout.

Tournant résolument le dos aux détestables  arrangements « internationaux » de son dernier opus studio, Julien Clerc, de sa voix où se dessine enfin l'ombre d'une rayure ce qui ne la rend que plus belle, n'a pour une fois plus à rougir de ce que, depuis trop longtemps, il n'était plus.

Un déménagement tardif mais plus que bienvenu, inespéré... espéré définitif.

 

 


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